1938, Meursault, jeune employé français à Alger, enterre sa mère sans exprimer d'émotion et entame une liaison avec Marie.
François Ozon adapte le roman de Camus en un noir et blanc sublime (Manu Dacosse, chef opérateur) qui magnifie la beauté et le corps de Benjamin Voisin. Peut-être un peu trop. L'image frise parfois celles d'un magazine glacé. Ce n' est pas l'esthétique qu'on imaginait pour l'étrange personnage dessiné par Camus.
Le scénario rappelle, notamment en introduction du film avec des images d'archives, le contexte coloniale de l'histoire. Il développe également le rôle de Marie dont on peut penser qu'elle représente le regard de Camus sur son personnage. Le réalisateur fait de Meursault un homme plus taiseux et inquiétant que celui du livre. Notamment dans la séquence dans l'asile de sa mère où dans l'écriture de Camus Meursault est plus bavard et semble plus mal à l'aise ou maladroit qu'indifférent. Le Meursault de Camus semble ignorer les codes sociaux. Quand on les lui soumet, il les trouve inutiles. Il veut vivre au présent sans regret du passé, sans se projeter dans l'avenir. Jusqu'au jour où il tue un homme et où il comprend immédiatement que lui qui veut rester constamment dans le même quotidien, vient de s'imposer un destin.
Aussi, dans le film, on ne retrouve pas vraiment les références à la lumière, à la couleur blanche aveuglante, à la chaleur et aux sons qui poursuivent Meursault tout au long de son récit et qui joueront un rôle important dans le meurtre, seul moment où Ozon en fait ouvertement et assez maladroitement référence, avec le reflet du soleil sur le couteau de la victime. En n'insistant pas sur ces éléments naturels que Camus souligne tout au long du récit, Ozon édulcore le portrait de Meursault.
Côté interprétation, si on peine à oublier Benjamin Voisin (pourtant excellent comédien) derrière Meursault, Rebeca Marder, Pierre Lotin, Denis Lavant, Swann Arlaud, Nicolas Vaude, Jean-Charles Clichet, Christophe Malavoy et, dans une courte mais marquante apparition, Mireille Perrier, sont parfaits.