J'aime bien Bastien Bouillon, j'aime plutôt bien Valérie Donzelli (je l'ai apprécié comme scénariste dans L'amour et les forêts, un peu moins comme réalisatrice dans La guerre est déclarée, et la plupart du temps comme actrice dans Les musiciens, par exemple)... Mais là, quel ennui ! Si le sujet de départ (choisir l'ascèse du déclassement pour être libre" et pratiquer l'écriture, quitte à en baver), le film aligne une succession de saynètes où l'on voit Bastien Bouillon se livrer à toutes sortes de petits boulots ingrats. OK, mais en fait, heu, dans quel but et avec quel regard exactement ? La liberté supposément gagnée, on ne la voit guère puisqu'il est disponible H24 pour ces jobs, Quant à l'écriture, et l'exigence artistique, qui sont censés être la substantifique moëlle de tout cela, le film évite carrément le sujet (le comble) :: on ne le voit quasiment JAMAIS écrire. Le travail d'écriture, ou le traitement de cette matière du réel pour le transformer en écriture, n'est JAMAIS présent dans le film. Par contre, à la fin, à partir de quelques lignes dans un carnet, le livre a l'air de surgir magiquement et d'atterrir sur le bureau de l'éditrice. Qui tout aussi magiquement, le trouve génial et devient bankable. Cela parait improbable de bout en bout : l'écrivain, son travail (d'écrire, par l'autre : pour ce qui est de couper le gazon ou descendre un mur, là, on a tous les détails), son succès... Le fait littéraire est inexistant, et clairement sacrifié, alors qu'il aurait dû être la chair du film.
Autre point : en fait, au bout du compte, à quoi bon ce "voyage" en dure vie ? Pour retourner dans bourgeoisie land (en est-il réellement sorti ?) Pour se donner bonne conscience ? Pour changer de lunettes ?
L'aspect vain de ce pas de côté est presque malaisant. On est loin du regard politique d'un Ken Loach, ou de l'expérience d'un Ouistreham ou d'un Souleymane ou de L'établi, par exemple.
La mise en scène et le scénario sont aussi faibles : ainsi, à quoi sert la scène de lit entre la femme ramenée en taxi et le "héros" ? Ou celle du chevreuil ? Ou la énième rencontre avec l'ami incrédule au café ? Sortes de cheveux sur la soupe....
La mise en scène du coup de fil final entre le fils (qui subitement "admire" son père qu'il a LU !) et le père (trop zému) est déplorable : gros plan fixe sur le visage de B. Bouillon, cliché et fadeur du dialogue, frôlant le ridicule, petite larme)... Vraiment, non, pas convaincue.