Jean-Baptiste Léonetti propose avec « Ceux qui comptent » une comédie sociale qui s’avère, au fil des scènes, devenir de moins en moins une comédie pour virer vers le drame. Déjà je souligne que j’aime bien ce titre à double sens : ceux qui comptent leur argent (parce qu’ils en manquent) et ceux qui comptent parce qu’ils sont importants dans la vie des autres. Après, pour ce qui est du reste et pour rester sur la forme, on est dans du conventionnel total. Pas de flaches back ou d’ellipse ou de digression ni quoi que ce soit, une narration parfaitement linéaire, pas d’effet de mise en scène, aucun plan audacieux, aucune scène saillante qui sorte du lot, une musique discrète et passe partout qu’on remarque à peine, bref, la réalisation est parfaitement académique. Même l’affiche semble presque bâclée, sans aucune imagination. Le film mise clairement sur une chose (et je dirais même une seule) pour faire la différence : son casting. En croisant à l’écran une valeur sure du cinéma français en la personne de Sandrine Kiberlain avec l’acteur qui monte et fait parler de lui à tout bout de champs, Pierre Lottin, Jean-Baptiste Léonetti pensait avoir trouvé la formule magique, le duo magique. Leur talent à tous les deux n’est plus tellement à prouver, et pourtant je trouve que chacun dans leur partition, ils forcent le trait quasiment en permanence. Est-ce la direction d’acteur qui les a poussés à accentuer encore et encore leur caractère respectif ? Elle est (trop) insouciante, (trop)volubile, (trop) optimiste, (trop) faussement joyeuse, et lui est (trop) taiseux, (trop) mal à l’aise, (trop) revêche, (trop) fermé. Même les enfants en font eux aussi un tout petit peu trop, Alexis Rosenstiehl force de trait de l’ado rebelle, Louise Labeque surjoue l’enfant du milieu qui cherche en permanence à tempérer tout le monde, et la petite Alma Ngoc est elle aussi trop ceci et pas assez cela. Cela m’étonnerait que tout cela soit leur faute à tous, je crois qu’ils sont tous piégés dans des rôles mal écrits. En réalité, plus que la construction des personnages, c’est surtout du scénario que vient le problème, car l’écriture des rôles n’est qu’une conséquence d’un scénario trop faible. En réalité, sur le papier l’histoire n’est pas nouvelle :
la famille en détresse qui demande à un inconnu de se faire passer pour ce qu’il n’est pas vis-à-vis des services sociaux, cela a déjà été fait. La pièce rapportée un peu revêche qui s’attache à des gamins tout aussi revêches, cela n’est pas non plus si original que cela. La mère en détresse qui cache son chagrin et son désespoir derrière une bonne humeur de façade, là encore ce n’est pas entièrement nouveau.
Ensuite, à l’écran, je vais être honnête cela tourne un peu à vide au bout d’un moment. Au bout d’une demi-heure, on a plus ou moins compris où on va et comment cela va se terminer et du coup, je regrette de le dire, mais on « sort » du film. En tous cas, moi, j’ai trouvé le film long alors qu’il ne dure qu’1h40 et cela n’est jamais bon signe. Alors oui, il y a des moments de tendresse qui peuvent émouvoir le spectateur, il y a aussi de l’humour (mais pas tant que cela), des scènes un peu décalées, de moments touchants. Mais cela est un peu noyé dans la répétition des scènes
ou Rose harcèle Paul pour qu’il vienne habiter avec eux, pour qu’il lui rende tel ou tel service, pour essayer de le convaincre de ceci ou de cela et que lui ronchonne et ne lui oppose qu’un regard fuyant.
C’est dommage car le message de fond, qui n’est pas sans intérêt (qu’est ce c’est que « faire famille » quand tout va mal ?) s’en trouve un peu dilué. J’aurais aimé dire que j’y ai cru, à ce duo improbable
et à cette jolie fin pleine de résilience
, mais en réalité pas tant que cela. « Ceux qui comptent » est un film qui se loupe un peu, et c’est dommage pour ces deux comédiens formidables.