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Simone Gentile
11 abonnés
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4,0
Publiée le 9 février 2026
François Perlier fait le choix de donner voix aux laissés-pour-compte d’Haïti. On y ressent l’énergie et la charge émotionnelle de ces « âmes bossales », au risque — assumé — d’en faire affleurer les contradictions et les blessures. Une œuvre qui se savoure lentement et qui, pour autant, ne laisse pas indifférent·es.
Un film important, utile, à la compréhension de l'histoire d'Haïti, à la compréhension de toutes les révoltes populaires. un film qui nous touche en plein cœur, comme un coup de poignard et qui fait écho à nos histoires de luttes occidentales ou d’ailleurs. La forme et le fond se rejoignent. Le réalisateur, au grès des rencontres, laisse les protagonistes s'exprimer, sans intervenir, leur offrant une totale liberté. Comme nous, spectateurs, laissés libres de suivre ces parcours de vies chaotiques et engagés, sans porter de jugement ou sans être "guidés" idéologiquement. C'est beau, sensible. Un regard de cinéaste et artistique à hauteur de ces femmes et hommes qui combattent pour leur dignité et la justice. Un cinéma qui nous parle de nous et du monde. Nécessaire. A voir absolument.
Les "Bossales" désignaient les esclaves africains vainqueurs de la guerre d'indépendance d'Haïti en 1804, dont Jean-Jacques Dessalines a été un acteur majeur avant de devenir le premier empereur du pays et d’être assassiné en 1806. Devenu péjoratif, le terme est aujourd'hui revendiqué par les acteurices d’une révolte épuisante contre la corruption, la violence et la pauvreté qui mettent le pays à genoux. Si quelques séquences de manifestations donnent la mesure de la répression que doit affronter la population, c’est aux autres armes de résistance que s’attache François Perlier : des mots acérés comme des flèches, des chants qui relient, des rituels exutoires. « Les livres sont les tombeaux des dictateurs » dit un protagoniste, qui consacre ses maigres ressources à lire et lire encore les livres glanés sur les marchés. Charlotte, engagée auprès des réfugiés du tremblement de terre, place aussi sa révolte dans le champ intime : « J’ai choisi de ne pas avoir de mari pour ne pas être esclave. Je ne veux pas être une esclave dans une maison ; un esclavage modéré ; une esclave mariée dont tout le monde est content ». Michou, la casseuse de pierres qui répond à l’appel des esprits, interroge Jésus «Pourquoi est-ce moi l’humiliée ? » dans un chant fragile et poignant. Foukifoura, poète et commentateur acerbe de l’état de son pays en appelle à l’esprit de Dessalines pour raviver l’esprit d’une société juste. Chacun·e d’elles et eux mériterait un film entier mais la construction des séquences est d'une grande fluidité, comme le temps donné aux discours et aux respirations, aux rituels, à la musique et à la danse, à la politique présente à chaque seconde mais toujours incarnée. Dans ce portrait en mosaïque, François Perlier n’oublie jamais d'assumer son regard de cinéaste, telle cette séquence « Où est l’argent ?», interpellation des autorités rageusement chuchotée le temps d’un travelling à moto dans des rues de plus en plus défoncées. Auteur de courts métrages documentaires diffusés en festivals, François Perlier signe avec ce premier long diffusé en salles une grande et belle œuvre d’amour à un peuple debout.
J’ai vu ce film projeté à la Mairie de Paris il y a qqs jours. Envoûtée par les plans lents et rapprochés au plus près des émotions et du récit des personnages centraux. Captée par le son qui transmet tout du sens et du vécu quotidien Haïti s’est ouverte à moi dans tous ses drames. Incontournable pour comprendre un tout petit peu ce pays et leur tragédie . Juste magnifique. Fabienne ATTALI
j'ai découvert le film hier soir à sa premiere au cinéma espace saint michel en présence du réalisateur, avec plein d'asso haitienne qui ont pris le temps d'échanger avec nous sur leur pays. c'est un film qui m'a beaucoup touché, je trouve que l'on apprend vraiment plein de choses,
C’est un film magnifique, bien plus qu’un simple documentaire. D’habitude on observe les choses à distance, mais cette fois j’ai eu la sensation d’être parmi eux et de comprendre, de l’intérieur, ce que peut être la vie en Haïti.