Quel film charmant, intelligent, musical et historique.
Historique, car on y apprend qu'au début du XVIIIème siècle, Venise possédait plusieurs orphelinats chargés de recueillir les enfants abandonnés, soit qu'ils aient été nuitamment glissés dans un tiroir sous la porte de l'orphelinat, soit que, fruits d'une rencontre illicite, ils soient apportés par quelque noble famille pour éviter le déshonneur. De lourds registres recensent toutes les arrivées, avec un objet, image, ruban... qui permettrait d'identifier la provenance de la petite marmotte.
A l'Ospedale della Pieta, orphelinat de filles, non seulement on leur donne une bonne éducation, mais on leur apprend la musique; leurs concerts sont réputés; une assistance choisie s'y presse...
Mais elles ne doivent pas rencontrer le monde. A l'Ospedale, elles jouent derrière un claustra; et quand elles donnent une représentation à l'extérieur, elles sont masquées. Cela nous permet de jolies images des gondoles, transportant sur les canaux leur cargaison de jeunes filles en robes rouges et masques noirs.
Et quelques chanceuses sont données en mariage à un vieux noble veuf... Cécilia, elle, a été promise à un militaire, actuellement à la guerre. Mais Cécilia (la nouvelle venue Tecla Insolia, exceptionnelle!!) n'est pas comme les autres. La nuit, elle a un coin secret pour écrire à sa mère inconnue dont elle rêve, qu'un jour, elle viendra la chercher. Et puis, elle ne veut pas se marier. Elle ne veut pas que l'on décide pour elle.
Et voilà qu'un jour, le vieux directeur de la musique, routinier et grognon, est remplacé. Par un jeune prêtre roux (Michele Riondino), maladif (asthmatique?) qui chamboule tout: il faut jouer plus vite, plus fort, acheter de nouveaux instruments tout juste inventés! C'est un triomphe auprès du public. Cela nous vaut quelques scènes décadentes de cette société frisée, emperruquée, embijouttée, ridicule...
Vous voyez venir la suite: Vivaldi et Cecilia tombent amoureux? Eh bien non! Ouf! Damiano Michieletto, metteur en scène d'opéra reconnu mais débutant au cinéma ne tombe pas dans cette facilité comme la quasi totalité de ses collègues l'auraient fait, qui ne peuvent résister à une partie de pattes en l'air, surtout à l'ombre d'un bénitier.. Ces deux chastes n'y pensent même pas, même si on sent bien qu'ils sont liés par l'amour de la musique; ils admirent leurs talents mutuels.
Mais la guerre est finie. Et Cecilia ne veut pas se marier. Elle veut passer sa vie à l'ombre des hauts murs de l'orphelinat, faire de la musique, rien que de la musique. (Vivaldi lui même y passa pus de quarante ans!) Hélas. Son destin n'est pas dans ses mains,
et le stratagème inventé pour s'en sortir ne pourra que se retourner contre elle. Et Vivaldi n'aura pas le courage de la défendre..;
Quel beau film qui nous éloigne tellement de la production habituelle...