Le long métrage de Remi Bezançon est une variation ludique autour du cinéma du maître du suspens, Alfred Hitchcock. Le film en emprunte les codes, multiplie les clins d’œil, va même jusqu’à adopter le thème musical de la série « Alfred Hitchcock présente », et cela donne au final une comédie policière rondement menée, plutôt drôle et maline. Pour qui connait un peu le cinéma du réalisateur de « La Corde », il est assez amusant de repérer tout au long du film les allusions :
telle scène est une référence à la scène de la douche dans « Psychose », cette autre à la fausse épouse de « Vertigo » ou telle autre est un faux caméo à l’entrée d’un restaurant.
Si on connait mieux que moi ce cinéma, j’imagine qu’on en repère qui ont pu m’échapper. Le film va même au-delà dans l’hommage, et par moment on est presque dans le film qui est dans le film, c’est très plaisant. Mené tambour battant, avec bien plus d’humour, pour le coup, que dans les films du maître, cette enquête policière est surtout un film sur le couple. C’est d’ailleurs ce que le personnage de Colette explique à ses élèves : dans le cinéma d’Alfred Hitchcock l’important c’est le couple, et bien dans le film de Remy Bezançon c’est pareil. Il y a un troisième film dans ce film, qui ressemble décidément beaucoup à une poupée russe. Allusion cette fois-ci plutôt au «Magnifique » avec Belmondo, on assiste aux aventures épiques du double de l’écrivain en pyjama, dans plusieurs scènes qui viennent parfois se heurter à la réalité. En résumé, dans sa forme le film est ludique, rythmé, drôle et décalé tout en tenant aussi ses promesses du point de vue du suspens (en utilisant encore une fois les ficelles d’Alfred). Gilles Lellouche et Laetitia Casta compose une couple charmant, qui s’aime encore mais qui fait chambre à part depuis longtemps, et qui retrouve de la complicité au travers de cette enquête, qui s’émoustille même grâce au danger inhérent à celle-ci. Lellouche est drôle dans un rôle d’écrivain blasé, entrainé malgré lui vers le danger, mais aussi très drôle en héros de roman en costume, sorte de mélange fort audacieux entre Vidocq et Agatha Christie. Laetitia Casta est délicieuse en jeune femme curieuse, presque intrépide, et leur couple fonctionne très bien, et très vite. Et puis il y a Guillaume Gallienne, épatant dans un rôle à la limite de l’auto parodie. En comédien de pièce conceptuelle et ennuyeuse (un Hamlet post-moderne de 3h45 !), il est inquiétant quand il doit être inquiétant et drôle aussi quand il débite ses répliques (probablement les vraies répliques d’Hamlet) en version accélérée au théâtre. Le scénario consiste en une intrigue policière qui fait furieusement penser à celle de « Fenêtre sur cours », forcément (sans la jambe dans le plâtre !),
mais il n’y a pas tellement de suspens sur le crime en question, on comprend vite qui, pourquoi et comment tout arrive.
C’est davantage les tribulations d’enquêteurs (très) amateurs de François et Colette qui font le sel du scénario. Pas sure que tout soit crédible mais ce n’est pas tellement l’intérêt, ici on s’amuse, on tremble, et on ne voit pas du temps le temps passer. L’important, c’est le couple Colette/François, sa libido en berne, sa complicité retrouvée au travers de l’enquête sur son voisin. Le parallèle entre la vie de François et Colette et celle de ses héros en costume est évident. Chez eux aussi la libido est en berne, au grand damne de l’éditrice qui trouve que la tension sexuelle entre les deux protagonistes, au bout de 13 tomes : ça suffit.
Alors François se pique d’écrire une scène érotique… et catastrophique. Dans les romans policiers, les scènes de sexe sont souvent très maladroites, trop ceci ou pas assez cela, et ici avec François au clavier, c’est (à mon avis) une peu trop hardcore pour son lectorat !
« Le Crime du 3ème Etage » est une comédie policière bien troussée, véritable hommage à la filmographie d’Hitchcock, qui se laisse voir sans déplaisir et qui va laisser, j’en suis sûre, une souvenir très agréable au spectateur.