Une occasion manquée : quand Vivaldi devient une silhouette sans vie
En tant que musicien et cinéphile, j’abordais Vivaldi et moi avec une attente naturelle : celle de voir se rencontrer deux formes d’intensité, la musique et le cinéma. Or, l’expérience s’est révélée profondément décevante, presque paradoxale. Tout y est en place — sujet, contexte, musique — et pourtant rien ne prend.
Le film semble hésiter entre fiction et reconstitution historique, sans jamais choisir. Il adopte un ton quasi documentaire qui, loin d’apporter de la rigueur ou de la profondeur, assèche toute possibilité de tension dramatique. Ce qui aurait pu être une plongée vibrante dans l’univers de Antonio Vivaldi et de l’Ospedale della Pietà devient une succession de scènes figées, descriptives, presque pédagogiques. Le récit ne progresse pas : il s’étire.
Mais la faiblesse la plus frappante réside dans l’absence totale de consistance des personnages. Vivaldi, interprété par Stefano Accorsi, demeure une figure extérieure à lui-même, sans feu intérieur, sans urgence créatrice perceptible. Quant à Cecilia, incarnée par Mélanie Thierry, elle aurait pu être le cœur battant du film — une jeune musicienne en devenir, traversée par le désir, la contrainte, l’émancipation. Elle n’est finalement qu’une présence silencieuse, presque abstraite. Le spectateur reste à distance, faute d’avoir accès à la moindre intériorité.
On en vient alors à interroger la mise en scène elle-même. Le choix de sobriété adopté par Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic aurait pu produire une forme d’épure exigeante. Mais ici, cette austérité ne révèle rien : elle neutralise. Là où le minimalisme devrait concentrer l’émotion, il la dissout. Là où il devrait suggérer, il laisse un vide.
La comparaison s’impose presque malgré elle avec Amadeus, qui parvient à transformer la musique en véritable moteur dramatique. Dans Vivaldi et moi, la musique, pourtant sublime, reste étrangement périphérique, comme plaquée sur des images qui ne l’incarnent jamais.
Au fond, le film donne le sentiment d’un projet sincère mais profondément inabouti. En voulant éviter les facilités du biopic traditionnel, il tombe dans un excès inverse : une neutralité esthétique et narrative qui finit par engendrer l’ennui. Et cet ennui est d’autant plus regrettable que le sujet, lui, appelait tout autre chose — de la vie, du conflit, de la chair.