Enfermés dans un gratte-ciel remplis d’infectés suite à une attaque terroriste bio-chimique, un groupe de personnes confinés à l’intérieur tentent de se protéger et de s’enfuir alors que les infectés évoluent petit à petit.
Colony a été présenté au festival de Cannes en séance de minuit, il est le dernier film de Sang Ho-Yeon, le réalisateur de Dernier train pour Busan et Peninsula. Dans la continuité de ces deux films, il revient avec un film d’infectés, mais que vaut Colony ?
Comme l’indique le titre, les infectés forment ici une colonie ressemblant au fonctionnement des fourmis, c’est-à-dire qu’ils se transmettent des informations dans l’objectif d’évoluer et de convertir le plus d’humains possible. Ce fonctionnement est ce qui diffère Colony des autres films d’infectés et qui en fait la raison du stress du spectateur. Néanmoins, le concept est expliqué dès le début, dans les quinze premières minutes du film les enjeux sont posés, voire un peu trop, le principe est énoncé à haute voix, notamment ce principe de communication. Donc, même si les personnages ne le comprennent pas de suite, les spectateurs le savent, le film ne sait pas nous surprendre sur ce point-là, c’est dommage. De ce fait, le scénario est expliqué trop tôt et trop clairement, il ne reste qu’un élément de “suspens” pour le spectateur et ce n’est qu’un élément que je considère personnellement tertiaire et qui contribue uniquement à expliquer la présence d’un personnage dans le bâtiment à ce moment-là. Si on enlève ce problème de sur-explication, ce n’est pas trop mal, on est tout de même sur des personnages assez clichés, mais nous y reviendrons, des relations classiques, et un film de survie d’infectés sans grande profondeur au niveau des personnages. Si on revient tout de même sur le principe de colonie et de communication, le concept fonctionne dans les premières minutes, voire dans la première heure, mais ce concept est sur-utilisé, le film aurait bien pu perdre une vingtaine de minutes si on retirait les “retournements de situation” liés à cette mécanique, en tout cas les retournements qui paraissent en trop, parce qu’au début c’est un très bon vecteur de stress.
Étant une attaque terroriste, le film a un “méchant”, ce qui est assez rare dans un film d’infecté d'avoir un antagoniste aussi clair, puisque les antagonistes sont plus souvent les zombies ou les infectés et plus généralement l’état. Ici, en dehors de ces menaces évidentes, le film décide aussi d’avoir un antagoniste. C’est un choix qui ne m’a pas du tout convaincue au début, les premières fois qu’il apparait ne sont pas subtil, on comprend très bien que c’est lui qui va faire l’acte terroriste en question - donc pas de suspens. Ceci ne pose pas tant de problème en réalité, l’identification est donc claire pour le spectateur et il sait d’où vient le danger et quand sentir la tension monter. Néanmoins, je trouve le méchant assez plat, surtout dans la première partie du film il n’a pas assez de charisme, il n’impressionne pas du tout. C’est un méchant plutôt mauvais, on ne peut pas avoir de l’empathie pour lui et en même temps on ne le déteste pas non plus car il est plat dans son jeu, et bien que la menace de son attaque soit importante, lui n’impose pas un danger immédiat pour les protagonistes.
Parmi les protagonistes, nous avons donc un groupe assez “normal”, parmi eux : un groupe de lycéens qui permet de dénoncer le harcèlement au lycée (car l’une d’elle se fait harceler par les deux autres), un policier, un ancien athlète, un membre de la sécurité du gratte ciel qui est avec sa soeur en situation de handicap, et un ancien couple qui a divorcé - dont l’homme s’est remarié. La femme, est une personne décrite comme asociale, qui n’a pas l’air aimable, bref l’archétype très cliché de la femme aigrie mais qui en réalité a bon coeur. Et bien, je n’ai pas du tout apprécié son personnage au début, elle est désagréable et propose un archétype trop cliché pour vraiment me plaire. Dans la continuité de cet archétype, un élément déclencheur fait qu’elle devient plus agréable, et ça même si c’est cliché j’ai apprécié le changement de caractère. On est donc face à une intrigue et des personnages assez classiques, ce qui n’est pas dérangeant mais ça reste parfois assez répétitif.
Puisque le principe est d’être enfermé dans le gratte-ciel avec les protagonistes, l’antagoniste et les infectés, le film se passe en grande partie en huis clos. Et c’est surement un des meilleurs éléments du film, en effet le huis clos permet de créer de la tension et c’est ce qui marche le mieux dans ce cas-là. Comme les personnages, le spectateur se sent parfois enfermé et souvent dans des pièces assez étroites, il aurait été d’ailleurs judicieux de jouer encore plus avec des plans claustrophobiques, cela n’a malheureusement pas assez été fait selon moi, j’aurais beaucoup aimé voir des plans qui enferment encore plus les personnages pour créer une angoisse toute autre pour le spectateur.
Néanmoins, le film entier ne se produit pas en huis clos, en effet vers le milieu du film, une intrigue hors du huis clos se décèle. Au premier abord, je n’ai pas du tout aimé cette seconde intrigue, on suit une équipe qui se rend chez l’antagoniste pour comprendre ce qu’est le virus qu’il a diffusé. Mon premier avis était donc que ça cassait un peu la magie, déjà qu’ils avaient déjà sur-expliqué l’idée derrière le virus, le fait de rajouter cette équipe faisait trop pour moi. Néanmoins, cela permet de développer des aspects intéressants du virus, et un personnage que j’ai plutôt apprécié petit à petit. C’est aussi cette intrigue qui permet l’immersion dans l’aspect politique (la police, l’état, les scientifiques).
J’aurais donc apprécié un jeu plus assumé avec le huis clos, l’enfermement ce qui est la raison principale de mon rejet de cette sortie du gratte-ciel au premier abord, même si au cours du film on l’apprécie un peu plus.
Commençons d’abord par le son qui est ce qui m’a le plus déçue, en effet j’ai trouvé la bande sonore très / trop cliché. C’était beaucoup trop classique, aucune surprise, on devinait l’action à l’aide uniquement de la musique ce qui est dommage. Bien que parfois cela réussissait à accentuer le stress du spectateur, les choix n’étaient pas surprenant et c’est dommage. Sinon il n’y avait rien d’affreux, le mixage son n’était pas mal et en soit les musiques non plus mais ce n’était rien d’exceptionnel, ni de différent.
Concernant l’aspect visuel, il y avait de très bonnes idées. J’ai personnellement bien aimé la vision des infectés à l’écran, en effet de temps en temps on peut voir ce qu’ils voient, mais c’est une occurence assez rare, c’est dommage.
On remarque aussi des moments d’effet “caméra embarquée”, ce qui est plutôt intéressant car cela permet au spectateur de s’immerger dans le film, dans la peau des personnages et du stress qu’ils ressentent, pareil, ce n’est pas quelque chose qui se produit beaucoup de fois mais je trouve qu’il y a eu un juste milieu à ce niveau là et que c’était assez bien utilisé.
Mais l’élément visuel central est cette caméra dynamique voire frénétique. J’ai aussi trouvé ça intéressant par moment car cela accentue le danger, l’effet de foule, la peur. Néanmoins, vient avec cette technique un manque d’informations pour le spectateur, et parfois on regarde une séquence sans trop comprendre ce qu’il se passe car trop de choses se passent en même temps et l’effet visuel n’aide pas à ralentir l’action. De fait, le manque d’information nous immerge dans ce que ressentent les protagonistes, mais c’est parfois très désagréable à regarder car on a l’impression de manquer plein d’informations et de juste voir un fouillis visuel.
Étant un film d’infectés on peut aussi rappeler son héritage, puisque le film est dans un gratte-ciel avec plusieurs zones différentes il y aussi une zone centre commercial qui rappelle Dawn of the dead de et qui installe donc le film dans cette référence de l’horreur en huis clos. Néanmoins, Colony est un film d’infectés et non pas de zombie, mais quelle est la différence ?
Un film de zombie est hérité de la tradition de Romero, ce sont donc des morts vivants à l’allure lente, à l’inverse les infectés ont une allure rapide et ne sont pas réellement mort vivant mais ont subi une altération du cerveau, ici un virus.
Comme dans Dernier train pour Busan, nous sommes une nouvelle fois face à des infectés, ici ils évoluent donc petit à petit ils pourront être plus ou moins rapides. De la même manière, on remarque l’utilisation de regroupement des infectés pour en faire des masses uniformes. Un élément intéressant est la création de formations des infectés qui s’embriquent et créent une forme étrange. J’aurais aimé que ça soit plus utilisé car l’aspect contorsionniste du corps emmêlé est un bon apport horrifique car cela leur donne plus de visibilité et dans cette formation ils présentent une menace plus grande pour les protagonistes.
Ici les infectés reprennent l’aspect des fourmis dans leur communication, donc cela passe aussi par la sorte de bave qu’ils rejettent. Et c’est à peu près tout. Il y a peu voire pas de sang, ni d’éléments similaires, ce qui est particulier pour un film d’infectés. Alors, cela n’est pas plus mal pour l’aspect grand publique du film, mais ça fait justement trop grand public et pas assez osé. On ne demande pas une violence à la Evil dead mais un peu de sang n’aurait pas été plus mal.
Pour terminer, on remarque aussi son héritage à Romero dans son message, les films de zombies / infectés sont souvent des films anti capitalistes avec des messages sociaux. Ici, le message est classique : ce n’est pas l’état qui va vous sauver puisqu’il préfèrera prendre les décisions pour se sauver lui-même plutôt que d’endosser les responsabilités de leurs actions. On est donc sur cette lignée des choix à faire ou à ne pas faire pour ne pas être rejeté de la société et cette remise en question des gens qui prennent des risques plutôt que de ceux qui écoutent les consignes du gouvernement aveuglément. C’est pas mal, c’est pas inintéressant, bon évidemment c’est parfois assez lourd mais je ne trouve pas ça bien dérangeant.
A voir ou à fuir ?
Pour conclure, ce n’est pas un mauvais film, c’est pas mal mais c’est trop classique. C’est un film qui manque de prise de risque, qui tire trop en longueur en abusant d’une thématique intéressante qu’il a réussi à dénicher. Même si certains personnages sont plats et désagréables ce n’est pas non plus horrible. C’est en soit un bon divertissement.
TAMBRUN Lucile