Voilà un film que j’aurais pu adorer( comme j’avais adoré « Dans la cour ») s’il avait été moins long (j’ai un peu décroché dans les dernières vingt minutes) ... Chair à attraction foraine qui monnaie ses baisers au public dans la baraque de Titus (Gustave Kervern) et simule le coup de foudre – qu’elle prend pour de bon, d’où son surnom de « Vénus Electrificata », Suzanne (Anaïs Demoustier) est prise pour une voyante (elle s’est glissée dans la baraque de la voyante pour lui piquer, entre autres choses, son vin d'opium, une drogue fort prisée à l’époque) par un peintre ivre mort, Antoine (Pio Marmaï) en deuil de sa muse Irène (Vimala Pons). Antoine veut, toutes affaires cessantes, entrer en contact avec son épouse défunte et voit en Suzanne celle lui ouvrira les portes de l'au-delà. La voleuse tente bien de l'éconduire mais change d'avis lorsqu'il sort un billet de 10 francs. Qu'à cela ne tienne ! Pour une telle somme, elle s'improvise extralucide le temps d'une séance. Un rôle de composition pour lequel elle s'avère extrêmement douée. Persuadé que sa femme se réincarne dans le corps de la roublarde Suzanne, Antoine est prêt à se ruiner pour recommencer… Croyant renouer avec elle, celui-ci raccroche la bibine et reprend le pinceau. Une aubaine pour son marchand d’art Armand (Gilles Lellouche), qui soudoie Suzanne afin qu’elle entretienne la flamme. Point de départ d’une supercherie qui prend des proportions folles et vire à la ronde amoureuse entre passé et présent… cela donne un long métrage plein de grâce et d'une élégance folle, dans cet après Première Guerre mondiale, période propice à l'extravagance, au sortir de l'horreur des tranchées. Son scénario est malin et original et sa réalisation agile et avenante. La mélancolie se mêle assez joliment à l'absurde et la légèreté de l'ensemble ne manque pas de profondeur puisque l'amour et la mort sont évidemment les deux choses les plus sérieuses du monde... Le film enchaîne des épisodes où le vrai et le faux se superposent et se confondent, jusqu’au vertige — on s’évanouit à loisir ici ! La double personnalité de Suzanne, le rôle de « scénariste » d’Armand, la place d’auditeur-spectateur pour Antoine, les planches de la fête foraine, tout cela rappelle en creux le théâtre et le cinéma. Comme toujours chez Salvadori, ses interprètes étincellent. Peut-être que Gilles Lellouche, Pio Marmaï et Vimala Pons ont déjà livré des prestations d'un tel niveau, mais que dire d'Anaïs Demoustier, rayonnante, qui n'a jamais été aussi magnifique ? Au sein de ce manège dans lequel les illusions, manipulations et mensonges éhontés se donnent la main, elle distille sans un instant faible toute une palette d'expressions finement jouées.... Un grain de malice, beaucoup de fraîcheur et un charme désuet qui ravira les amateurs de films d'époque avec ses costumes et ses décors remarquablement reconstitués, du travail de dentellière, à la limite du maniérisme parfois, c’est la seule réserve et dommage que le film soit un peu trop long !