Fanon a été présenté en compétition officielle au Festival International du Film de Marrakech, en décembre 2024.
Fanon est tiré de l’histoire peu connue de Frantz Fanon, un psychiatre et militant anticolonialiste martiniquais, nommé médecin-chef d’une clinique en Algérie en 1953 et renvoyé trois ans plus tard suite à sa collaboration avec le FLN pour l’indépendance du pays.
Alors qu’il vivait dans une cité du Val d’Oise à l’adolescence, Jean-Claude Barny, d’origines antillaises, a découvert à la bibliothèque municipale d’Argenteuil toute la littérature afro et militante, comme James Baldwin, Chester Himes et Frantz Fanon. En lisant Peau noire, masques blancs, il a dit avoir reçu une "sacrée claque". Ce livre lui a permis de ne pas prendre pour modèles ses amis Blancs, mais de se construire une identité propre, qu’il revendique. En grandissant et après avoir réalisé Neg Maron, le cinéaste a voulu cesser les préjugés racistes à l’encontre des Antillais et mettre la France face à son passé colonialiste. C’est pour cela que l’histoire de Fanon, qui se déroule en partie en Algérie, collait à cette envie.
Jean-Claude Barny a toujours su qu’il allait réaliser un film sur Frantz Fanon, alors qu’aucun autre cinéaste jusqu’alors ne s’est intéressé à son parcours, pourtant inspirant.
La première fois qu’Alexandre Bouyer, l’acteur principal, a entendu parler de Frantz Fanon, c’était sur l’album Noir Désir du rappeur Youssoupha, douze ans plus tôt.
Fanon est le premier grand rôle d’Alexandre Bouyer au cinéma.
Si Jean-Claude Barny est guadeloupéen, il confie avoir un lien très fort avec l’Algérie, surtout pour la dignité de son combat pour l’indépendance. Le réalisateur dit s’y "sentir chez [lui]".
Si Jean-Claude Barny s’est rendu plusieurs fois à Blida en Algérie pour la préparation du film, le tournage de Fanon s’est en réalité déroulé en Tunisie, pour des questions de "calendrier et d’assurances", afin de ne pas prendre du retard. Toutefois, le réalisateur ne regrette pas ce choix, la Tunisie ayant toujours eu un grand lien avec l’Algérie puisqu’elle a été colonisée aussi et les architectures se ressemblent. En outre, le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne avait son siège à Tunis, de 1960 à 1962.
Jean-Claude Barny a travaillé au scénario en tandem avec Philippe Bernard, avec qui il collabore depuis quinze ans. Pour Fanon, ils ont choisi de prendre un angle original, puisque le film raconte la construction de son livre, Les Damnés de la terre.
Il a été difficile pour le cinéaste de trouver le comédien qui pourrait incarner Fanon, car aucun acteur ne correspondait à ses attentes. Surtout, il ne voulait pas d’une personnalité célèbre sur qui les spectateurs auraient déjà une projection. Avec sa directrice de casting Sylvie Brocheré, ils ont eu un coup de cœur pour Alexandre Bouyer, qui n’avait jamais eu de grands rôles écrits pour lui. Jean-Claude Barny s’est exclamé : "Enfin un acteur Noir qui ne se mime pas !".
Si des acteurs confirmés comme Déborah François ou Stanislas Merhar ont rejoint le casting, Jean-Claude Barny a aussi travaillé avec des acteurs amateurs, dans toutes les langues, notamment avec ceux qui incarnent les malades de l’hôpital de Blida. En amont du tournage, le réalisateur a travaillé pendant deux semaines avec chacun des quinze non-professionnels censés interpréter les malades, et ils étaient ainsi bien préparés au moment du tournage.
Le tournage a duré sept semaines, pour trois heures de film qui ont finalement été réduites à 2 h 10.
C’est en relisant Les Damnés de la terre avec son co-scénariste que Jean-Claude Barny a entendu parler de ce petit garçon qui, après avoir assisté à l’exécution de toute sa famille, a tué son camarade. Il a ainsi voulu faire figurer cette histoire dans le film.
Après Le Gang des Antillais, Jean-Claude Barny a confié une nouvelle fois la bande originale de son film à Thibault Kientz-Agyeman. Pour élaborer la musique, il s’est inspiré des sonorités de l’époque tout en proposant une création authentique. Il s’est également entouré du musicien martiniquais Ludovic Louis et avait pour référence principale la musique de Miles Davis pour Ascenseur pour l'échafaud de Louis Malle, ainsi que celle de Jacques Coursil.