Radu Jude a réalisé Kontinental '25 en une semaine, profitant d'une pause dans le tournage de son Dracula. Le cinéaste roumain poursuit ainsi la radiographie contemporaine de son pays, ici dans la ville de Cluj, avec toujours la même férocité, mais aussi un sens de l'absurde qui démontre qu'il possède en lui une veine humoristique, particulière, il est vrai, qui apporte un peu de légèreté. C'est du Radu Jude pur jus, en tout cas, à travers le parcours de son héroïne, confrontée à un drame qui l'amène à reconsidérer son métier d'huissière de justice et à culpabiliser. Mais, plus globalement, le cinéaste s'en prend une nouvelle fois aux dérives de son pays, sur un ton sardonique et cinglant : le capitalisme à tout crin, le nationalisme (face au voisin hongrois, notamment), les rancunes historiques, la corruption endémique, etc. Le film a été tourné vite et cela se voit quand même, par exemple dans son montage abrupt et l'inégalité d'intérêt des scènes. Ce n'est certainement pas son long métrage le plus marquant, mais il a le mérite de se situer dans une constance thématique et de ne jamais brosser le spectateur dans le sens du poil. On peut lui préférer d'autres cinéastes roumains, moins "chaotiques" que lui, mais sa singularité reste indéniable, dans le sillon social qu'il ne cesse de creuser.
Radu Jude est ce que j'appellerais un cinéaste stimulant. S'il est bavard ce n'est pas pour rien dire, chez lui il y a de l'intelligence et de la matière à réflexion. S'il défonce l'époque, la lâcheté, l'hypocrisie ambiantes, c'est sans misanthropie car ses personnages se débattent avec leur conscience, donc en ont une. Et ce qui est probablement le plus redoutable, c'est qu'il nous tend un miroir, nous met face à nos contradictions, avec toujours un sourire malin.
Ici j'ai autant décrit "Kontinental 25" que plusieurs de ses films précédents, car si l'emballage varie beaucoup, on est en effet ici très loin de la folie formelle de "N'attendez pas trop de la fin du monde" et "Bad Luck Banging or Loony Porn" par exemple, on y digresse toujours autant et la rage est la même. Avec ce nouveau film où l'absence d'"image cinéma" peut déstabiliser le réalisateur roumain va d'avantage droit au but, il enlève tout le gras comme pour dire qu'il n'y a aucune raison de rendre agréable à l’œil un monde pourri.
L'automne 2025 sera très Jude puisque ce "Kontinental '25" devrait sortir fin septembre puis moins d'un mois plus tard nous est promis un énigmatique "Dracula".