Goliath, Germaine et moi, un combat pour l’humanité
Des fois, un film fait mouche, il est comme un miracle, le fruit d’un alignement des
planètes : un sujet fort, des personnages authentiques et l’inspiration de l’auteur. Ce
documentaire traite pourtant de sujets graves : la lutte, le chaos et l’oppression, mais
c’est toujours des champs de bataille que naissent les plus belles fleurs…
C’est l’histoire d’une petite fille, Gwladys, qui redoute durant toute son enfance un
croquemitaine cruel : GOLIATH.
Gwladys découvre des années plus tard que ce démon existe vraiment. Le Goliath
piétine tout, il provoque les guerres, détruit la nature et soumet les hommes.
Véritable golem édifié par le capitalisme, on l’appelle parfois le système, l’ordre
mondial, le monde moderne…
La dernière manoeuvre de Goliath consiste en un projet de contournement routier à
Strasbourg, menaçant d'éradiquer les forêts, de bétonner les espaces et de déloger
les habitants. Gwladys s'engage dans la lutte contre ce projet. Elle rejoint une amie
militante de longue date, Germaine, une octogénaire remarquable, qui lui transmet la
fibre, celle du combat pour la vie.
Rapidement, il apparaît qu’elles se retrouvent confrontées au même ennemi : le « Goliath » de
Gwladys s’avère être l’outil surpuissant des « requins de la finance » dont parle tout le temps
Germaine. Leur lutte inégale contre ce monstre débute alors, à une époque où tout semble
chavirer. En effet, l'espoir suscité par le mouvement des Gilets Jaunes laisse place au
désespoir avec l'arrivée du Covid et ses règles liberticides... La lumière s’éteint, le monde
plonge dans le noir.
Formellement très soigné, « Goliath, Germaine et moi » fait partie de ces films rares
qui, par leur sincérité et leur humanité, vous rentrent dans la tête, vous secouent, et
changent votre perception de la vie. Par son approche immersive, il est plus proche d’une
fiction humaniste comme « les raisins de la colère » que d’une oeuvre militante et
didactique à la Michael Moore.
Ce qui est fou dans ce documentaire, c’est qu’on y retrouve de façon naturelle, tous
les éléments d’une grande fiction : des héros idéalistes, une sinistre entité à
affronter, et des événements quasi diaboliques qui se développent crescendo pour
augurer de la victoire définitive du mal sur le bien. Une espèce de film catastrophe
sauf… qu’il est réel, et qu’il a une formidable résonance puisqu’il nous conte un
drame historique que nous avons tous vécu.
Un autre attrait est l’approche spirituelle. Plutôt que de se perdre dans la caricature et la haine
de l’ennemi, le film se concentre sur le devoir des hommes à défendre les vraies valeurs,
quitte à se lancer dans des luttes qui semblent perdues d’avance. Ainsi, face à Goliath,
Germaine et Gwladys sont comme ces héros de légende, ces chevaliers qui revêtent leur
armure, montent sur leur destrier et partent défier le dragon. C’est un rude combat, mais il
donne du sens à l’existence. « Je me bats, donc je vis. »
Tourné avec 5 francs 6 sous, par une autrice en état de grâce, Goliath, Germaine et
moi est à la fois un documentaire, un biopic, et un moment de notre histoire, ce n’est pas un
énième programme de fin de soirée à consommer le soir sur Arte et à oublier le lendemain.
C’est un message bouleversant qui veut nous ouvrir les yeux, nous ramener vers le spirituel et
réveiller l’humanité qui sommeille au fond de nous.