SHANA - Lila Pinell
Pendant toute la première partie du film, cette Shana a tout pour agacer. Grande gueule, impulsive, souvent excessive, elle semble attirer les ennuis avec une constance déconcertante. Puis, petit à petit, presque sans que l’on s’en rende compte, le regard sur ce personnage évolue. Derrière cette façade agressive apparaît une jeune femme profondément cabossée par la vie, dont les éclats de colère sont davantage les cicatrices d’un parcours de vie douloureux que des caprices.
Sans jamais céder au misérabilisme, le film aborde des sujets aussi graves que les violences conjugales, les relations familiales toxiques ou la quête d’émancipation. Pourtant, le ton demeure étonnamment léger. L’humour, la gouaille des dialogues et une tendresse constante envers son personnage principal empêchent le récit de sombrer dans le pathos, donnant au contraire une humanité débordante à l'ensemble.
La révélation du film s’appelle Éva Huault. Présente dans presque tous les plans, elle impose une énergie brute, une fragilité à fleur de peau et une sincérité qui rendent son personnage profondément attachant. Elle sera sans nul doute nommée comme Révélation Féminine aux prochains Césars. Face à elle, Noémie Lvovsky est parfaite en mère dysfonctionnelle, totalement déconnectée de la réalité, aussi drôle qu’émouvante. Leurs échanges offrent quelques-uns des plus beaux moments du film.
Sans révolutionner le genre, Shana affirme une vraie personnalité. Entre approche quasi documentaire et comédie, entre insolence et émotion, Lila Pinell signe un premier long métrage aussi vivant qu’attachant, porté par une héroïne qui divisera sans doute les spectateurs, mais dont la vitalité et les failles finira par toucher les plus sensibles.
MA NOTE : 7,5/10
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