Colony tente de renouveler un genre assez codifié par une intrigue en mouvement permanent, et avec des enjeux qui se relancent constamment, presque conçu comme une série par ces nombreuses étapes de progression narrative et réflexive. Comme dans une partie d'échecs, il y a une inversion de l'infection, du "un pour tous, et contre tous" pour une galerie de personnages qui tente de former un groupe, pris dans ce huis clos symbolique entre l'individualité et le collectif, l'inné et l'acquis, où les créatures, apprenant par imitation des comportements humains, n'apportent pas la destruction, mais la conversion, l'adhésion à un système de pensée.
Le zombie devient allégorie d'une vérité organique, psychique, mais aussi informatique, reflet du réseau d'information numérique, conscientisé, validé par le monde entier abreuvé, hypnotisé et zombifié de connexion, d'échange et de partage de données, formant une ruche, une fourmilière sans frontière, la préoccupation actuelle de l'IA, entre l'animal et le digital, qui conduit à la centralisation, l'uniformisation, et finalement la déshumanisation, d'une espèce à la merci de la connaissance infusée et diffusée.
Que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur de cet immeuble de Pandore, on y trouve une oscillante dualité, entre le commandement et le raisonnement, l'obéissance et l'ignorance, l'anticipation et la programmation, et la nécessité d'un leader, d'une direction, face à une masse qui perd sa volonté, sa lucidité, se révélant sans avis, sans vision, comme si la surinformation menait à la régression, et par extension, à la manipulation sur une échelle politique. Par sa multiplicité de thématiques connectées et emboîtées, Colony devient alors une étude sociale et comportementale.
D'un autre côté, malgré une belle chorégraphie artistique, le film se veut trop ludique et technique, mâchant sans cesse ces métaphores, donnant l'impression de tourner parfois en rond, et en nous plaçant dans l'observation, plus que la pure sensation, l'émotion. On peut aussi noter une dernière confrontation un peu brouillonne, peu convaincante, n'ayant pas vraiment d'argument, ou de discours permettant de "vaincre" le maître de la colonie, marchant davantage par l'idée de la libération de la femme, prenant le relais sur l'échec des institutions et des autorités dominantes et systémiques.