Ai vu « Rue Malaga » de Maryam Touzani réalisatrice marocaine dont le précédent film était « Le bleu du caftan ». Il faut le dire tout de suite « Rue Malaga » n’est pas un grand film, trop de facilités de scénario et de longueurs. Mais quel plaisir de retrouver l’immense Carmen Maura qui vampirise la caméra et qui est de tous les plans de ce film lumineux dans tous les sens du terme. De ses 80 ans elle irradie l’écran avec son sourire, ses yeux si expressifs, ses rides magnifiques, ses « fleurs de cimetières » et son énergie inaltérable. Pour qui aime, comme moi, cette actrice espagnole si atypique il faut aller voir ce film à la gloire de la vieillesse et de ses charmes. Maria Angeles (Carmen Maura) vit seule à Tanger, où elle est née. Sa fille, Clara (Marta Etura) est infirmière et vit à Madrid. En plein divorce, elle a besoin de vendre l’appartement dans lequel vit sa mère pour subvenir à ses besoins. Maria Angeles est une femme de tête et de coeur et il lui est impossible de se séparer de l’appartement qui l’a vu naitre. Elle mettra tout en oeuvre pour rester indépendante. « Rue Malaga » est en trois parties bien distinctes, un drame familial, une comédie et une romance comme s’il s’agissait un peu de trois films différents. On sent que la réalisatrice est en admiration devant sa comédienne et a eu du mal à faire des choix, à couper, à resserrer l’action. La photographie de Virginie Surdej est somptueuse et met en valeur la ville de Tanger, l’appartement d’un autre temps et surtout les corps vieillis des comédiens. Le résultat est charmant, attachant, attendrissant avec de très beaux moments comiques quand
Maria Angeles raconte ses déboires à sa soeur qui est une none qui a fait voeux de silence
et d’autres de tendresse lors de très belles scènes d’amour, presque uniques au cinéma, d’un couple octogénaire. Il faut louer la prestation d’Ahmed Boulane. Maria Angeles n’est pas très loin des nombreux personnages que Carmen Maura a interprétée pour Pedro Almodovar, et c’est aussi ce qui fait tout le sel de ce film pour ceux qui connaissent bien sa filmographie, soit un mélange délicat de désespoir, de solitude, d’affranchissement, d’impertinence, de joie et de vitalité.