[contient spoilers]
Dans ce film, nous suivons trois personnages en 2007 à Gaza. Yahya, joué par Nader Abd Alhay, est un homme travaillant dans un restaurant et mêlé malgré lui à un trafic de drogue dirigé par son patron, Osama, joué par Majd Eid. Toutefois, les deux sont amis et s’entendent bien, et Osama comprend lorsque Yahya lui annonce qu’il ne veut plus faire partie de ce business.
On s’attache à eux dans la première partie en suivant leur quotidien et leur amitié. Il y a notamment une scène de danse où Osama se lâche
avant d'être brusquement tué dans une bavure policière menée par le troisième personnage, Abu Sami, joué par Ramzi Makdessi. Yahya va en être profondément traumatisé,
et le film effectue alors une ellipse de plusieurs années : on le retrouve déprimé, jusqu’à ce qu’il soit repéré pour jouer le rôle principal du premier film d’action palestinien, ce qui va le relancer, alors que le récit devient une mise en abyme.
La mise en scène est d’ailleurs très inventive. Le contexte palestinien de la guerre est subtilement montré en toile de fond tout au long du film : à travers les journaux d’information, la presse, les bombardements entre deux discussions, ou encore le fait que Yahya ne puisse pas voir sa famille à cause de la situation. Mais ce n’est pas le cœur du film, qui préfère montrer des personnages humains avant tout, avec leurs galères et leurs moments de joie, comme n’importe quel être humain n'importe où dans le monde.
D'ailleurs, Yahya va être bouleversé lorsqu’il recroise Abu Sami, et l’histoire va alors se transformer en récit de vengeance,
où la tension devient palpable. On assiste par ailleurs à une scène magnifique, où Yahya joue mal, et le réalisateur, pour le motiver, le remet dans l’état d’esprit du personnage censé être un leader, Yahya puise alors dans ses souvenirs, ce qui transcende son jeu d’acteur et nous transcende aussi.
Alors que Yahya est dans la tourmente, un flashback apaisant montre sa première rencontre avec Osama, déjà bienveillant à son égard. Cette scène est très bien amenée et renforce l’affection qu’on avait pour lui.
Cependant, la fin est peut-être un peu trop brutale :
la vengeance par le meurtre d’Abu Sami n’a quasiment aucun impact et n’est plus évoquée, seulement mentionnée plus tard dans un journal. Yahya meurt très peu de temps après, sans avoir eu le temps de réfléchir à son acte ou d’éprouver des remords. Sa mort, inattendue lors d’un accident de tournage, est un véritable choc.
Enfin, le film se conclut par la première scène, celle de l’enterrement de Yahya,
qui s’avère prémonitoire, comme plusieurs moments du film, à l’image de la bande-annonce du premier film palestinien présentée au début.
Bref, ce film nous fait passer par toutes les émotions.