Kontinental '25
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Arthur Debussy
Arthur Debussy

189 abonnés 777 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 4 octobre 2025
Avec « Kontinental '25 », je découvre enfin le cinéma de Radu Jude, l'un des réalisateurs du moment. Et on peut dire qu'il est fidèle à sa réputation : provocateur, très drôle, cynique, socialement et politiquement engagé... Il ne brosse pas le spectateur dans le sens du poil, et c'est très bien comme ça. Radu Jude n'est pas juste un amuseur public, c'est un artiste qui veut pousser le public à la réflexion. Il montre ainsi des personnages qui sont empêtrés dans leurs contradictions, comme il met en lumière l’ambiguïté des Roumains mais aussi des Européens, et plus largement des Occidentaux. Radu Jude montre toute la complexité, à la fois de ce continent et de l'Union Européenne, qui traversent clairement une crise politique, économique, sociale... et existentielle.

Le cinéaste met en images le malaise civilisationnel que l’on éprouve, à travers la trajectoire parallèle d’un SDF, visage d’une misère économique et sociale, et d’une femme de la classe moyenne, empêtrée dans une autre forme de misère : humaine, relationnelle et ontologique. Des personnages submergés par le chagrin, contrebalancé par l’humour ravageur de Radu Jude, qui nous tend un miroir implacable. Mieux vaut ouvrir les yeux et se rendre compte de la situation dans laquelle on vit, et que nous autres, Européens, refusons tant de voir. Il y a comme une nostalgie de la part de Radu Jude quant à l’Europe, du fait de cet écart entre ce qu’elle est et ce qu’elle aurait pu ou dû être.

Rien que le titre du film, convoque les fantômes de cette Europe cosmopolite, riche de ses différentes cultures, qui ont en même temps provoqué sa perte lors des deux guerres mondiales, à cause du cancer du nationalisme, qui est en train de ressurgir… Un nationalisme contre lequel Radu Jude s’érige, en dénonçant explicitement Viktor Orbán ou Vladimir Poutine. Dans « Kontinental '25 », on a beau être en Roumanie, on parle roumain, mais aussi hongrois ou allemand. Une partie de la population est hostile aux étrangers, pourtant ce sont les différentes nations et cultures de l’Europe qui font tout son intérêt.

La construction de l’Union Européenne est peut-être la plus belle utopie du 20e siècle, et elle a pu se réaliser ! Hélas, son édification a été bancale et elle a trop reposé sur une forme d’ultra libéralisme naïf et aveugle. Les fonds de l’UE ont permis a beaucoup de ses pays membres de se (re)construire, mais dans le même temps, le marché européen a été trop dérégulé, et a détruit en partie un certain nombre de pays, dont la transition vers l’UE s’est faite au profit de cliques de mafieux et autres entrepreneurs douteux. Il semble que ça ait été le cas de la Roumanie, parmi tant d’autres pays à l’Est mais aussi à l’Ouest. Il y a de quoi désespérer, ou du moins être passablement déçu de la tournure des événements…

Mais Radu Jude est un peu l'anti Ruben Östlund. Il ne verse pas dans le cynisme absolu et dans une forme de pose arty pseudo subversive, qui ricane lâchement sans rien proposer. Un certain nombre des personnages de Radu Jude ont un bon fond, ça ne veut pas dire qu'ils sont irréprochables. En tout cas, ce ne sont pas tous des pourritures. Certains de ses personnages essaient de faire de leur mieux, même s’ils sont parfois maladroits et ont leurs défauts. Radu Jude montre des personnages équivoques, et non caricaturaux.

Le cinéaste roumain pose d’ailleurs davantage de questions qu'il n'apporte de réponses. Et tant mieux sans doute, tant la complexité des problèmes de notre époque mérite autre chose que des réponses toutes faites, simplistes et populistes. En tout cas, Radu Jude semble dire que quand tout va mal, il reste encore à l'être humain son irréductible humanité, et sa conscience en guise de boussole. Une fragile voix intérieure, bien utile en ces temps d'obscurantisme et d'incertitude totale...
Yves G.

1 856 abonnés 4 065 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 2 octobre 2025
Un clochard se suicide en se pendant à un radiateur durant son expulsion du local qu’il occupait sans titre. Orsolya, l’huissière de justice chargée de cette expulsion, ne se remet pas de ce drame et cherche auprès de son entourage le réconfort.

Dans le très riche cinéma roumain (Mungiu, Puiu, Porumboui….) Radu Jude occupe une place à part : celle de sujets très provocateurs qui critiquent le régime roumain, les discriminations dont il est coupable, et celle d’un traitement formel radical (son dernier film, "N’attendez pas trop de la fin du monde" comportait un plan fixe de quarante-cinq minutes !).

"Kontinental ’25" se présente à nous sous les atours sympathiques d’une comédie avec son affiche arty, son titre façon "Europe 51" et son affiche qui rappelle Audrey Hepburn et les films américains des années 50. Le contre-sens – ou plutôt la tromperie sur la marchandise – ne pouvait pas être plus grand.

Car "Kontinental ’25" – dont je n’arrive pas à comprendre le titre – a les deux pieds dans le monde contemporain. Il a été tourné à Cluj, la capitale de la Transylvanie, dont chaque coin de rue est filmé en plans fixes, au point, lors de la dernière séquence d’une vingtaine (?) de plans immobiles successifs, qu’on a l’impression de visiter une exposition photo sponsorisée par JC Decaux. Il met en scène un clochard dont on suit d’abord les déambulations jusqu’à son suicide. Le film alors change de focale et se concentre sur le personnage d’Orsolya, dont les origines hongroises la désignent à l’hostilité de la population roumaine.

Le sujet pourrait être intéressant : comment une huissière de justice vit-elle le suicide du clochard qu’elle a expulsé de son domicile ? Mais son traitement devient vite insupportable. Radu Jude filme en plans fixes les longs têtes-à-têtes qu’Orsolya a successivement avec son mari, avec son patron, avec sa meilleure amie, avec sa mère, avec un ancien étudiant et avec un prêtre. Ces plans interminables et leur logorrhée sont venus à bout de ma résistance, à l’exception peut-être de celui avec l’étudiant qui prend un tour savoureux.
soulman
soulman

140 abonnés 1 422 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 2 octobre 2025
Après une introduction incisive et terrible, le film entre peu à peu dans une démonstration scolaire et souvent verbeuse. On attend en vain que le cinéaste prenne du recul par rapport à son sujet mais il choisit étonnamment (et malheureusement) une narration au 1er degré, où sont dénoncés, pêle-mêle, l'indifférence à l'égard des plus pauvres, la montée des nationalismes et l'aveuglement des religieux, incapables de voir au-delà de la doctrine étudiée et rabâchée sans cesse. Seul moment plaisant, la joute entre l'héroïne et un de ses anciens étudiants, expert en citations sur la zénitude, mais là encore, la séquence se termine de façon trop attendue.
Tout cela forme un tout au final assez indigeste, dans lequel l'actrice principale, attachante mais sans grand relief, finit par sombrer inexorablement et perdre le spectateur, effaré par tant de grisaille, aussi bien formelle que conceptuelle.
Bref, une vraie déception.
Lazlobo25
Lazlobo25

7 abonnés 5 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 1 octobre 2025
Fan absolu du cinéma de Radu Jude son dernier opus tourné en 10 jours avec un téléphone portable ajoute une nouvelle corde à son œuvre.
Film mineur dans la forme de on peut penser à hong-sang-so (minimaliste, personnage central dans le procédé)
mais une fois encore il m'a bluffé par son analyse au vitriol de la société Roumaine (présente et passée).
Toujours très drôle et d'une érudition exceptionnelle même à minima Radu Jude et un cinéaste qui fait du bien même s'il nous met le nez dans l'horreur de l'ultra libéralisme qui s'invite jusqu'à Cluj.
merci à lui.
Fenêtre sur salle
Fenêtre sur salle

129 abonnés 417 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 1 octobre 2025
 KONTINENTAL '25 - Radu Jude | ⭐ 6/10

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Ce film a attisé ma curiosité car j'ai souvent regretté d'avoir manqué le dernier film de ce réalisateur, 형'혢혵혵혦혯혥혦혻 혱혢혴 혵혳혰혱 혭혢 혧혪혯 혥혶 혮혰혯혥혦, pourtant considéré par beaucoup de cinéphiles comme l'un des meilleurs films de l'année 2023.

Disons le tout de suite, le film n'était peut-être pas la meilleure porte d'entrée dans le cinéma de ce réalisateur roumain. Exigeant et pas forcément très accessible, le film est composé essentiellement de longues scènes de dialogues, en plan fixe, durant lesquelles le personnage principal s'entretient successivement avec sa mère, un prêtre, une amie, un livreur,…

Réalisé en une dizaine de jours avec un simple iPhone, le film assume son économie de moyens et mise tout sur la force de son propos, notamment politique, pour devenir le miroir grinçant d’une Roumanie contemporaine gangrénée par le nationalisme, la corruption et la xénophobie. Le ton oscille entre humour noir, absurde et désespoir et l'ironie est palpable dans chaque scène.

Les nombreux plans fixes sur la ville et ses bâtiments offrent des silences qui relancent l’attention, après ces longs dialogues verbeux. Ces pauses visuelles ne sont toutefois pas que de simples respirations. Les façades décrépites, les chantiers, les zones d'habitation standardisées qui s'étendent à n'en plus finir dressent le constat d’une société qui sacrifie ses paysages et témoignent des inégalités sociales qui la traversent. La capacité du réalisateur à faire dialoguer ces images fixes et à leur faire dire autant, sinon plus, qu'une longue scène dialoguée de plus de dix minutes est assez fascinante.

Malheureusement, le dispositif de mise en scène finit par lasser et engendre une certaine forme d'ennui.

Ma page ciné instagram : fenetre_sur_salle
Elsaballandet
Elsaballandet

1 abonné 7 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 30 septembre 2025
Le film surprend par sa capacité à conjuguer la modestie de son dispositif avec la profondeur du propos. Microscope et panorama se répondent : les conversations intimes du personnage central, au fil de rencontres tantôt burlesques, tantôt désespérées, deviennent les jalons d’un véritable conte philosophique. Jude excelle dans l’art de la tragi-comédie : drôle, absurde, parfois désespéré, son cinéma avance sur la crête fragile entre farce et chronique politique, entre satire corrosive et tendresse inattendue.
norman06

428 abonnés 1 839 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 28 septembre 2025
Réjouissant et sarcastique, ce portrait d'une fonctionnaire à la fois naïve et humaniste confirme l'originalité de ton et de style de son réalisateur, peintre acerbe de la société roumaine.
Joselito
Joselito

35 abonnés 135 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 3 octobre 2025
Décidément les derniers films de l'est propagent quasi explicitement la doxa de Bruxelles, voire de l'OTAN. spoiler:
Ici en Roumanie un SDF condamné à la survie précaire montre tout d'abord la cruauté d'une société gangrenée par "une mafia immobilière et affairiste" dixit l'huissière mais très vite les scènes suivantes font bien comprendre qu'il faut néanmoins défendre l'UE contre les Russes quitte à montrer un vrai document de suicide de soldat russe face à l'attaque mutilante d'un drone américain. Deux femmes énumèrent leurs états d'âme sur les misères du monde et leurs dons en ligne mais cela reste le seul horizon ouvert pour les citoyens du pacte de l'UE [spoiler][/spoiler
Bref, verbeux, dogmatique l'air de rien, cynique quand le jeune livreur accumule des historiettes et une philosophie "zen" à coup de pinard, c'est un ratage complet.
Jerome
Jerome

50 abonnés 198 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 14 octobre 2025
Dommage qu'un cinéaste aussi talentueux (fin du monde..) s'égare dans une promenade trop bavarde et convenue.
larramendy
larramendy

15 abonnés 79 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 28 septembre 2025
Mon Dieu quel ennui! Un dès très rares films qui nous a incités à quitter la salle avant la fin.
Où est le côté iconoclaste vanté par les critiques ?
Le début est potable, puis le film s’enlise complètement. Les dialogues sont interminables et d’une banalité affligeante et le restés est à l’avenant.
Il y a désormais confusion chez les critiques entre l’arrière-plan social, historique (ici la Roumanie) et la qualité du film. C’était déjà le cas pour « Cold war », «  Le dernier dès Juifs » « Emilia Perez » et d’autres encensés et très décevants.
A fuir!
Corinne76100
Corinne76100

87 abonnés 652 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 27 septembre 2025
La bande-annonce ne me faisait pas envie mais le scénario semblait prometteur. Passée la scène déclencheuse du film, celui-ci devient pénible, bavard et lassant, les scènes s'enchaînant sans trop de logique, entrecoupées de longs plans fixes.
Bart Sampson

416 abonnés 857 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 27 septembre 2025
Le réalisateur Radu Jude est coutumier des films qui grattent un peu la surface euro-friendly de la Roumanie actuelle. Entre dénonciation du racisme anti hongrois et de la course à l'économie de marché, il arrive à nous faire rire des contrariétés rencontrées par une huissière, ex enseignante qui se compromet avec le système et va passer le film à chercher à se justifier auprès de personnes soient aussi larguées qu'elles ou des étudiants philosophes qui déclament des théories un peu fumeuses. Un cinéma assez détraqué mais qui fonctionne bien dans l'ensemble
Cinememories

596 abonnés 1 673 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 22 septembre 2025
"Les responsabilités individuelles sont au cœur des interrogations soulevées par Kontinental ’25. Toujours fidèle à une approche documentaire, satirique et grotesque de son époque, Radu Jude poursuit ici son exploration des fractures sociales, dans un registre plus discret, presque silencieux. À travers la culpabilité d’une employée de l’État, il interroge la manière dont l’autorité – qu’elle soit institutionnelle ou corporatiste – exerce un pouvoir de « nettoyage » sur l’espace public. Cette auscultation brute, immédiate, dévoile des contradictions inquiétantes, à la fois absurdes et profondément révélatrices."

"Le titre du film fait écho à Europe 51 de Roberto Rossellini, une critique sociale que Jude réactualise à sa manière. Il évoque ici la Roumanie contemporaine, minée par une gentrification galopante, où les bénéfices semblent viser non plus les locaux, mais les touristes plus ou moins aisés. Cluj devient le théâtre d’un tableau morose où traditions, patrimoine et modernité cohabitent sans harmonie. À travers de longs plans fixes, Jude interroge ces tensions. Ce qui relevait du décor quotidien devient peu à peu une représentation monstrueuse du capitalisme. Filmés à travers l’objectif épuré d’un iPhone, les plans captent, en silence, un patrimoine rongé par les logiques du marché – jusqu’à paraître factice. De même, l’ambiance sonore entre parfois en contradiction avec ce que l’on voit à l’écran."

"Kontinental ’25 marque ainsi une étape plus dépouillée dans l’œuvre de Jude, mais tout aussi incisive. Sous l’apparente légèreté d’une tragi-comédie minimaliste, il dresse un état des lieux implacable, adoptant une tonalité plus sombre pour accompagner la quête de sens de son personnage central. Toute l’ironie du film se cristallise dès les premières scènes avec des dinosaures mécaniques, abandonnés dans un parc morne. Ils n’amusent plus personne, peinent à servir de décor, et deviennent l’image parfaite d’un monde absurde, artificiel, usé et programmé pour sa propre extinction. Ce serait oublier que les sans-abris, eux, ont bien plus de valeur que ces reliques du passé. Mais au final, c’est toujours le « progrès », trop souvent confondu avec la cupidité, qui semble avoir le dernier mot."

Retrouvez ma critique complète sur Le Mag du Ciné.
LCDC YT
LCDC YT

147 abonnés 360 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 20 septembre 2025
Aussi déroutant que par moment fascinant, le film de JUDE est une œuvre sociologique parfois très prenante, parfois un peu bancal, notamment dans sa technique, mais qui laisse une trace particulière en tête à la fin de son visionnage
Direct-actu.fr

390 abonnés 521 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 20 septembre 2025
Avec Kontinental ’25, Radu Jude livre une fresque sociale aussi glaçante que lucide. À travers Orsolya, huissière de justice confrontée au suicide d’un sans-abri expulsé, il expose la culpabilité individuelle et collective face aux fractures d’une Europe contemporaine rongée par ses contradictions. Cluj, vitrine technologique en pleine gentrification, devient le décor d’une réussite économique bâtie sur l’effacement des plus vulnérables.

spoiler: Le film révèle un continent obsédé par son image moderne, mais incapable de protéger ses exclus, miroir d’une Roumanie marquée par l’histoire tourmentée de la Transylvanie, entre héritages soviétiques, tensions hongroises et illusions européennes. Entre satire et tragédie intime, Jude capte l’absurdité des réactions humaines, oscillant entre bonne conscience et indifférence. Kontinental ’25 s’impose ainsi comme un film coup de poing, qui force à ne plus détourner le regard des invisibles et à interroger notre part de responsabilité.
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