Rémi Bezançon dirige un projet périlleux : une comédie policière qui référence très fortement les œuvres d'Alfred Hitchcock... à une époque où, il faut l'avouer, la majorité des spectateurs n'est probablement plus guère familière avec le travail du Master of Suspense. D'autant que le style retenu par le réalisateur ne conviendra pas à tous.
"Le Crime du 3ème étage", c'est l'histoire d'une femme, spécialiste professionnelle du cinéma hitchcockien, qui est persuadée que son voisin, acteur de théâtre, a tué son épouse. Elle va tenter d'enquêter, avec l'aide de son mari incrédule, auteur de polars à la Agatha Christie. La trame est donc calquée (de loin) sur "Rear Window", très explicitement évoqué ici.
Au-delà de ceci, Rémi Bezançon convoque très régulièrement des hommages, références ou clin d'oeil aux classiques du cinéma. Le travail d'Hitchcock évidemment (une micro reprise de la scène de la douche de "Psycho", un personnage nommé "Rebecca", un chignon à la "Vertigo", la musique de la série "Alfred Hitchcock presents"...). Mais aussi bien d'autres : "To be or not to be" cité (et utilisé !) par l'héroïne, une référence gratuite à "Clockwork Orange", un clin d'oeil furtif à "Amadeus", et j'en passe. Shakespeare sera également exploité à plusieurs reprises.
Et c'est là que le public divergera. Ceux qui ne captent pas les références comprendront l'intrigue et le sens du film, suffisamment expliqué, mais passeront à côté du plaisir de l'ensemble. A l'inverse, d'autres pourraient trouver ces multiples références trop appuyées, trop explicites, voire stériles.
Personnellement je me suis beaucoup amusé. A disséquer le film pour trouver les références, à voir comment Rémi Bezançon digère les influences du maître. A ce niveau, on n'est pas sur un pastiche à la Hazanavicius, mais plutôt sur un polar léger qui rend un joli hommage à Hitchcock, et donnera peut-être envie de (re)voir certains de ses films.
Laetitia Casta est très convaincante en professeur intrépide, qui tente de remuer son couple vacillant pour mener l'enquête. Gilles Lellouche est amusant en auteur blasé et ronchon. Personnage très probablement inspiré du François Merlin du "Magnifique". Puisque l'on y trouve aussi des visions de ses romans, et que son personnage s'appelle ici... François ! Guillaume Gallienne fait très bien le voisin inquiétant, dont on ignore pendant un moment s'il est un innocent agacé d'être enquiquiné à ce point, ou un meurtrier au cruel dessein.
A l'arrivée, "Le Crime du 3ème étage" est une comédie policière et surtout cinéphile, amusante et très plaisante.