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On ne choisit pas toujours les vérités qu’on découvre, encore moins les fils qu’on croyait avoir tissés. Dans Notre Monde à Refaire, un producteur télé, Gallo, apprend à la mort de son ex-compagne qu’il n’est pas le père biologique de Benito, l’adolescent qu’il a pourtant élevé. Que fait-on alors ? On prend la route. Littéralement. À bord d’un fourgon cabossé, les deux partent chercher « le vrai père », et trouvent bien plus que ce qu’ils imaginaient.
Salvador Espinosa signe ici un road movie délicat où les silences comptent autant que les dialogues. Sans fioritures, la mise en scène épouse les contours d’un Mexique à hauteur d’homme : routes poussiéreuses, stations-service oubliées, regards échappés vers l’horizon. Le film est une parabole sans prétention sur la filiation, mais aussi une méditation discrète sur ce qui nous relie — le sang, les souvenirs, ou peut-être juste les gestes du quotidien.
Michel Brown, dans un rôle moins flamboyant que ses précédents, surprend par la sobriété de son jeu. Il incarne Gallo avec une belle économie de moyens, tout en tension contenue et affection retenue. Face à lui, Martino Leonardi — qui interprète Benito — s’impose sans surjouer, avec une présence à la fois brute et sincère. Mayra Hermosillo, en apparition brève mais capitale, donne au personnage de la mère une aura mélancolique, comme un fil conducteur invisible entre les deux hommes.
Certes, le scénario ne bouleverse rien, et certains arcs narratifs se devinent avant d’arriver. Mais c’est justement dans cette simplicité assumée que le film trouve sa force. Il ne cherche pas à nous impressionner — il nous accompagne. Comme ces vieux vinyles de ranchera qu’on n’écoute plus, mais qui savent encore faire vibrer quelque chose.
Notre Monde à Refaire ne révolutionne pas le cinéma familial. Mais il nous rappelle, avec une tendresse discrète, que le cœur sait mieux que les tests ADN ce qu’est un père. Un film sans emphase, mais avec une belle humanité, comme un carnet de voyage un peu froissé, où chaque page sent la poussière et l’amour.