Note moyenne
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Encore une performance énorme de Gilles Lellouche dans la peau d'un héros de la Résistance, Jean Moulin. Même si l'on connaît le parcours du personnage, on ne peut qu'être admiratif devant son courage. Le film retrace ses activités puis son arrestation, avec notamment ce face-à-face terrible devant Klaus Barbie (Lars Eidinger).Le bémol du récit réside surtout dans la longueur de ces "interrogatoires virils" dans les geôles lyonnaises. C'est assez dur à supporter mais nécessaire pour montrer l'héroïsme d'un défenseur de la France libre face à l'ennemi. "Moulin" n'évite pas certaines facilités mais n'en demeure pas moins un beau portrait d'un Homme
spoiler:
qui a lutté jusqu'à son dernier souffle contre la folie humaine
. Et rien que pour ça, le film mérite le coup d'oeil.
. Et rien que pour ça, le film mérite le coup d'oeil.
Vu aujourd'hui à Vichy! L'histoire dans l'Histoire... Dans ce clair-obscur où deux hommes s’affrontent!
C'est à la fois un film ultra classique dans sa narration et sa réalisation et un film planplan. Oui, Lazlo Nîmes vient nous accrocher avec certaines scènes de tension ou de torture réussies, on passe d'ailleurs un bon moment devant ce film ambitieux mais on en sort avec un sentiment d'inachevé. En 2h20, on n'apprend rien sur Moulin, ni sur l'organisation de la Résistance en France. Les interprétations sont souvent caricaturales, à commencer par celles des allemands. Lellouche quant à lui ne ressemble en rien à Jean Moulin, ni physiquement, ni dans sa posture,... On arrive pas à oublier l'acteur derrière le personnage et les gros plans sur lui la moitié du temps n'aident pas. Pour moi c'est une grosse erreur de casting, en plus de l'erreur scénaristique de se concentrer sur les derniers jours de Moulin. Car le film ne raconte pas grand chose.
Nettement plus maîtrisé au plan cinematographique, que le film récent de Gianolli ou de celui de Marre, le dernier opus de Nemes ( présenté en CO cannes 2026, il n' obtiendra aucune récompense) manque néanmoins beaucoup trop de contenu historique. C'est tout de même dommageable sur un tel sujet !
Mais, ce portrait psychologique de deux figures tranchées ( le Bien, l'honneur, le courage d'un côté et en face le visage pervers, sadique du Mal ) est aussi largement le plus réussi des trois opus au plan de la charge émotionnelle qu'il transmet. De mon point de vue, c'est une qualité majeure !
Vu aux 7 Parnassiens
Mais, ce portrait psychologique de deux figures tranchées ( le Bien, l'honneur, le courage d'un côté et en face le visage pervers, sadique du Mal ) est aussi largement le plus réussi des trois opus au plan de la charge émotionnelle qu'il transmet. De mon point de vue, c'est une qualité majeure !
Vu aux 7 Parnassiens
Bien la peine de faire un film sur un homme aussi majeur pour la France, pour au final si peu le raconter. On n’apprend absolument rien ! Ni sur son parcours ni sur les rouages de la résistance, ni sur les procédés allemands pour comprendre l’arrestation. Zéro intérêt historique ! Essentiellement des scènes de tortures, que le réal a judicieusement choisi de ne pas en dépeindre toute l’horreur, et le mutisme absolu du résistant. C’est très très long (beaucoup de scènes étirées et répétitives pour bien décrire le cauchemar), bref on s’ennuie ferme malgré le sujet. Enfin les tirades de l’acteur qui joue Barbie, qu’on ne comprend pas, tant l’accent allemand est prononcé et tant il mange les mots. Prestation honorable de Gilles lelouch mais pour le reste, c’est un flop totalement inintéressant.
Il y a des films importants qui nous rappelle en quoi notre engagement peut changer le cours des choses. C’est le cas de Moulin. La confrontation entre Moulin et Barbie est admirablement interprétée par les 2 comédiens et la mise en scène de Laslo toujours aussi chirurgicale.
À Cannes cette année, il a beaucoup été question de se taire. La profession découvrait le "prix de la parole", le patron de Canal+ promettant de ne plus travailler avec les signataires d'une pétition contre la mainmise annoncée de Vincent Bolloré sur les salles UGC. En conférence de presse, un journaliste demandait à Gilles Lellouche s'il fallait combattre le Rassemblement national pour honorer Jean Moulin. L'acteur jugea la question orientée, déclara n'avoir pas de réponse, et Marine Le Pen lui donna raison. László Nemes, lui, n'était "vraiment pas là pour commenter la politique française" et réservait ses commentaires à la hongroise. En 1943, le silence protégeait des réseaux et coûtait la vie. En 2026, il préserve des financements et vaut des félicitations.
Moulin, quatrième long métrage de Nemes, premier en français et premier qu'il n'ait pas écrit, est une commande d'Alain Goldman sur un scénario d'Olivier Demangel. Mátyás Erdély, son chef opérateur de toujours, en signe l'image. Parachuté pour unifier la Résistance derrière De Gaulle, Max, alias Jacques Martel (Gilles Lellouche), décorateur, circule dans Lyon jusqu'à son arrestation à Caluire, avant Montluc et les interrogatoires de Barbie (Lars Eidinger). Pas de musique pour porter l'héroïsme, pas de tirade pour l'exalter, le programme est celui d'une démythification, un héros de cinéma qui se découvre homme ordinaire, qui doute, redoute de parler et sait qu'il pourrait céder, dans un film qui se garde de glorifier la Résistance.
Le film commence par peindre, puisqu'aux images d'archives colorisées de la France occupée qui précèdent le titre succède un ciel de nuit américaine si dense qu'on croit y voir une autre touche du pinceau, d'où descend un parachute. Le pinceau sort en vérité du génie d'Erdély, qui a monté sa caméra 35 mm sur un rig 3D avec une Alexa réglée en infrarouge, puis fondu les deux images en postproduction, selon un procédé emprunté à Nope. Ce ciel, joint au grondement de la bande-son, fait de l'atterrissage de Moulin une introduction visuellement magnifique. En raccordant les archives colorisées à ce ciel, Nemes s'engage à évoquer l'Occupation par touches plutôt qu'à la reconstituer. Le cinéaste juge lui-même totalitaire l'ambition de tout reconstituer, et l'argument porte. Face à l'occupant, qui prétend régner sur le visible, l'image commence par renoncer à tout montrer.
La première heure étend ce renoncement au visage même de la vedette, au prix d'un paradoxe de format. Erdély a choisi le Scope anamorphique pour sa grandeur, à la mesure d'un personnage presque légendaire. Il raconte que Lellouche, chapeau sur la tête, en emplissait toute la largeur dès les essais costumes, le format promettant aussi de laisser respirer la cellule de la seconde partie. Le décor s'emploie aussitôt à dérober ce que le cadre avait été conçu pour exhiber. À l'arrivée en gare, l'ombre de Moulin se dédouble dans la vapeur d'une locomotive, puis une vitre teintée, un rideau, un guichet s'interposent tour à tour entre son visage et l'objectif. Les surcadrages et les obstacles se multiplient. Une lumière sèche et des contre-jours appuyés détachent, sous les feutres et les voilettes, des silhouettes composées avec un soin de graveur, et chaque travelling, d'une précision hitchcockienne, découvre une issue condamnée ou un regard qui épie. Réduit à scruter un demi-visage de star, le spectateur apprend de l'intérieur le soupçon dont vit l'Occupation, signe qu'avant d'être une éthique, la résistance est ici une stratégie d'image. Lellouche joue par soustraction, tout en maîtrise et en réserve. Il abandonne peu à peu l'assurance du héros de film pour un abattement résigné, qui s'approfondit à mesure que l'étau se resserre. Le gros problème, c'est que cette sobriété se remarque, et c'est la raison pour laquelle la prestation de Lellouche me déplaît, quand la retenue devient un numéro qui tient à être vu.
Encore faut-il dire au public ce que ce silence contiendra. Le premier acte, ajouté de l'aveu du scénariste pour épargner aux plus jeunes l'aridité d'un homme qui se tait, livre sa fonction dans la scène où une jeune résistante énumère par une réplique-relais, les réseaux et les maquis que connaît Moulin. Le républicain de gauche chargé de souder des mouvements rivaux au nom d'une République à refonder, se réduit à un coffre. La partie lyonnaise prend l'allure d'un briefing qui nous apprend où dorment les secrets, jamais à quoi ils servent. Les sous-entendus y sont gauches et les pistes esquissées restent en friche. La fumée, les flous et les contre-jours finissent par parer de prestige un propos qui manque de chair. Le contexte, avoue-t-il, n'intéresse pas Nemes. Un film sur la lutte contre le fascisme glisse ainsi vers la chronique des souffrances d'un homme dont on ne sait plus très bien pour quoi il se bat, hormis ce qu'on savait déjà initialement.
Jusque-là, Moulin tient davantage de la commande que du projet d'auteur, et c'est l'arrestation qui en affranchit Nemes. Dans la salle d'attente du médecin, le découpage épouse la vigilance de Moulin, attentif aux pas à l'étage et à la berline noire qui se gare, avant qu'il ne choisisse de ne rien tenter. Quand Moulin passe ensuite dans le bureau de Barbie, deux plans subjectifs très brefs le montrent lever les yeux vers un petit balcon qui domine la pièce, puis inventorier la table et les objets de l'officier. Pour éprouver la couverture, Barbie lui demande comment il réaménagerait la salle d'interrogatoire. Moulin se lève pour crayonner le plan de la pièce, Barbie tourne autour de lui puis le renvoie sur sa chaise. Les inserts changent la profession d'emprunt en regard. Avant d'être questionné, Moulin a lu la pièce en homme du métier, et l'interrogatoire se joue comme une querelle d'agencement où celui qui dispose de l'espace dispose de l'autre.
La danse pousse cette logique jusqu'au point où elle gagne quelque chose. Barbie contraint Moulin à danser sur la Barcarolle des Contes d'Hoffmann avec la comtesse qui lui sert d'alibi, personnage inventé que Louise Bourgoin ne parvient pas à sauver de dialogues trop lourds. En un seul plan, il lance les corps dans un tournoiement qui rappelle la promenade circulaire des détenus, sous l'œil de deux de ses hommes. Tout tient au refus de couper. Un raccord aurait attribué le renversement au montage, donc à l'autorité du cinéaste, alors que la continuité oblige Moulin à gagner depuis l'intérieur du plan de Barbie. Le goût du bourreau trahit au passage son décorum, puisque faire valser ses prisonniers sur Offenbach, compositeur d'origine juive que le Reich proscrivait, c'est jouir de ce qu'on interdit aux autres. Nemes et Erdély disent avoir conçu Barbie comme un cinéaste de série B qui règle et pense chacune de ses cruautés. Cela donne raison à l'idée d'une résistance qui oppose une mise en scène à une autre.
Le démasquage advient dans la dernière scène de jour, quand Barbie surgit en hauteur au bord d'une corniche, en pleine lumière. Nemes dit avoir cherché cette verticalité, l'officier voulant dominer l'espace de Moulin un peu plus à chaque scène. Le film bascule alors dans la nuit, et sa grammaire lumineuse, à l'œuvre depuis le début, livre son sens. Dans une nuit d'encre, ce sont les phares bleutés des berlines qui balisent, au milieu d'une clairière, le chemin de Max vers l'appareil nazi. C'est la surexposition qui frappe son visage aux interrogatoires, c'est en plein jour qu'on le reconnaît. Éclairer, c'est saisir. Le noir est l'habitat du clandestin, et l'introduction l'annonçait déjà. Le grain et la lumière du 35mm d'Erdély, ces éclairages de film noir et ces ombres d'une profondeur que le numérique ne sait pas creuser, font de Moulin un objet matériel. Nemes rappelle que le noir numérique reste aussi de la lumière, donc de l'information. Ce noir argentique est le seul espace que la Gestapo ne peut pas éclairer, et le film y trouve, par la matière, la cause qu'il refusait au récit, le droit à l'opacité.
C'est pourtant ce noir que le film abandonne à son bourreau. La joute entre les deux hommes s'épuise vite, les interrogatoires finissent par tourner parfois en rond, et la souffrance prend le relais de l'intelligence. Le film s'autorise beaucoup de libertés, et la plupart passent, puisqu'il s'installe dans la période la moins documentée de la vie de Moulin. Le codétenu Martin est inventé, Moulin ayant été seul dans sa cellule, et l'on regrette surtout que Félix Lefebvre doive porter des répliques aussi pesantes. Le monologue de Barbie dans le noir, se posant en dieu du front de l'Est et se vantant d'avoir brûlé des nourrissons juifs (crime qui n'est pas le sien) passe moins bien. La parole montre crûment ce que le cadre s'interdit, et contourne la retenue de Nemes. Cette scène a juste le mérite d'expliciter la thèse du cinéaste, pour qui le dignitaire nazi se vivait en dieu sur terre, quand il le décrivait ailleurs en homme socialement frustré. Eidinger, meilleur acteur du film, fait de ce noir sa scène par son calme glaçant, son intelligence froide, et sa démence qui se fait onctueuse. On n'avait pas vu de nazi aussi marquant depuis le Mengele de Serebrennikov. Même qui détesterait tout le reste lui concéderait ce duel. Mais un bourreau divinisé appelle un martyr, et le face-à-face se fige en archétypes du Bien et du Mal qui sonnent sans autre point de vue que celui du héros contre le monstre.
Dans le dernier tiers, Barbie met une vie en balance avec un nom. Faute de réponse, des camarades de Moulin seront mis à mort, et l'on écarte de force les traits du prisonnier pour lui tenir les paupières ouvertes — seul plan (si je veux être méchant) où Lellouche joue bien. Le plan, frontal, reste rivé à son visage. La bande-son prend tout en charge, la meute lâchée, des fracas sourds, des cris et ce fond sonore pousse le film vers l'horreur pure. Nemes revendique Kubrick, et le souvenir d'Orange mécanique éclaire le geste, puisque chez Kubrick le contrechamp des yeux maintenus ouverts était un écran de cinéma. Ici, le visage regarde vers l'objectif, et ce qu'on l'oblige à voir se tient de notre côté, dans la salle. Le dispositif du Fils de Saul éclaire similairement. La nuque qui avançait vers une horreur floue est devenue un visage tourné vers le public, et l'horreur loge dans le contrechamp que le réel occupe.
Le film, lui, ne soutient pas ce regard jusqu'au bout. Dans un couloir de la prison, un halo doré semble émaner de Moulin à mesure qu'il avance, et l'éclairage ramène l'iconographie du martyr. Barbie a beau railler « Saint Jean-Moulin » sitôt le nom connu, la lumière d'Erdély exécute ce que le bourreau moquait. Sanctifié, le silence de Moulin redevient une vertu. Ses idées politiques s'effacent derrière le supplicié, et l'on retiendra de lui le détail de son agonie plutôt que ce pour quoi il est mort, ce qu'il aurait sans doute été le dernier à souhaiter.
Moulin, quatrième long métrage de Nemes, premier en français et premier qu'il n'ait pas écrit, est une commande d'Alain Goldman sur un scénario d'Olivier Demangel. Mátyás Erdély, son chef opérateur de toujours, en signe l'image. Parachuté pour unifier la Résistance derrière De Gaulle, Max, alias Jacques Martel (Gilles Lellouche), décorateur, circule dans Lyon jusqu'à son arrestation à Caluire, avant Montluc et les interrogatoires de Barbie (Lars Eidinger). Pas de musique pour porter l'héroïsme, pas de tirade pour l'exalter, le programme est celui d'une démythification, un héros de cinéma qui se découvre homme ordinaire, qui doute, redoute de parler et sait qu'il pourrait céder, dans un film qui se garde de glorifier la Résistance.
Le film commence par peindre, puisqu'aux images d'archives colorisées de la France occupée qui précèdent le titre succède un ciel de nuit américaine si dense qu'on croit y voir une autre touche du pinceau, d'où descend un parachute. Le pinceau sort en vérité du génie d'Erdély, qui a monté sa caméra 35 mm sur un rig 3D avec une Alexa réglée en infrarouge, puis fondu les deux images en postproduction, selon un procédé emprunté à Nope. Ce ciel, joint au grondement de la bande-son, fait de l'atterrissage de Moulin une introduction visuellement magnifique. En raccordant les archives colorisées à ce ciel, Nemes s'engage à évoquer l'Occupation par touches plutôt qu'à la reconstituer. Le cinéaste juge lui-même totalitaire l'ambition de tout reconstituer, et l'argument porte. Face à l'occupant, qui prétend régner sur le visible, l'image commence par renoncer à tout montrer.
La première heure étend ce renoncement au visage même de la vedette, au prix d'un paradoxe de format. Erdély a choisi le Scope anamorphique pour sa grandeur, à la mesure d'un personnage presque légendaire. Il raconte que Lellouche, chapeau sur la tête, en emplissait toute la largeur dès les essais costumes, le format promettant aussi de laisser respirer la cellule de la seconde partie. Le décor s'emploie aussitôt à dérober ce que le cadre avait été conçu pour exhiber. À l'arrivée en gare, l'ombre de Moulin se dédouble dans la vapeur d'une locomotive, puis une vitre teintée, un rideau, un guichet s'interposent tour à tour entre son visage et l'objectif. Les surcadrages et les obstacles se multiplient. Une lumière sèche et des contre-jours appuyés détachent, sous les feutres et les voilettes, des silhouettes composées avec un soin de graveur, et chaque travelling, d'une précision hitchcockienne, découvre une issue condamnée ou un regard qui épie. Réduit à scruter un demi-visage de star, le spectateur apprend de l'intérieur le soupçon dont vit l'Occupation, signe qu'avant d'être une éthique, la résistance est ici une stratégie d'image. Lellouche joue par soustraction, tout en maîtrise et en réserve. Il abandonne peu à peu l'assurance du héros de film pour un abattement résigné, qui s'approfondit à mesure que l'étau se resserre. Le gros problème, c'est que cette sobriété se remarque, et c'est la raison pour laquelle la prestation de Lellouche me déplaît, quand la retenue devient un numéro qui tient à être vu.
Encore faut-il dire au public ce que ce silence contiendra. Le premier acte, ajouté de l'aveu du scénariste pour épargner aux plus jeunes l'aridité d'un homme qui se tait, livre sa fonction dans la scène où une jeune résistante énumère par une réplique-relais, les réseaux et les maquis que connaît Moulin. Le républicain de gauche chargé de souder des mouvements rivaux au nom d'une République à refonder, se réduit à un coffre. La partie lyonnaise prend l'allure d'un briefing qui nous apprend où dorment les secrets, jamais à quoi ils servent. Les sous-entendus y sont gauches et les pistes esquissées restent en friche. La fumée, les flous et les contre-jours finissent par parer de prestige un propos qui manque de chair. Le contexte, avoue-t-il, n'intéresse pas Nemes. Un film sur la lutte contre le fascisme glisse ainsi vers la chronique des souffrances d'un homme dont on ne sait plus très bien pour quoi il se bat, hormis ce qu'on savait déjà initialement.
Jusque-là, Moulin tient davantage de la commande que du projet d'auteur, et c'est l'arrestation qui en affranchit Nemes. Dans la salle d'attente du médecin, le découpage épouse la vigilance de Moulin, attentif aux pas à l'étage et à la berline noire qui se gare, avant qu'il ne choisisse de ne rien tenter. Quand Moulin passe ensuite dans le bureau de Barbie, deux plans subjectifs très brefs le montrent lever les yeux vers un petit balcon qui domine la pièce, puis inventorier la table et les objets de l'officier. Pour éprouver la couverture, Barbie lui demande comment il réaménagerait la salle d'interrogatoire. Moulin se lève pour crayonner le plan de la pièce, Barbie tourne autour de lui puis le renvoie sur sa chaise. Les inserts changent la profession d'emprunt en regard. Avant d'être questionné, Moulin a lu la pièce en homme du métier, et l'interrogatoire se joue comme une querelle d'agencement où celui qui dispose de l'espace dispose de l'autre.
La danse pousse cette logique jusqu'au point où elle gagne quelque chose. Barbie contraint Moulin à danser sur la Barcarolle des Contes d'Hoffmann avec la comtesse qui lui sert d'alibi, personnage inventé que Louise Bourgoin ne parvient pas à sauver de dialogues trop lourds. En un seul plan, il lance les corps dans un tournoiement qui rappelle la promenade circulaire des détenus, sous l'œil de deux de ses hommes. Tout tient au refus de couper. Un raccord aurait attribué le renversement au montage, donc à l'autorité du cinéaste, alors que la continuité oblige Moulin à gagner depuis l'intérieur du plan de Barbie. Le goût du bourreau trahit au passage son décorum, puisque faire valser ses prisonniers sur Offenbach, compositeur d'origine juive que le Reich proscrivait, c'est jouir de ce qu'on interdit aux autres. Nemes et Erdély disent avoir conçu Barbie comme un cinéaste de série B qui règle et pense chacune de ses cruautés. Cela donne raison à l'idée d'une résistance qui oppose une mise en scène à une autre.
Le démasquage advient dans la dernière scène de jour, quand Barbie surgit en hauteur au bord d'une corniche, en pleine lumière. Nemes dit avoir cherché cette verticalité, l'officier voulant dominer l'espace de Moulin un peu plus à chaque scène. Le film bascule alors dans la nuit, et sa grammaire lumineuse, à l'œuvre depuis le début, livre son sens. Dans une nuit d'encre, ce sont les phares bleutés des berlines qui balisent, au milieu d'une clairière, le chemin de Max vers l'appareil nazi. C'est la surexposition qui frappe son visage aux interrogatoires, c'est en plein jour qu'on le reconnaît. Éclairer, c'est saisir. Le noir est l'habitat du clandestin, et l'introduction l'annonçait déjà. Le grain et la lumière du 35mm d'Erdély, ces éclairages de film noir et ces ombres d'une profondeur que le numérique ne sait pas creuser, font de Moulin un objet matériel. Nemes rappelle que le noir numérique reste aussi de la lumière, donc de l'information. Ce noir argentique est le seul espace que la Gestapo ne peut pas éclairer, et le film y trouve, par la matière, la cause qu'il refusait au récit, le droit à l'opacité.
C'est pourtant ce noir que le film abandonne à son bourreau. La joute entre les deux hommes s'épuise vite, les interrogatoires finissent par tourner parfois en rond, et la souffrance prend le relais de l'intelligence. Le film s'autorise beaucoup de libertés, et la plupart passent, puisqu'il s'installe dans la période la moins documentée de la vie de Moulin. Le codétenu Martin est inventé, Moulin ayant été seul dans sa cellule, et l'on regrette surtout que Félix Lefebvre doive porter des répliques aussi pesantes. Le monologue de Barbie dans le noir, se posant en dieu du front de l'Est et se vantant d'avoir brûlé des nourrissons juifs (crime qui n'est pas le sien) passe moins bien. La parole montre crûment ce que le cadre s'interdit, et contourne la retenue de Nemes. Cette scène a juste le mérite d'expliciter la thèse du cinéaste, pour qui le dignitaire nazi se vivait en dieu sur terre, quand il le décrivait ailleurs en homme socialement frustré. Eidinger, meilleur acteur du film, fait de ce noir sa scène par son calme glaçant, son intelligence froide, et sa démence qui se fait onctueuse. On n'avait pas vu de nazi aussi marquant depuis le Mengele de Serebrennikov. Même qui détesterait tout le reste lui concéderait ce duel. Mais un bourreau divinisé appelle un martyr, et le face-à-face se fige en archétypes du Bien et du Mal qui sonnent sans autre point de vue que celui du héros contre le monstre.
Dans le dernier tiers, Barbie met une vie en balance avec un nom. Faute de réponse, des camarades de Moulin seront mis à mort, et l'on écarte de force les traits du prisonnier pour lui tenir les paupières ouvertes — seul plan (si je veux être méchant) où Lellouche joue bien. Le plan, frontal, reste rivé à son visage. La bande-son prend tout en charge, la meute lâchée, des fracas sourds, des cris et ce fond sonore pousse le film vers l'horreur pure. Nemes revendique Kubrick, et le souvenir d'Orange mécanique éclaire le geste, puisque chez Kubrick le contrechamp des yeux maintenus ouverts était un écran de cinéma. Ici, le visage regarde vers l'objectif, et ce qu'on l'oblige à voir se tient de notre côté, dans la salle. Le dispositif du Fils de Saul éclaire similairement. La nuque qui avançait vers une horreur floue est devenue un visage tourné vers le public, et l'horreur loge dans le contrechamp que le réel occupe.
Le film, lui, ne soutient pas ce regard jusqu'au bout. Dans un couloir de la prison, un halo doré semble émaner de Moulin à mesure qu'il avance, et l'éclairage ramène l'iconographie du martyr. Barbie a beau railler « Saint Jean-Moulin » sitôt le nom connu, la lumière d'Erdély exécute ce que le bourreau moquait. Sanctifié, le silence de Moulin redevient une vertu. Ses idées politiques s'effacent derrière le supplicié, et l'on retiendra de lui le détail de son agonie plutôt que ce pour quoi il est mort, ce qu'il aurait sans doute été le dernier à souhaiter.
La première partie du film, historiquement documentée, celle où l’on suit Jean Moulin, parachuté depuis Londres, à l’œuvre dans sa mission consistant à mettre sur pied le Conseil National de la Résistance, est beaucoup plus satisfaisante que la seconde partie, celle qui suit l’arrestation à Caluire. Historiquement, on ne sait rien de ce qui s’est réellement passé entre Klaus Barbie et Jean Moulin après que ce dernier ait été fait prisonnier. On est donc là dans de la pure fiction, avec un réalisateur cherchant à nous replonger dans l’atmosphère terrifiante de Le fils de Saül. Il faut reconnaitre au réalisateur son talent pour suggérer l’horreur plutôt que de l’étaler avec complaisance sur l’écran. Par contre, on regrette que la fin du film soit si confuse, si maladroite, au point que de très nombreux spectateurs, peu au fait de l’histoire de la Résistance, vont sortir de la projection du film en pensant que Jean Moulin n’est pas mort suite à son emprisonnement dans les locaux de la Gestapo lyonnaise. Critique complète sur le site avec le tiret du 6 entre critique et film.
rien à voit avec la réalité, en dehors de l’arrestation et de la mort, le reste est totalement inventé, à réserver aux amateurs d’hémoglobine et de torture
Moulin s’impose comme l’un des grands rendez-vous du cinéma historique français en s’intéressant aux derniers jours de Jean Moulin, figure majeure de la Résistance. Plutôt que de retracer l’ensemble de son parcours, le réalisateur concentre son récit sur la période qui suit son arrestation en juin 1943, lorsque l’homme chargé d’unifier les mouvements résistants est confronté à Klaus Barbie, chef de la Gestapo de Lyon. Un choix narratif qui permet au film de déployer toute sa tension autour d’un affrontement psychologique particulièrement intense.
László Nemes signe une réalisation sobre et immersive, refusant tout héroïsme facile pour montrer un homme confronté à la violence, à l’isolement et à la torture. Cette approche, au plus près des personnages, renforce la dimension humaine du récit tout en rappelant les enjeux historiques considérables qui reposaient alors sur les épaules de Jean Moulin. Chaque échange, chaque silence et chaque épreuve prennent une dimension décisive dans cette lutte où la survie de réseaux entiers de la Résistance est en jeu.
Au cœur du film, Gilles Lellouche livre l'une des prestations les plus marquantes de sa carrière. Tout en retenue, il incarne avec justesse la détermination et la fragilité de Jean Moulin. Face à lui, Lars Eidinger compose un Klaus Barbie froid et inquiétant, transformant leurs confrontations en véritables duels de volonté. Louise Bourgoin complète efficacement une distribution de haut niveau.
Porté par une mise en scène rigoureuse, une photographie sombre et une reconstitution soignée, Moulin dépasse le simple cadre du biopic pour devenir une réflexion sur le courage, le sacrifice et la résistance face à la barbarie. Un film exigeant et poignant qui rend hommage à une figure essentielle de l'histoire française et rappelle, avec force, le prix payé par celles et ceux qui ont combattu pour la liberté.
László Nemes signe une réalisation sobre et immersive, refusant tout héroïsme facile pour montrer un homme confronté à la violence, à l’isolement et à la torture. Cette approche, au plus près des personnages, renforce la dimension humaine du récit tout en rappelant les enjeux historiques considérables qui reposaient alors sur les épaules de Jean Moulin. Chaque échange, chaque silence et chaque épreuve prennent une dimension décisive dans cette lutte où la survie de réseaux entiers de la Résistance est en jeu.
Au cœur du film, Gilles Lellouche livre l'une des prestations les plus marquantes de sa carrière. Tout en retenue, il incarne avec justesse la détermination et la fragilité de Jean Moulin. Face à lui, Lars Eidinger compose un Klaus Barbie froid et inquiétant, transformant leurs confrontations en véritables duels de volonté. Louise Bourgoin complète efficacement une distribution de haut niveau.
Porté par une mise en scène rigoureuse, une photographie sombre et une reconstitution soignée, Moulin dépasse le simple cadre du biopic pour devenir une réflexion sur le courage, le sacrifice et la résistance face à la barbarie. Un film exigeant et poignant qui rend hommage à une figure essentielle de l'histoire française et rappelle, avec force, le prix payé par celles et ceux qui ont combattu pour la liberté.
Les 15 premières minutes du film semblent classiques au 1er abord, présentant Jean Moulin dans son quotidien : sous faux-nom à son retour de Londres, se réunifiant aux autres pontes de la Résistance et briefant une jeune femme dans un bar sur les informations à diffuser. Du pur film d'espionnage en somme qui n'est pas un biopic.
Et dès un évènement survenant au bout de 20 min (un raid des SS au sein d'un cabinet lédical), le film nous chope par le col pour ne plus nous lâcher. Le très bon script d'Olivier Demangel articule alors un film de prison autant qu'un duel psychologique entre Moulin (Gilles Lellouche est excellent dans une partition plus retenue) et Klaus Barbie (Lars Eidinger est terrifiant) pour que le second brise le 1er.
Ce faisant, les dialogues (et ce jeu de faux-semblant quand l'un tente de percer la couverture de l'autre) permettent de créer une tension crescendo, et d'en apprendre plus sur ces 2 protagonistes.
De plus Ládló Nemes propose sa mise en scène virtuose habituelle, dopée par une superbe photo en 35mm. Il y a plusieurs moments de grâce filmique (ce plan-séquence circulaire dans la cour de prison est du grand art digne du cinéma soviétique). Le tout jusqu'à un final déchirant : Moulin parvient à ne jamais etre doloriste ou graphique (malgré sa violence) tout en étant inspirant (malgré le destin du personnage). Bref du très beau cinéma !
Et dès un évènement survenant au bout de 20 min (un raid des SS au sein d'un cabinet lédical), le film nous chope par le col pour ne plus nous lâcher. Le très bon script d'Olivier Demangel articule alors un film de prison autant qu'un duel psychologique entre Moulin (Gilles Lellouche est excellent dans une partition plus retenue) et Klaus Barbie (Lars Eidinger est terrifiant) pour que le second brise le 1er.
Ce faisant, les dialogues (et ce jeu de faux-semblant quand l'un tente de percer la couverture de l'autre) permettent de créer une tension crescendo, et d'en apprendre plus sur ces 2 protagonistes.
De plus Ládló Nemes propose sa mise en scène virtuose habituelle, dopée par une superbe photo en 35mm. Il y a plusieurs moments de grâce filmique (ce plan-séquence circulaire dans la cour de prison est du grand art digne du cinéma soviétique). Le tout jusqu'à un final déchirant : Moulin parvient à ne jamais etre doloriste ou graphique (malgré sa violence) tout en étant inspirant (malgré le destin du personnage). Bref du très beau cinéma !
Vu en avant-première à Lyon. Un film très réussi même si nous pouvons regretté que la touche artistique dépasse le récit historique
Vu en avant première très bon film, les acteurs sont remarquables.
Une tension tout au long du film,
on sort épuisé mais conquis par le film.
Une tension tout au long du film,
on sort épuisé mais conquis par le film.
Film visionner lors d'une avant première.
Très bon casting d'acteur surtout lacteur principal qui incarne moulin a lecran.
Film interesent sur une figure de la resitence française ,malgré qu'il manque au début un passage ou il était encore prefet .
Malgré qu'il manque au début du film un avertissement pour le jeune public que quelques scéne peuvent choqué .
Je recommande ce film pour une personne qui a conscience de la barberie de la gastapo ne pas visionné ce film avec de jeune enfant ce n'est pas adapté .
Très bon casting d'acteur surtout lacteur principal qui incarne moulin a lecran.
Film interesent sur une figure de la resitence française ,malgré qu'il manque au début un passage ou il était encore prefet .
Malgré qu'il manque au début du film un avertissement pour le jeune public que quelques scéne peuvent choqué .
Je recommande ce film pour une personne qui a conscience de la barberie de la gastapo ne pas visionné ce film avec de jeune enfant ce n'est pas adapté .
Très décevant
L’image de Jean Moulin n’est pas mise en valeur
C très dommage que le film se résume à 400 jours de la vie de Jean Moulin,
Aucune référence géographique ni historique
Beaucoup de cruauté
Et la présence de la comtesse n’apporte rien
L’image de Jean Moulin n’est pas mise en valeur
C très dommage que le film se résume à 400 jours de la vie de Jean Moulin,
Aucune référence géographique ni historique
Beaucoup de cruauté
Et la présence de la comtesse n’apporte rien
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