Voyage en autocratie
C’est son tout 1erfilm. Elle est tunisienne et s’appelle Amel Guellaty dont le a comédie dramatique que je viens de voir me laissent à penser qu’elle est une cinéaste à suivre. À Tunis, Alyssa et Mehdi, deux amis d’une vingtaine d’année, rêvent d’opportunités dans un pays traversé par des tensions sociales et politiques. Quand Alyssa découvre un concours d’art dont le prix est une résidence artistique à l’étranger, elle décide d’y inscrire Mehdi. Seul obstacle : le concours se tient à Djerba, à plus de 500 kilomètres. L’audace d’Alyssa va les pousser à prendre la route et leur destin en main, à la poursuite d’une vie meilleure. Tous les ingrédients du road movie sont au rendez-vous, mais cette fois ça se passe en Tunisie où tout est compliqué. Très vite on s’attache aux deux héros et on les suit avec plaisir durant 100 minutes. A découvrir.
Présenté en avant-première lors de l’édition 2025 du festival de Sundance, ce film qui a quelque chose d’onirique et de magique, fait depuis une tournée mondiale dans une longue série de festivals où il est toujours bien reçu. Et ça s’explique. Ce film nus parle de la jeunesse tunisienne sans discours ni slogans et nous raconte avec grâce ce moment suspendu, cet entre-deux dans lequel beaucoup de jeunes se retrouvent aujourd’hui. Mais aussi, et c’est presque une originalité aujourd’hui, une histoire d’amitié entre une femme et un homme en rendant hommage à ses relations, encore peu représentées au cinéma contrairement aux histoires d’amour ou aux amitiés entre personnes du même sexe. Culot et audace sont de la partie pour mener à bien leur périple, semé de rencontres plus ou moins savoureuses, notre duo est à la recherche d’une existence plus douce comme dans un rêve, d’une terre d'asile, souvent rattrapée par le présent qui serait peut-être différent ailleurs. Cette histoire d'amitié ne laisse pas insensible. Entre rires et larmes, un très joli petit film.
La présence et l’abattage de la jeune Eya Bellagha n’est pas pour rien dans la réussite de ce film. Une découverte qu’on aimerait revoir rapidement à l’écran. Mais son jeune ami, Slim Baccar est lui aussi impeccable. On citera également Sondos Belhassen et Maya Blouza. Le portrait d'une jeunesse confrontée aux désillusions d'un pays en pleine mutation, mais teinté sans arrêt de poésie et de gaité, en permanence en équilibre entre la légèreté du voyage et la gravité du contexte social. Mais ce film, porté par une énergie communicative et un véritable souffle d'espoir, de celui qui donne des ailes et qui laisse à penser que tout est possible. Un voyage solaire qui célèbre le courage de celles et ceux qui refusent la résignation. Un beau film à voir.