Ce documentaire, qui suit l'escalade d'une embrouille de voisinage à travers les caméras-piétons des policiers, pose plusieurs problèmes à des degrés divers : le régime des images, le choix de l'angle, sa finalité même (tout à fait questionnable à la lecture des avis laissés ici).
Sur le régime des images, la neutralité présumée de celles-ci a tendance à aplanir le fait divers et à faire oublier l'enjeu dramatique qu'il y a derrière.
La mort d'une femme se retrouve ainsi mise sur un pied d'égalité avec des images banales de discussions, de médiation, d'argumentation sans queue ni tête, et sans vraiment de contexte donné. Ce dernier point n'est pas un problème en soi, du moins il n'en aurait pas été un si la réalisatrice avait choisi de donner plus d'importance à la reconstitution des faits, c'est-à-dire au procès. En se focalisant sur la coupable (ne serait-ce pas elle qui est idéale ?), elle met à distance l'indignation et la gratuité du geste. Toute la colère était pourtant contenue-là, dans ce tir à travers une porte et dans ce corps d'une mère allongée sur le terrain de la discorde. Dans ce geste fou et irraisonné.
On peut croire qu'arrivé à la moitié, au sein d'une séquence de deuil où l'on se sent quelque peu voyeuriste, le film va prendre un autre tournant. Qu'il va quitter le regard de la police et s'orienter vers les victimes, montrer comment des enfants et des amis, une famille de cœur, témoin du drame, habitant en face, peut se reconstruire et essayer de comprendre. Il n'en est rien. On ne fait que s'enfermer avec la coupable dont on avait très vite compris depuis le début qu'une forme de paranoïa couplée à un racisme d'un autre âge ('on m'a toujours appris que le mot n**** désignait une personne sale et mal-élevée') préparaient le terrain au drame.
À ceux qui reprochent à la réalisatrice son parti-pris, je réponds volontiers qu'au contraire, elle a manqué de foi en son sujet, elle a pris trop de pincettes à vouloir présenter les faits d'une manière objective laissant ainsi s'immiscer la suspicion, l'inversion de la culpabilité, la recherche des causes et le partage de celles-ci. En reprenant la main sur son documentaire à mi-chemin, en choisissant la voie du cœur plutôt que du dossier, le film aurait gagné en humanité et aurait fait chanceler les abonnés aux passions les plus tristes.