Une coïncidence incroyable
Le projet est né d'un véritable alignement des planètes pour Alexandre Castagnetti. Passionné par l'œuvre de Gaston Leroux depuis l'adolescence et issu d'une famille liée au milieu lyrique (son père était chanteur d'opéra), le réalisateur a commencé de son propre chef à développer une relecture contemporaine du roman. À peine trois mois plus tard, sans être au courant de sa démarche, les producteurs de SND l'ont contacté pour lui proposer d'adapter Le Fantôme de l'Opéra ! "Dès le départ, nous étions sur la même longueur d'onde : je voulais transposer l'histoire à notre époque", confie le réalisateur. C'est la toute première fois que le roman de Gaston Leroux est adapté au cinéma au sein même du Palais Garnier.
Du chant à la danse contemporaine
Dans la première ébauche du scénario, le Fantôme était un pianiste qui errait seul dans l'Opéra la nuit, et l'héroïne une jeune femme de ménage étrangère qui rêvait de devenir chanteuse. Pour moderniser cette histoire d'amour impossible, le réalisateur a fait le choix de transposer l'univers du chant lyrique vers celui de la danse contemporaine : "Ce choix de la danse nous permettait aussi de créer un pont très fort entre les deux époques des deux amoureux : elle danse du contemporain sur la musique classique de son Fantôme. Leur histoire d'amour se mêle à leur travail d’artiste", explique Alexandre Castagnetti.
Cette modernité passe également par le choix de la chorégraphe : le réalisateur a fait appel à Marion Motin, connue pour ses collaborations avec des stars de la pop comme Stromae, Angèle, Madonna ou Christine and the Queens (Rahim Redcar). "Elle crée aujourd'hui des œuvres totalement actuelles pour de grands ballets. L'autre élément qui me paraissait très moderne, c'est l'Opéra lui-même. C'est une institution qui se renouvelle sans cesse. Je voulais montrer l'Opéra comme un lieu vivant, actuel et jeune", souligne le réalisateur.
Tourner de nuit dans un monument classé
Tourner au cœur du Palais Garnier a représenté un défi logistique et physique colossal. Le bâtiment étant classé monument historique et ouvert aux visiteurs durant la journée, l'équipe a dû tourner la nuit au mois d'août pendant les vacances des danseurs. Chaque matin avant la réouverture au public, les techniciens devaient impérativement tout démonter, ranger et remettre en état. Le réalisateur se souvient : "C'était un casse-tête. Tout y est protégé car c’est un monument classé historiquement. On n’a pas le droit de toucher une ampoule, les techniciens de l’Opéra étaient tout le temps à nos côtés !"
La scène du pendule
La scène du lustre, un élément phare du roman de Gaston Leroux, a été remplacée à l'écran par un pendule. "On a des décors et des lumières complètement dingues parce qu’on avait un budget de 20 millions d’euros", reconnaît le réalisateur. Imaginé par le chef décorateur Clovis Weil, cette sphère noire est un motif régulier dans tout le film. "On cherchait quelque chose de très actuel, des formes pures, avec des matériaux très bruts", ajoute Alexandre Castagnetti.
Un décor hollywoodien qui a même impressionné Robert Zemeckis
Une partie du ballet, notamment le lac souterrain, a été tournée en studio, car le véritable lac souterrain de l'Opéra Garnier est en réalité un réservoir dont le plafond est très bas. L'équipe a dû le recréer en studio à la Cité du Cinéma, soit un chantier monumental de 1 300 m² avec des murs de 15 mètres de haut. Alexandre Castagnetti raconte : "C’était un décor digne d’un film hollywoodien. Robert Zemeckis, une de mes idoles, est d’ailleurs venu sur le tournage et m’a dit : 'Ça, c’est un décor de cinéma !'"
Le premier rôle français de Deva Cassel
Marchant sur les pas de ses parents, Monica Bellucci et Vincent Cassel, Deva Cassel tient le premier rôle féminin du Fantôme de l'opéra. Après la mini-série Netflix Le Guépard et le film italien La Bella Estate, il s'agit de son premier rôle en français. "Nous cherchions quelqu'un qui possède déjà une certaine aura auprès de la jeune génération, tout en incarnant la fraîcheur, la naïveté et cette forme de beauté classique qu'exigeait le personnage. Deva réunissait toutes ces qualités", souligne le réalisateur.
L'actrice s'est préparée durant trois mois, à raison de 10 heures par jour, aux côtés de vrais danseurs professionnels et des chorégraphes Marion Motin, Julien Ramade et Guillaume Diop. Une doublure, Georgina Hills, était néanmoins présente pour prendre le relais sur certaines scènes, même si le réalisateur précise que "finalement la doublure n’est quasiment pas utilisée au montage".
Un fantôme plus séduisant
Si le Fantôme est à l'origine un être défiguré et monstrueux, cette relecture contemporaine a préféré miser sur une souffrance plus intériorisée et romantique. Le réalisateur revient sur ce parti pris : "Nous avons choisi d’avoir un couple très beau à l’écran donc il fallait d’autant plus que sa souffrance soit intérieure. Nous lui avons donc inventé un passé inédit, qui explique cette douleur autrement : il a une nouvelle histoire imprégnée de sentiments."
Son interprète, Julien de Saint-Jean, devait tout de même subir 1h30 de maquillage chaque matin : il fallait lui blanchir la peau, lui poser une prothèse de brûlure sur la main, des cicatrices et des brûlures sur le visage.
Le personnage de Romain Duris a été inventé pour les besoins du film
Absent du roman original de Gaston Leroux, le personnage du chorégraphe James Figueras a été créé spécialement pour le film et confié à Romain Duris. Le comédien, dont la mère était danseuse, et que l'on a pu voir danser dans L’Arnacoeur et En attendant Bojangles, revient sur son expérience : "Dans le film, je suis chorégraphe : c’est donc moi qui invente les mouvements. Il fallait qu’ils soient précis, que leur incarnation soit juste et qu’ils racontent quelque chose. J’ai donc demandé à reprendre des cours de danse classique avec une danseuse de la troupe de Marion [Motin], qui avait elle-même été formée à l’Opéra. J’ai pris des cours avec elle pour revenir aux bases : le travail à la barre, les positions, le port de tête, la gestuelle, le rapport au corps et la souplesse."
De véritables Étoiles au générique
Pour apporter une authenticité irréprochable aux séquences de ballet, le film a accueilli deux véritables danseurs étoiles de l'Opéra national de Paris : Dorothée Gilbert (nommée en 2007) et Guillaume Diop (nommé en 2023, premier danseur étoile noir de l'institution). Leur présence à l'écran a nécessité une adaptation constante du planning de tournage en raison de leurs emplois du temps très chargés au sein du Ballet officiel.
Un final de 15 minutes préparé pendant 5 mois
Le film s'achève sur un grand ballet spectaculaire de 15 minutes entièrement sans dialogue, inspiré du classique Les Chaussons rouges. Centrée sur le mythe d'Orphée et Eurydice, la séquence a demandé deux mois et demi de composition musicale à Dan Levy (ancien membre du groupe The Dø et récompensé d'un César pour J'ai perdu mon corps) et trois mois de travail chorégraphique avec Marion Motin. Après cinq mois de répétitions intensives avec toute la troupe, la séquence a été emballée en seulement quatre jours de tournage.
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