Dès le départ, j’ai été saisi par l’approche formelle de ce documentaire : composé exclusivement d’images de caméras-piétons de la police, d’appels 911, et de séquences de terrain, le film évite les voix off ou les reconstitutions télévisuelles traditionnelles. Le procédé est audacieux, et c’est certainement un des grands points forts de l’œuvre : on se trouve plongé dans l’environnement même où se noue la tragédie, sans filtres discursifs (et cela provoque une résonance brute dans l’esprit).
Pour autant, malgré cette puissance formelle, j’ai éprouvé quelques réserves qui expliquent pourquoi j’attribue la note de 3,5/5. Tout d’abord, le documentaire, en choisissant de "montrer sans trop expliquer", nous laisse le soin de tirer les conclusions : c’est une force, mais cela peut aussi être une faiblesse si l’on cherche une mise en contexte un peu plus large. Par exemple, les implications des lois "stand-your-ground" en Floride, bien que présentes, ne sont pas toujours approfondies de façon systématique. On ressort avec un sentiment d’urgence, mais aussi d’inachevé.
J’ai également trouvé que, sur le plan émotionnel, la tension monte très bien jusqu’au drame, mais que l’après-coup en tant que tel, la réparation ou la réflexion collective, étaient un peu moins exploitées. Le film expose la faille, la violence banale, la haine domestiquée (mais il ne creuse pas autant que je l’aurais souhaité les mécanismes sociétaux qui ont permis que cela arrive). Ce choix mérite d’être salué (car il évite l’écueil du "doc-leçon"), mais il laisse un goût de "on aurait pu aller encore plus loin".
Ceci dit, la force reste intense : les séquences sont souvent glaçantes, le montage incisif (on sent bien l’éditeur Viridiana Lieberman à l’œuvre), et on se sent face à un miroir peu flatteur du temps présent. Le film provoque, bouscule, et surtout ne permet pas de se laisser endormir. Pour moi, ce sont là de bons points. Si je n’ai pas monté la note plus haut, c’est parce que l’impact formel ne s’accompagnait pas complètement d’une ouverture plus vaste à la réflexion ou à l’espoir.
En conclusion : "The Perfect Neighbor" est un documentaire solide, dérangeant, qui remplit son mandat de raconter une histoire vraie avec une grande maîtrise visuelle et éthique. Il vaut d’être vu (mais pour moi, il n’est pas tout à fait inoubliable ou pleinement abouti). À voir pour son propos, mais avec l’idée que ce n’est pas (encore) le master-doc ultime sur le sujet.