Alexander Kuznetsov a rencontré en 2009 dans un asile au fond de la Sibérie deux jeunes orphelines qui y étaient enfermées alors qu’elles ne souffraient d’aucune maladie psychiatrique. Il leur a consacré un premier film en 2010 sur leur incarcération puis un second en 2016 sur leur libération. Il leur en consacre un troisième aujourd’hui sur leur retour à une vie « ordinaire » : comment profiteront-elles désormais de leur liberté si durement acquise ?
Le résultat est terriblement ennuyeux. La vie ordinaire de ces femmes ordinaires est banalement ordinaire : elles se marient et ont beaucoup d’enfants. D’ailleurs telle était sans surprise leur aspiration : un travail, un toit, un époux, des bambins…
L’une comme l’autre cochent scrupuleusement toutes les cases de ce programme fixé d’avance. Ioulia travaille dans une cantine. Elle rencontre un alcoolique repenti unijambiste, qui partage avec elle la même passion pour l’haltérophilie. Elle l’épouse et a vite deux garçons blondinets. Katia, plus frivole, est « nail artist ». Elle met plus de temps à se caser et à trouver un studio. Mais elle finit elle aussi par se marier et par donner naissance à un fils.
Sous nos yeux consternés, les deux jeunes filles se transforment en matrones poutinistes. Elles défilent le 9 mai pour commémorer la victoire soviétique de 1945, honorer la mémoire des disparus et exhorter leurs fils à suivre leur chemin et devenir à leur tour des soldats de la Glorieuse Russie. Sans la moindre hésitation, elles soutiennent le parti de Vladimir Poutine "Russie unie" qui garantit à leurs yeux l’ordre et la stabilité.
On imagine la consternation du réalisateur qui les suit depuis si longtemps et qui rêvait sans doute pour elles d’un destin plus flamboyant. Le résultat de leur évolution est d’une insondable tristesse – aussi grande que celle que distillent les immeubles sans âme de Krasnoïarsk et les bords de l’Ienisseï. Grâce à ce documentaire, on touche du doigt comment un pouvoir liberticide s’ancre lentement dans une société et en devient l’horizon indépassable.
"Une vie ordinaire" est un documentaire à la fois très ennuyeux par ce qu’il montre et terriblement éclairant par ce qu’il révèle.
Dans ce bon ducumentaire, le réalisateur russe nous fournit une vision réaliste de la vie en Russie aujourd’hui. Il nous fait suivre le parcours de vie de deux couples qui aspirent à une vie normale où le logement, la famille et les enfants tiennent une place très importante dans leurs vies personnelles. Mais il nous montre aussi le côté moins reluisant de cette vie rêvée face au contexte de la vie en Russie où la propagande télévisuelle, les cérémonies patriotiques et le contrôle permanent règnent. Tout ceci est très bien retranscrit dans ce film qui reflète hélas la vie ordinaire dans la Russie actuelle.
Bernard CORIC
Film visionné aux journées GNCR/ACRIF des 27 et 28/08/2025 au Mélies à MONTREUIL
Un film qui touche et questionne avec de plus en plus de profondeur au fur et à mesure que son récit se déploie. Un documentaire à la fois simple et ample, qui l'air de rien rentre au cœur des ambiguïtés de ses deux protagonistes, qui aspirent à une vie ordinaire dans un pays qui ne l'est pas. La réalisation est autant subtile, au service du réel qu'inventive et poétique, beaucoup de chose émerge de chaque cadre, chaque plan, chaque instant. Un film fort qui nous interroge sur la Russie bien sûr, mais aussi sur nous, un peuple, le peuple, d'où qu'il soit et comment il peut (nous pouvons) évoluer.
Grand film sur la Russie actuelle qui tend un miroir à notre société. Alexander Kuznetsov nous fait partager les joies et les peines de deux femmes russes d'aujourd'hui qui tentent de mener une vie ordinaire. Exauçant leur rêve de fonder une famille.
Un film d'une grande justesse, qui conserve la bonne distance avec son personnage principal. Et enfin un film social sans "méchant " - c'est juste un système qui pousse ses logiques toujours un peu plus loin.
Troisième volet bouleversant de la trilogie de Alexander Kuznetsov - la vie ordinaire de Yulia et Katia, enfin libres. Mais qu'est-ce que la liberté et qu'est ce que la vie ordinaire dans une Russie toute tournée vers la guerre? Un "asile de fous" à ciel ouvert? Alexander Kuznetsov mêle distance critique avec douceur et empathie. Brillant!
Très beau film sur la Russie d'aujourd'hui, une vie paisible dans un monde kafalien, avec une guerre "normale" en arrière fond. Cela permet de comprendre ce qui se passe en Russie de manière plus profonde que tous nos médias habituels A voir d'urgence !