Dans Un jour avec mon père, Akinola Davies Junior s’appuie sur une matière profondément intime pour construire un récit à la fois simple dans sa structure et riche dans ses résonances. Le film suit une journée à Lagos, en 1993, alors que le Nigeria traverse une période de fortes tensions politiques. Ce contexte, jamais appuyé, agit pourtant comme une toile de fond constante, presque organique, qui influence chaque interaction sans jamais écraser l’intime.
Au centre du récit, la figure de Folarin (Sopé Dìrísù) impose une présence à la fois charismatique et fragile. Derrière son rôle de père, censé incarner l’autorité et la stabilité, se dessine un homme en décalage, incapable de combler pleinement le vide qui s’est installé. Cette ambiguïté nourrit tout le film. Les deux enfants, eux, avancent dans ce voyage avec une forme de lucidité silencieuse, comme s’ils percevaient déjà ce qui leur échappe.
La mise en scène adopte un rythme volontairement flottant, laissant place aux silences, aux regards, aux gestes suspendus. Il en résulte une sensation de rêverie constante, presque irréelle, renforcée par une photographie qui joue sur la chaleur, la lumière et une certaine écrasante matérialité des corps. Ce traitement visuel contribue à installer un climat instable, entre réalité tangible et impression diffuse d’absence.
Le film interroge alors la transmission, non pas comme un héritage structuré, mais comme une tentative incomplète, parfois maladroite. Les paroles du père, les conseils, les injonctions, prennent une dimension particulière dans ce contexte. Ils ne sont plus seulement éducatifs, ils deviennent essentiels, presque urgents.
En filigrane, c’est aussi le portrait d’un pays qui se dessine. Un Nigeria encore porté par une forme d’espoir, mais déjà traversé par des tensions profondes. Cette dualité entre espoir collectif et fragilité individuelle renforce la portée du récit.
Malgré certaines hésitations formelles, le film trouve sa force dans sa sincérité. Il ne cherche pas à surligner ses émotions, mais à les laisser émerger. Cette retenue donne à l’ensemble une dimension touchante, presque fragile, où chaque moment semble compter.