Woman And Child
Note moyenne
3,7
348 notes En savoir plus sur les notes spectateurs d'AlloCiné

65 critiques spectateurs

5
5 critiques
4
30 critiques
3
22 critiques
2
6 critiques
1
1 critique
0
1 critique
Trier par :
Les plus utiles Les plus récentes Membres avec le plus de critiques Membres avec le plus d'abonnés
Pierre Kuzor
Pierre Kuzor

177 abonnés 569 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 1 mars 2026
Ai vu « Woman and child » de Saeed Roustaee, un réalisateur iranien que j’adore et dont je suis le travail de près. Ce dernier film a été présenté au Festival de Cannes en Compétition Officielle. Pour sauver en priorité « les femmes et les enfants d’abord » c’est ce que l’on crie sur un paquebot qui échoue. Roustaee nous démontre par ce film imparable que « les femmes et les enfants d’abord» sont les victimes du patriarcat et de la République Islamique. Mahnaz (éblouissante Parinaz Izadyar) est veuve, mère de deux enfants et infirmière. Alors qu’elle prépare son mariage avec Hamid (Payman Maadi acteur fétiche du réalisateur) Alyar son fils ainé (incroyable Sinan Mohebi) est renvoyé de l’école. A partir de cet évènement, une mécanique infernale va se mettre en marche où Mahnaz va être partagée entre désir de justice, de vengeance et l’apprentissage de la résilience. Saeed Roustaee est un très grand metteur en scène dont les cadrages dénoncent bien plus encore que le scénario. Les femmes sont filmées à travers des grilles, les barreaux des balcons de leurs habitations, des tissus opaques, des vitres qui insonorisent leur voix… L’apprentissage de l’anglais se fait en écrivant sur des vitres, et les enfants jouent et courent dans la cour intérieure de leur immeuble, filmée en plongée comme s’ils étaient au fond d’un puit. Alyar est un adolescent de 13 ans plein de vie qui se sent aussi libre qu’un oiseau qui nous fait penser à un autre moineau, Antoine Doinel magnifiquement ressuscité dans ce film iranien. Mais cette sensation de liberté aura un prix que les hommes lui feront ravaler. Même si le film est plus démonstratif que « La loi de Téhéran » et « Leila et ses frères » (un vrai chef d’oeuvre) il n’en demeure pas moins d’une grande puissance et un très grand film. Roustaee détourne les règles du système iranien très contraignant pour faire un cinéma politique, dénonciateur et humaniste. Cette parabole du peuple iranien qui veut s’extraire du joug qu’il subit depuis des décennies est à voir absolument.
Pascal PARADIS
Pascal PARADIS

1 critique Suivre son activité

4,0
Publiée le 1 mars 2026
Woman and Child montre, à travers le combat d’une mère quarantenaire dans l’Iran contemporain, une part de l’histoire de sa famille élargie. C’est en cela que ce film est intéressant : on ne suit pas une seule, mais plusieurs intrigues, bien sûr ficelées autour du personnage principal.

On a l’impression de regarder une partie d’échecs en plusieurs dimensions. Chaque coup — chaque révélation, a ses conséquences, qui amène de nouvelles réflexions, doutes, décisions et actions de la part des différents protagonistes. Tout cela servi à travers des dialogues qui sonnent juste et des scènes qui font mouche, rendant la tension palpable.

Enfin, à travers la quête de la mère, le film pose la réflexion sur la limite du droit juridique face à la morale personnelle, voire la morale tout court.

Entre soif de vérité et désir de revanche, trouvera-t-elle l’apaisement ?
Pascal Paradis
Pascal Paradis

1 critique Suivre son activité

4,0
Publiée le 8 mars 2026
Woman and Child montre, à travers le combat d’une mère quarantenaire dans l’Iran contemporain, une part de l’histoire de sa famille élargie. C’est en cela que ce film est intéressant : on ne suit pas une seule, mais plusieurs intrigues, bien sûr ficelées autour du personnage principal.

On a l’impression de regarder une partie d’échecs en plusieurs dimensions. Chaque coup — chaque révélation, a ses conséquences, qui amène de nouvelles réflexions, doutes, décisions et actions de la part des différents protagonistes. Tout cela servi à travers des dialogues qui sonnent juste et des scènes qui font mouche, rendant la tension palpable.

Enfin, à travers la quête de la mère, le film pose la réflexion sur la limite du droit juridique face à la morale personnelle, voire la morale tout court.

Entre soif de vérité et désir de revanche, trouvera-t-elle l’apaisement ?
Noël C
Noël C

18 abonnés 103 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 2 mars 2026
L’art du cinéma iranien ! Ce quasi documentaire nous plonge sur le quotidien d’une famille (la grand-mère, ses deux filles d’une trentaine d’années et les deux enfants de 8 et 14 ans) sans tomber dans la caricature, … ni la censure !Ce film nous fait entrer, avec un regard discret, souvent à hauteur d’enfant, dans une école professionnelle, dans un hôpital, dans un palais de justice où se côtoient toujours “ceux d’en haut� et “ceux et celles d’en bas� (prisonniers en habit rayé, filles voilées entourées d’hommes, etc.)
Le rythme soutenu, le décor (un grand immeuble moderne et “normal� d’une grande ville qui pourrait être dans n’importe quel pays occidental) nous font oublier parfois qu’on est en Iran… mais nous comprenons vite qu’ici la liberté (économique, éducative, familiale, …) n’est pas acquise de naissance: elle doit se conquérir dans l’adversité et sans jamais user de la violence, avec des femmes qui construisent, instruisent, malgré la démission et parfois l’hostilité des hommes …
Bravo pour ce film fin et émouvant!
Natissy
Natissy

12 abonnés 218 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 27 février 2026
Brandt familial iranien, film fort et très émouvant à la fin. On suit une femme célibataire qui doit élever seule ses enfants, principalement centrés sur son fils, elle doit faire face aux traditions à la précarité, à la pression sociale. Un évènement bouleverse sa vie. Et tout bascule. Quelques longueurs. Et des incohérences. Mais la fin est très émouvante
B M
B M

1 abonné 19 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 27 février 2026
Ô merci bel espoir pour une fois pas déçu : c’est un film & du Cinéma.
Les ficelles sont toutes connues si on a déjà goûté aux films iraniens dont Roustaee plus particulièrement, et même plus fines que les précédents opus qu’on avait tant appréciés ; ici tissées pour le grand, le beau, pour durer. Oh oui.
Il creuse son sillon en nous élevant.

Histoire de familles, de deuil, de trahisons.
Pas de bang-bang ou de gros voyous.
Loin des appartements haussmanniens et des villas du sud si chères à mes impôts subventionnant la petite famille du cinéma français tentant de faire la poche des boomers, dans la grisaille de la débrouille naissent des rayons perçants.

Ceux qui se gargarisent de la libération de la femme là-bas tout en voulant chez nous préserver la sensibilité culturelle de ceux qui les mettent sous tutelles morales n’y verront qu’un nouveau manifeste féministe de plus, cochant la check-list des sujets à la mode.
Ou encore ceux qui rêvent d’habiller le Moyen-Orient de « nos valeurs universelles » chercheront en vain chez Roustaee des preuves d’oubli de soi dans la honte de soi comme il y a peu nos élites rêvaient de talibans inclusifs (!!!). La Perse a descendu la herse pour ce genre d’invasion mentale, mais nous parfume du mystère vibrant de ses contrastes à leur point de fusion artistique le plus sensible.
La flèche est précise, touche l’âme quand elle au cœur, habile enfilade, aura féminine s’échappant, en s’écharpant beaucoup pour autant, d’une prédation masculine, mais tout en fondant le socle d’une solidarité familiale enracinée dans une civilisation ingénieuse, d’une transmission d’un besoin d’éducation et de statut social par le mérite, thèmes que certains trouveraient bien patriarcaux, vous savez ceux qui promeuvent la diversité plus pour les autres que pour eux, enjoignent la jeunesse à se libérer du carcan familial et à profiter de l’instant présent, tandis que pour leurs précieuses progénitures on géométrise la carte scolaire pour influer sur les bons rails…

La direction d’acteurs est une leçon, évidemment à ce niveau-là.
La montée en émotions file à toute vitesse par petites touches jamais montées sur gros sabots, concluant indirectement presqu’autour du même thème que Marty Supreme auréolé de la réputation de chef d’œuvre par un business paramétré sur les pulsions adolescentes ; comparaison pédagogique entre un bon film tirant un peu en longueur et une merveille de cinéma calibrée pour nous infuser sa magie jusqu’à la moëlle.

On est qu’en fin février 2026, mais très probable facile top 5 de l’année, voire 10 de la décennie ?
C’est bébête de louper ça sur grand écran.
selenie

7 446 abonnés 6 656 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 27 février 2026
La première partie est donc focalisée sur la gestion de fils et de son futur mariage, puis une césure arrive avec un drame qu'on ne voit pas forcément venir et qui nous broie le coeur. Malheureusement c'est à partir de là que le scénario s'emballe au rythme de Mahnaz/Izadyar pour un récit qui part un peu dans tous les sens, qui veut trop raconter de choses trop vite et pas toujours de façon cohérente ou vraisemblable... SPOILERS voir site !... tout est d'ailleurs parasité par un conflit intra-familial et intra-conjugal au point qu'on a l'impression peu agréable que le réalisateur-scénariste a raccroché deux scénarios bien distincts. Enfin on s'agace d'une mère qui ne comprend jamais que son ado est un voyou, qui ferme les yeux plus ou moins forts, ou bien est-elle réellement aussi naïve (et pas que pour son fils) ?! Mais la situation des femmes en Iran est ainsi bien montrée, des actrices magnifiques qui offrent toute leur dignité à des femmes dont il ne reste que la résilience comme semblant de liberté. Le scénario est trop fouilli dans la seconde partie pour convaincre pleinement mais ça reste un film émouvant à conseiller.
Site : Selenie
Critiques d un passionné
Critiques d un passionné

138 abonnés 263 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 27 février 2026
Depuis son grandiose premier film La Loi de Téhéran, Saeed Roustaee est un réalisateur dont le travail me fascine. Il dissèque une nouvelle fois la société iranienne et offre un film profondément féministe, avec ces femmes en quête de liberté dans une société où le mari est considéré comme le socle de la famille.

Comme dernièrement avec le fabuleux Left-Handed Girl, les personnages centraux sont les femmes d’une même famille sur plusieurs générations. Il brosse ainsi le portrait de ces femmes prises dans un patriarcat qui les réduit à une place de mère ou d’épouse : des femmes confrontées aux contraintes sociales, à la pression familiale et aux limites juridiques imposées par le pays.

On pense énormément au cinéma de Asghar Farhadi et à son Une séparation, en cristallisant les problèmes sociaux au sein d’une famille et en reposant son intrigue sur une zone grise morale. Les personnages prennent des décisions parfois discutables mais compréhensibles, faisant que le spectateur bascule continuellement entre empathie et jugement à leur égard.

Il y a un côté naturaliste dans la mise en scène de Roustaee, doublé d’un véritable sens du cadre, où la caméra prend parfois de la hauteur pour offrir des plans saisissants. Il joue régulièrement avec les cadres dans le cadre ou les lumières pour enfermer les personnages. Il construit son film comme un thriller social et réussit à installer une tension dramatique intense avec un événement initial déclenchant une cascade de répercussions. Et même si l’on est bien face à un mélo qui vient chercher les larmes, dont le cumul des péripéties peut parfois épuiser, on ne tombe pas pour autant dans le sensationnalisme.

Si le film est aussi efficace, c’est avant tout grâce au jeu très réaliste des acteurs, jusque dans ces moments de silence et ces échanges de regards intenses. Mais je retiendrai surtout Parinaz Izadyar, qui porte le film avec une performance habitée et viscérale. Elle incarne la souffrance et la rage qui l’animent, avec un jeu explosif sans jamais être théâtral.

Woman and Child est un film saisissant qui résonne d’autant plus au regard des événements actuels. Et même si son trop-plein d’émotions peut agacer, Roustaee livre une œuvre à la fois profondément politique et humaine.

Découvrez mes autres critiques sur la page facebook "critiques d'un passionné"
islander29

1 028 abonnés 2 664 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 26 février 2026
Même s’il y a deux « époques », dans ce film, avant le drame, et après le drame, force est de s’appuyer sur le scénario très solide et écrit….La première époque est assez monotone, la deuxième beaucoup plus vivante, avec une mise en scène qui devient attrayante, aérée d’extérieurs, de plans urbains, et même de musique, ce qui n’arrivait pas dans la première partie du film. Mettons aussi en lumière le jeu d’acteurs ( actrices souvent) qui voisine un grand professionnalisme, même enfants…..le réalisateur Saeed Roustaee par ce film s’invite chez les grands réalisateurs iraniens du 21ème siècle ( Panahi, Farhadi, Kiarostami, etc) et montre un talent de réalisation et de précision, qui le rend presque incontournable…..Le genre de film qui fait réfléchir, et qui montre par sa psychologie, que nous nous ressemblons tous sur terre, que les français sont très proches humainement des iraniens, Bref du cinéma qui unit les gens et les caractères….Je conseille vraiment…..
mathieu leblanc
mathieu leblanc

1 abonné 58 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 26 février 2026
Étonnant Roustaee. Avec La loi de Téhéran, il lorgnait vers Friedkin. Leïla et ses frères, Dostoïevski. Et avec ce Woman and Child... vers Demain nous appartient.
Joce2012
Joce2012

262 abonnés 750 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 26 février 2026
Très beau film comme tous les films iraniens car on voit la profondeur de l'être humain dans ses réactions fassent à la vie courante, interprations à la hauteur des acteurs qui nous plongent dans leurs sentiments et leurs chemins de vie
Philippekouyate
Philippekouyate

6 abonnés 21 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 25 février 2026
J’ai vraiment beaucoup aimé emporter par cette histoire remarquablement, interprété par l’ensemble des acteurs et actrices sur un rythme très dynamique et puissant. Par ailleurs très surpris par la vie menée par les Iraniens à Téhéran. Je me suis même demandé si ce n’était pas un film propagande j’espère et je pense que non . À voir absolument !
ben desiles
ben desiles

56 abonnés 118 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 25 février 2026
Excellent film, certes à la limite du mélodramatique, mais voilà un cinéma qui plonge dans les tréfonds de l'âme humaine sans esbroufe formaliste. Il y est question d'amour trahi, de jalousie, de deuil, de vengeance, de haine jusqu'aux confins de la folie.
Evidemment, les critiques qui ne jurent que par certains sujets dans l'air du temps, qui exigent un message politique, tordent le nez, mais ce film en dit plus long sur les sentiments archaïques qui nous habitent que bien des oeuvres encensées par une certaine presse.
Yves G.

1 846 abonnés 4 021 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 25 février 2026
Veuve dans la quarantaine, Mahnaz élève avec sa mère et sa sœur cadette, son fils et sa fille. Elle entretient en secret une liaison avec Hamid, un séduisant ambulancier. Les deux amants souhaitent régulariser leur situation.

Le cinéma iranien est décidément d’une étonnante richesse. La Palme d’or attribuée l’an dernier au film de Jafar Pahani, "Un simple accident", en atteste. Mais l’arbre, pahanien, ne doit pas cacher la forêt, iranienne. Derrière lui se dresse une foule de réalisateurs remarquables. Le plus connu est sans doute Ashgar Fahradi : c’est son film exceptionnel, Une séparation, qui en 2011 a donné au cinéma iranien une notoriété qu’il n’avait jamais eue jusqu’alors aussi grande que fût la réputation des Kiarostami, Makhmalbaf ou Ghobadi. S’ensuivit une décennie prodigieuse marquée par une exceptionnelle vitalité avec des réalisateurs aussi remarquables que Mohammad Rassoulof ("Un homme intègre", "Le diable n’existe pas", "Les Graines du figuier sauvage"), Ali Abbassi ("Les Nuits de Mashhad"), Mani Haghighi ("Les Ombres persanes", "Pig") Ahmad Bahrami et son diptyque "The Wasteland/ "The Wastetown" ou précisément Saeed Roustaee ("La Loi de Téhéran", "Leila et ses frères"), le réalisateur de "Woman and Child".

La réussite de ce cinéma tient à la combinaison de deux facteurs.
Le premier est conjoncturel : ce cinéma nous confronte à une société patriarcale régie par un pouvoir théocratique qui étouffe les citoyens et au premier chef les femmes. Les cinéastes iraniens, souvent au péril de leur vie, s’emploient courageusement à la dénoncer. Jafar Pahani, qui joue au chat et à la souris avec le régime qui l’embastille régulièrement, est devenu leur porte-drapeau.
Le second est structurel : ces films brillent par l’inventivité et la richesse de leur scénario.

C’est le cas tout particulièrement de ce "Woman and Child", au titre pourtant bien pauvret. À la lecture de son résumé et au visionnage de sa bande-annonce, on pense que son histoire se résumera aux amours contrariées de Mahnaz et de Hamid et se conclura peut-être (ou peut-être pas) par leur mariage. Mais après une demi-heure, le film prend une direction que rien ne laissait imaginer.

En résulte ("Woman and Child" dure plus de deux heures) une suite quasi-ininterrompue de rebondissements qui nous tiennent en haleine au risque de nous donner le tournis. Son héroïne, admirablement interprétée par Parinaz Izadyar, qu’on avait déjà vue dans "La Loi de Téhéran" et dans "Pig", n’est pas d’une pièce : si on compatit à son chagrin, sa dérive nous glace. Un petit bémol sur la scène finale qui n’était certes pas prévisible mais qui n’était pas inéluctable comme les bonnes fins doivent l’être.
JB D
JB D

9 abonnés 35 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 25 février 2026
J’avoue avoir été surpris des nombreuses critiques dénonçant le mélodrame en découvrant « Woman and Child », un film proprement époustouflant, dérangeant, et oui : émouvant.

Quelque chose me perturbe dans l’idée reçue qu’un film politique ne puisse pas aller chercher, avec une efficacité certaine (deux gros mots!), une émotion conséquente, et en quoi activer des mécanismes d’empathie serait d’emblée une grossièreté.

Chez Roustaee, ce n’est pas la volonté de faire pleurer dans les chaumières qui l’a animé jusqu’ici dans sa jeune filmographie, on le sait : « Leila et ses frères » pouvait nous faire croire au mélodrame mais se drapait plutôt d’un romanesque tout littéraire, et néanmoins politique. Le problème de Roustaee est probablement d’arriver après la longue formule Farhadi (la roue de Farhadi, j’oserais dire), et d’être un jeune cinéaste très doué et vite adoubé, de par sa grammaire cinématographique, et de par son acuité politique et psychologique. Soit deux choses qui effraient comme un épouvantail d’arrogance ou une maîtrise suspecte, d’autant plus que cela s’inscrit dans un cinéma dont la volonté première n’est pas poétique.

Justement la psychologie, vieux démon du cinéma me dit-on, n’est pas toujours l’ennemi du bien. Roustaee n’est pas un cinéaste punitif et moralisateur, et encore moins le cinéaste du martyr féminin. A l’évidence « Woman and Child » confronte une idée sèche et alarmante de ce qu’une femme peut vivre dans la société iranienne d’aujourd’hui, mais il ne lui fait pas porter le masque unifié de la victime.

En fait, et c’est là où le film est puissant et politique, c’est que le portrait qui est fait de cette femme n’est pas simplement soumis aux embûches qui s’accumulent au premier regard. Mahnaz devient petit à petit une figure vengeresse dont la nécessité de justice équivaut à être une citoyenne dans ce monde. Pendant un temps, on peut croire que l’engrenage est (virtuosement) programmé par Roustaee : pauvres femmes succombant systématiquement aux sales types, et comment l’organisation d’une société corrompue et violemment patriarcale en porte la responsabilité. Oui, mais : plus le film avance et fait sentir sa longueur, plus il devient le flambeau d’un personnage devenu ange exterminateur. Il
n’y a qu’à voir comment l’actrice principale (Parinaz Izadyar) y joue génialement de son regard : plus le film se déroule, plus ses yeux deviennent noirs et haineux. Son visage se durcit, sa douceur se pétrifie, son feu intérieur déborde et explose.
La psychologie est là, justement à plein feu : elle ne débouche que sur une ambiguïté, ce qui est je crois le propre d’un regard nuancé et d’une véritable profondeur identitaire.
Le plan final, à la fois doux et cruel, ne dit rien d’autre.

Entre temps, le film aura mis en scène avec une force émotionnelle peu commune, le combat d’une intégrité et d’une dignité à retrouver. Et je crois qu’être remué dans ses tripes et dans ses larmes par un film qui regarde le monde bien en face, est probablement le gage d’un grand talent qui a enfin éclôt.

L’ange exterminateur, Mahnaz, est un personnage de cinéma inoubliable, aussi parce qu’il n’est pas qu’un personnage mais une conscience collective mise à l’épreuve de notre intelligence émotionnelle, et non d’un système pré-établi. Enfin, signe de sa jeune sagesse, Roustaee nous montre que le simple regard d’un enfant peut avoir la puissance du pardon et de la justice.

En cela « Woman and Child » est, me semble-t-il, un grand film.
Les meilleurs films de tous les temps
  • Meilleurs films
  • Meilleurs films selon la presse