Contrairement à ce que son titre français indique, le second film de Huo Meng s'étend sur un temps plus long que celui des moissons. Il se situe à une période, le début des années 90, qui marque un véritable basculement dans la Chine rurale, avec notamment l'arrivée imminente de la mécanisation. Reste encore le poids du collectif et celui de la famille que retranscrit le cinéaste dans un long métrage presque choral, d'où émerge un garçon de 10 ans, privé de ses parents, partis travailler dans une grande ville du sud de pays, et proche de sa jeune tante, soumise aux lois patriarcales, et de son irréductible arrière-grand-mère. Le temps des moissons s'échappe assez joliment du naturalisme attendu, grâce une maîtrise de la mise en scène aux soudains accents lyriques, mais Huo Meng tient moins fermement les rênes de son intrigue, peut-être à cause d'un excès de générosité, le cinéaste abordant une multitude de thèmes tels que l'exode rural, la condition féminine, l'adolescence, le traitement réservé aux handicapés, le poids des traditions (mariages et enterrements). Cette Chine nouvelle qui prend forme en 1991 correspond manifestement à une ère de rupture, à la fois source de nostalgie et de progrès. De là à dire que c'était mieux avant, il faudrait être Chinois pour pouvoir l'affirmer, ou non, mais différent, cela, c'est une certitude.