ANIMAL TOTEM de Benoît Delepine est un voyage burlesque et mélancolique, porté par une conscience écologique à la fois apaisée et percutante, qui vient interroger l’irresponsabilité intergénérationnelle. Un cinéma de résistance poétique, grave, lumineux sans naïveté, aux bifurcations burlesques bienvenues.
Le choix d’un CinemaScope élargi confère au film une puissance politique et poétique paisible.
Darius / Samir GUESMI en personnage étiré et planant à la manière des bonshommes de FOLON, apparaît tour à tour immense et minuscule face à une nature tour à tour blessée ou protégée.
Cette valise aux roulettes bruyantes qu’il traîne, attachée à son poignet menotté, résonne comme un bagage de vie aussi encombrant qu’utile.
La nature, personnage à part entière, est traversée de tensions, de vacarmes intimes, de silences apaisés, portée par une musique douce qui laisse le regard contempler, rêveur, l’image sans impatience.
Au centre du film, Samir Guesmi est merveilleux d’humanité décalée et juste. Son jeu lunaire évoque un croisement improbable entre Monsieur Hulot, Max la Menace et le David Carradine de Kung Fu. Anti-héros dégingandé, calme et obstiné, il incarne un Don Quichotte écolo déterminé et lucide. On sent affleurer derrière le personnage l’homme, au point qu’ils semblent parfois se confondre.
La photographie est somptueuse, la lumière magnifique : elles subliment aussi bien la campagne que ses marges industrielles, les zones pavillonnaires-dortoirs et ces villages qui sont aussi hostiles que généreux pour l’étranger qui s’y arrête. Les animaux prêtent leur regard au spectateur pour le mettre à leur place.
ANIMAL TOTEM est un conte anti-capitaliste poétique, volontaire et abouti. Samir Guesmi / Darius, tel qu’en lui-même, inoubliable et sympathique, règle tour à tour son compte à un chasseur grossier, à un parrain musclé de cité au pouvoir aussi abject qu’imbécile, et enfin à un homme d’affaires aussi riche que cynique et immonde. En face de Darius / Samir, pour un final jubilatoire, Olivier Rabourdin campe un salopard plus vrai que nature, terrifiant, qui obtient exactement ce qu’il mérite.
On sort du film avec un sourire enchanté, rêveur et durable