Juanjo Pereira est allé fouiller dans les archives audiovisuelles du monde entier pour retrouver la trace quasiment disparue de la longue dictature du général Stroessner au Paraguay entre 1954 et 1989.
En relations internationales, on évoque souvent nos principaux partenaires. Qu'on prenne en compte les échanges commerciaux, les communautés étrangères, les liens historiques, le principal partenaire de la France est sans doute l'Allemagne, suivie de peu par les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'Italie, la Belgique. Mais quel est le == dernier == partenaire de la France, le pays au monde avec lequel la France a le moins de relations ? Sans doute serait-ce un micro Etat insulaire du Pacifique, où nous n'avons même pas une ambassade : Niue, Nauru ou Palaos. Mais hormis ces micro-États éloignés, quel pays d'importance a le moins de relations avec la France ? Je pense que le Paraguay pourrait revendiquer ce titre. Rien ne nous relie à lui : ni l'histoire, ni la géographie, ni la langue, ni le commerce, ni la culture, ni des intérêts stratégiques partagés. La seule relation que nous avons avec lui est sportive : un huitième de finale exécrable, gâché par l’antijeu des Paraguayens et le tweet haïssable d'une sénatrice raciste.
Le principal intérêt de ce documentaire est donc de nous faire découvrir ce pays si éloigné de la France. Les plus cultivés avaient peut-être entendu parler du général Stroessner, né en 1912 d'un père bavarois immigré de fraiche date et d'une mère créole. Je doute qu'ils en aient su guère plus sur sa longue dictature.
Le documentaire a un parti pris : celui de l'absence de commentaires. C'est dommage. Le sujet, si méconnu, aurait mérité quelques explications. Il n'en reste pas moins d'une grande lisibilité, suivant un fil chronologique clair. Il montre comment le général Stroessner, qui commandait les forces armées, a fomenté un coup d'État, a pris le pouvoir, et s'y est maintenu en s'appuyant sur le parti unique, le parti colorado, un parti de droite violemment anti-communiste, soutenu en sous-main par les États-Unis et la CIA. On connaît les mots de Roosevelt sur Somoza, le dictateur nicaraguayen : "C'est un fils de p... mais c'est notre fils de p....". Ils auraient pu aussi bien s'appliquer à l'homme fort du Paraguay.
Plus qu'un documentaire, apporte par sa forme une sorte d'expérience vécue . Un film nécessaire et unique, mais également un bon sujet de discussion. Franchement, il me reste dans la tête ce film.
Vu au festival regard sur l’Amérique latine a Marennes. Documentaire magistral sur l’une des plus longues dictatures au monde : celle de stroesner au Paraguay. Incroyable boulot de restauration de la mémoire à travers le monde pour retrouver les archives. Le réalisateur fait le choix de ne pas intégrer de commentaires pour laisser au public la possibilité d’entrer dans l’intimité d’un dictateur et de la terreur qu’il inspire à son peuple. C’est le montage et le design sonore qui dit tout le ridicule et l’horreur d’un régime fasciste d’extrême droite qui a largement couvert et protégé les nazis. Le film est riche d’enseignements sur l’histoire bien sûr mais à la lumière de ce qu’il se passe aujourd’hui dans le monde, il est aussi particulièrement actuel et puissant dans ce qu’il dénonce.
Vu en avant première au Louxor Paris. Un film d’une grande qualité avec un montage d’archives qui nous plonge dans une dictature peu connue que ce soit au Paraguay même ou à l’étranger. Nécessaire à une époque où l’Amérique latine et le monde reviennent à des régimes popupulistes dangereux.
Film passionnant et dans le sujet qu'il aborde (si méconnu) et dans sa forme. Pas de voix off et pourtant une narration captivante grâce au travail sur le montage et sur le son. On est avec ce peuple opprimé à chaque instant, on a l'impression de ressentir cette menace de l'intérieur qui interdit toute revendication ou même projection vers des jours meilleurs. Un film plus qu'important à voir, encore plus aujourd'hui.