The Ugly
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "The Ugly" et de son tournage !

Naissance du projet

À l’origine de The Ugly, il y a le désir de fabriquer un film qui fasse allégorie d’un moment clé de l’histoire contemporaine de la Corée du Sud. Sang-Ho Yeon a souhaité s’attarder sur ces années 1970, profondément marquées par une idée centrale : la « croissance » devenue presque obsessionnelle dans son influence sur la société. Il raconte :

"C’est ainsi qu’est né le personnage du père, Im Yeong-gyu, qui, malgré sa cécité, est parvenu à se faire un nom dans le domaine des arts visuels. La manière dont il a surmonté son handicap l’élève au rang de figure symbolique de cette époque de fort développement économique. À l’inverse, j’ai imaginé la mère, Jung Young-hee, comme un agent révélateur."

"Elle est victime de la haine et des préjugés qui accompagnent cette période de prospérité, dissimulés sous un récit national qui n’a que le mot rendement à la bouche. L’histoire a pris forme avec le fils de ces deux personnages, Im Dong-hwan, qui tente de percer le mystère entourant le décès de sa mère – gardé sous silence pendant plus de quarante ans."

Défis artistiques et techniques

Le tournage de The Ugly a été marqué par une série de défis artistiques et techniques. Réalisé dans des conditions peu communes (deux semaines de préparation, treize jours de tournage et une équipe d’à peine vingt personnes), le film a nécessité une créativité constante.

"Lors de la préproduction, la priorité était de trouver des lieux authentiques des années 1970. L’équipe envisageait d’abord un tournage en décors naturels, mais s’est rapidement heurtée à la présence d’éléments contemporains impossibles à retirer ou modifier numériquement."

"Elle a donc changé de stratégie et choisi de construire intégralement plusieurs décors, malgré un budget limité : les anciennes rues de Cheonggyecheon, l’usine textile Cheongpung ou encore les maisons d’Im Yeong-gyu et de Jung Young-hee ont ainsi été recréées avec soin."

"Les équipes décors et accessoires ont bâti ces espaces immersifs en traquant chaque détail. Leur minutie a redonné vie au Séoul des années 1970", se souvient le metteur en scène Sang-Ho Yeon, en poursuivant :

"Le chef décorateur Lee Mok-won s’est même inspiré des photographies du premier logement de ses parents dans la capitale pour concevoir certains intérieurs, tandis que maquilleurs et costumiers ont travaillé des détails infimes (peau assombrie, lèvres desséchées, perruques et lentilles sur mesure)."

Photographie et musique

La photographie, signée Pyo Sang-woo, déploie une palette visuelle alternant cinq gammes rétro pour les scènes du passé et quatre teintes plus froides pour celles du présent. Côté musique, Chai Min-joo a cherché à envelopper le film d’une tension sensible et continue. Mêlant cordes, textures sonores et percussions électroniques, la partition accompagne la quête du protagoniste et amplifie la dimension spirituelle de l’œuvre.

Acteurs engagés

Sous la direction de Yeon Sang-ho, les acteurs ont engagé un travail de transformation physique et émotionnelle intense. Park Jeong-min a endossé pour la première fois un double rôle : celui d’un jeune artisan graveur dans les années 1970 et celui de son fils, plusieurs décennies plus tard. Pour interpréter un personnage atteint de cécité, il a porté des lentilles blanches opaques, un maquillage spécifique, et s’est initié à la gravure de sceaux auprès de véritables artisans – allant jusqu’à sculpter sur le plateau des œuvres personnalisées pour l’équipe.

Son partenaire à l’écran, Kwon Hae-hyo, reprend le même rôle à un âge avancé. Il a donc travaillé son regard et sa gestuelle pour rester en parfaite continuité avec l’interprétation de Park. De son côté, Shin Hyun-been a relevé un défi singulier : jouer un personnage dont le visage demeure invisible. Privée de l’un des outils essentiels du jeu, elle a tenté de transmettre des émotions uniquement par la voix, les mains, les épaules et le mouvement du corps. Une contrainte qui a guidé l’éclairage et le cadrage, renforçant le mystère sans jamais frustrer le spectateur.

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