Aller voir un film traitant de la vie des Shakers expose à se confronter à des convictions fortes et quasiment inébranlables.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette agrégation religieuse parviendra à compter près de 6000 adeptes, en dépit des conditions très exigeantes, et pour certaines quelque peu contre-nature, qu'elle exigeait de remplir pour appartenir à la communauté.
Le film, qui semble avoir été produit et réalisé après une très sérieuse étude documentaire historique, réussit à "coller" au mieux à la réalité des successives époques de la vie d'Ann Lee, et au vécu du groupement de ses fidèles.
Sont notamment soulignées l'étonnante contradiction que soulève le non-renouvellement de l'espèce humaine, et l'intolérance meurtière dont cette communauté fut régulièrement victime.
La mise en scène, étayée par de très courtes interventions en voix "off", est bien soutenue, et un beau travail quant aux décors et costumes est appréciable. Les acteurs principaux sont tout à fait remarquables quant à l'interprétation de personnages "inspirés", voire "habités", dans un contexte propre à l'établissemnt d'une sorte de secte, mais dont plusieurs valeurs défendues méritent réflexion, associant égalitarisme, humilité, valeur du travail, sobriété, écologisme...
Des valeurs qui, prises isolément, sont bien développées de nos jours !
Ce film comporte des séquences qui peuvent indigner, pour ce qui est de moeurs sexuelles dénotées dans la première partie, mettre mal à l'aise pour ce qui est des transes collectives plus ou moins inquiétantes, voire choquer du fait de certains passages très violents en troisième partie, mais il n'y a pas d'excès ni de voyeurisme, si on se réfère à ce qu'a pu malheureusement être l'existence des Shakers.
On pourrait reprocher certaines "longueurs", justement dans les scènes de transe, mais elles sont peut-être nécessaires pour bien se représenter ce qu'elles pouvaient générer, une forme de fanatisme, une liesse incantatoire.
La musique, bien que restant discrète, est en fait omniprésnte ou presque, et joue un rôle d'importance, sur la base des airs interprétés a capella, avec des voix douces, veloutées, vibrantes, sur des lignes mélodiques simples au goût de mélopées et bien sûr très appuyée sur l'autre base, profonde, grave et rythmée qui anime les corps.
De ce point de vue, on n'est pas bien loin de ce qui peut être observé lors de longues soirées "disco" ou 'techno", en boîtes de nuit très fortement musicalisées où des centaines de personnes au coude à coude gesticulent de façon synchronisée...mais avec l'abstinence et la chasteté en moins !
Au final, on ressort d'une fresque cinématographique qui tient à la fois du documentaire historique, du roman d'aventure humaine, et d'une certaine mis en garde de ce vers quoi peut entraîner un embrigadement psychosomatique sur fond de "révélation" et de "vision" religieuse.
On n'hésite pas longtemps à se transposer aux temps modernes et leurs réseaux dits "sociaux", et à ce qu'ils peuvent générer en termes d'influences diverses et de comportements irrationnels aussi dangereux pour les individus isolés que pour la société.