Salvation
Note moyenne
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Bart Sampson

420 abonnés 868 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 3 septembre 2026
Avec Salvation, Emin Alper confirme son statut de cinéaste majeur du cinéma turc contemporain. La mise en scène est puissante, la photographie hypnotique, le montage précis et l’interprétation des acteurs convaincante. Sur le plan technique, rien ne vient entraver une expérience sensorielle et émotionnelle indéniablement forte.

Pourtant, c’est bien du côté du scénario que le bât blesse. Le film se veut une fable universelle sur les conflits entre communautés, nourris par des incidents parfois enfouis dans le passé. Mais cette ambition se heurte à un traitement pour le moins discutable des communautés kurdes mises en scène. D’un côté, les habitants du village « du haut » sont dépeints comme des figures sombres, paranoïaques, facilement manipulables par des croyances mystico-religieuses. De l’autre, les dérives sectaires d’un islam rural, teinté d’illuminations et de prophéties autoproclamées, sont caricaturées de manière assez gratuite, sans véritable profondeur anthropologique.

Cette représentation a d’ailleurs suscité une vive polémique en Turquie. Comme le rapporte Courrier international, le film a été critiqué par une partie de la presse kurde et des médias de gauche — pourtant habituels soutiens d’Emin Alper — qui lui reprochent de véhiculer une vision stéréotypée et peu flatteuse des communautés kurdes. Certains y voient même une forme de trahison de la part d’un réalisateur jusqu’alors considéré comme un allié des causes progressistes.

Au final, Salvation séduit par sa forme mais déçoit par son fond. Là où l’on espérait une réflexion nuancée sur la mécanique de la violence communautaire, on obtient une fable parfois réductrice, qui laisse un goût amer sur la représentation des populations kurdes et des pratiques religieuses rurales.
islander29

1 044 abonnés 2 709 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 2 septembre 2026
Un film qui a quelque chose de fascinant, vraiment, à tous les niveaux, que ce soit la lumière, la photographie, le montage, les dialogues, la rhétorique de la violence, à la fois dérangeant et poétique, que ce soit la direction d’acteurs et la musique, on est happé par l’histoire, par l’image, le mouvement des uns et des autres. Bref un film que vous n’oublierez sans doute pas, et dont le message a quelque chose de vraiment très inquiétant, la haine entre deux villages. Je dirais même ce film BRILLANT,, Emin Alper, le réalisateur, un nom à retenir. À voir d’urgence.
Christian RZ
Christian RZ

97 abonnés 315 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 2 septembre 2026
Si vous voulez voir des conflits de village tournant au drame sanglant entre paysans arriérés et aliénés ce film est pour vous
De mon côté, je peine à trouver un intérêt à la chose, qui donne de la Turquie une image désastreuse (qu’elle ne mérite peut être pas tant ?)
Cadreum
Cadreum

77 abonnés 830 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 2 septembre 2026
Le 4 mai 2009, à Bilge, province de Mardin, des hommes cagoulés armés de fusils automatiques et de grenades ouvrent le feu sur une noce et tuent quarante-quatre personnes, femmes et enfants compris. Ils sont du village. Ils appartiennent à la même famille que leurs victimes. Et ils portent les armes que l'État leur a remises pour combattre le PKK. C'est de ce fait divers qu'Emin Alper part pour Kurtuluş, où il poursuit ses thématiques de prédilection — la fabrication collective d'un ennemi, le moteur de la peur. Aucun financement public turc n'a été accordé au projet ; l'argent est venu des capitales européennes et de Riyad, pour un tournage dans deux villages de pierre réellement existants, dont celui du bas partiellement recomposé en numérique, et un mois de répétitions pour des scènes de foule mêlant comédiens kurdophones et turcophones. Ici, un clan (le village d'en haut) revient d'un exil forcé réclamer ses champs, le clan (village d'en bas) resté sur place les cultive depuis vingt ans avec les fusils que l'État lui a distribués, et l'aîné du cheikh, Mesut, commence à mal dormir. Ses nuits blanches deviendront des visions, ses visions des ordres, et il prendra peu à peu le commandement du village en décidant d'agir à l'encontre de son frère Ferit, le cheikh en titre.

Le village haut, filmé les maisons empilées, les toits qui servent de cour à l'étage supérieur, les venelles qui s'engouffrent entre les murs. Alper commence par un relevé. Le lieu a été cherché longtemps et cela se voit, mais il faut être précis sur ce que ce repérage obtient, car ce n'est pas que de la beauté. C'est une donnée. Dans un village étagé, chaque maison surplombe la précédente ; la surveillance mutuelle est une conséquence de la pente. C'est cette géographie qui fait entrevoir le massacre. Car ce que documente Alper, c'est un régime où la haine s'attise par des voies religieuses : des visions reçues en songe, des ordres transmis par les morts, des ancêtres qui réclament qu'on tienne la terre. La haine et les injonctions descendent par gravité, mais ellse sont ratifiées d'en haut, et un homme qui parle au nom de ses défunts n'a plus besoin d'argument.

Le prêche de Ferit au dergah, où le cheikh récite devant l'assemblée la généalogie du contentieux et rapporte l'ultimatum reçu jadis (combattre aux côtés de l'État ou quitter les lieux), est le moment où le film pose sa condition politique et la fait dire par un chef religieux à ses fidèles, dans le cadre même où cette communauté produit sa vérité. La forme est juste, parce qu'elle montre du même geste le fait et son mode de transmission. Ces villageois savent ce que l'État leur a fait ; ils le savent sous forme de récit sacré, transmis par la personne qui détient le monopole de la parole légitime. Alper obtient ainsi ce qu'aucune reconstitution n'obtiendrait : l'Histoire, dans ce village, n'existe pas comme archive mais comme sermon, et c'est précisément pour cela que le même homme pourra la retourner plus tard, et que son frère pourra en produire une version concurrente reçue en songe.

Puis vient la nuit, en alternance du jour, et le village change de nature. La caméra rampe dans les ruelles, bute sur des ruptures de niveau, longe des murs que des lampes éclairent mal et lâchent au moment voulu ; le son travaille les distances, une canette qui roule sur la pierre, un cri, une détonation lointaine. L'espace communautaire du jour devient un couloir dont le hors-champ occupe les trois quarts, et la paranoïa cesse d'être un trait de caractère pour devenir une conséquence de l'angle mort. Le rêve prend ensuite le relais et prolonge la pente : ce que le bâti rend inéluctable le jour, le sommeil le ratifie la nuit, sans qu'aucune instance du film ne vienne démentir ni l'un ni l'autre. C'est là qu'Alper cesse d'arbitrer. La désorientation qu'on porte au crédit de l'atmosphère horrifique est en réalité une décision qu'il se garde bien de prendre : il lui faut à la fois la démarcation qui protège "ceci est le délire de Mesut, le film n'y souscrit pas" et l'indistinction qui inquiète, et il passe de l'une à l'autre selon ce que la séquence réclame.

Les séances de zikr fournissent au film sa métrique. Les voix scandent, le montage épouse la cadence du rituel plutôt que celle du récit, et le passage de la prière à la tuerie n'exige alors aucune charnière dramatique, aucune délibération, aucun basculement. Le tempo était installé ; il a suffi de le prolonger. C'est la réfutation en acte de tous les récits de massacre qui cherchent le moment de la décision. Il n'y a pas de moment. Il y a un rythme que personne n'a interrompu et l'escalade n'a plus besoin d'un sujet.

En périphérie, il y a la grossesse de Gülsüm. Le médecin venu d'ailleurs s'adresse à elle de haut et sec, et le cadre ne lui accorde aucune indulgence : la modernité arrive dans ce village sous forme de mépris de classe, et le film sait donc viser le visage civil de l'État. Mais la femme que cette scène expose, il l'abandonne en route. Accusée, isolée, menacée chez elle, Gülsüm finit par fuir se réfugier chez l'agha du clan ennemi. Le montage en fait une péripétie d'appoint et retourne aux hommes. Le reproche courant — le patriarcat des clans relégué derrière une intrigue masculine — reste en deçà de ce qui se joue là. Les femmes de Kurtuluş n'occupent que trois positions, et aucune ne leur appartient : le ventre, la rumeur, le butin. Gülsüm est un utérus contesté, dont les jumeaux valent moins comme enfants que comme preuve à charge dans une affaire de propriété ; Fatma est un relais d'incitation, seule femme armée du film, et le seul usage que la mise en scène lui trouve est de faire circuler ce que les hommes n'ont pas à dire eux-mêmes ; les autres traversent les plans de foule sans qu'un contrechamp leur revienne.

Cette réussite se paie par un défaut de tenue que deux heures rendent flagrant. Le film redit. Des scènes s'étirent pour rétablir une information déjà acquise, la partition souligne l'insomnie de Mesut là où le décor et le montage l'avaient établie, les cordes dissonantes arrivent en commentaire de ce qu'on voit. Cette redondance affaiblit aussi la thèse qu'elle croit renforcer, car une escalade qu'on annonce à chaque scène cesse d'être une pression et devient un programme dont on attend l'exécution.

Le massacre arrive avec une brutalité que rien n'amortit, au terme d'une descente que le film tient sans faiblir depuis la première nuit. En somme, Kurtuluş obtient ce qu'aucune reconstitution n'obtiendrait — la démonstration qu'une tuerie ne procède d'aucune décision, seulement d'une cadence, d'une pente et de quelques rêves ratifiés par les morts (c'est par ailleurs brillant). Mais l'ambition qu'Alper revendique, saisir l'inclinaison du monde vers des sociétés génocidaires, réclamait un autre propos. Une société ne devient pas génocidaire par la topographie de ses villages : elle le devient parce que des institutions distribuent des armes, délèguent la violence à des civils, rémunèrent la loyauté, désignent les populations à surveiller et se retirent au bon moment. Rien de tout cela n'entre dans le champ. Le film s'arrache si obstinément à ses propres causes qu'il finit par produire l'image que ses causes ont intérêt à ce qu'on produise : des hommes tenus par la pierre, la peur et les défunts, chez qui la barbarie sourd du sol comme une nappe.
CREOTIVEMEDIA
CREOTIVEMEDIA

122 abonnés 407 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 1 septembre 2026
Salvation confirme le goût d’Emin Alper pour les communautés enfermées dans leurs propres peurs et contradictions. Le cinéaste turc transforme la rivalité entre deux villages en une véritable radiographie des mécanismes qui conduisent une société à se diviser. Territoire, mémoire, croyances et rapports de pouvoir nourrissent ainsi un récit dont la tension s’installe lentement avant de devenir presque irrespirable.

Deux villages se font face. L’un est installé à flanc de montagne, l’autre dans la plaine. Un équilibre précaire semble s’être installé jusqu’au retour des habitants du village inférieur, autrefois contraints à l’exil et désormais déterminés à récupérer leurs terres. Leur arrivée suffit à réveiller des conflits anciens que le temps n’avait manifestement jamais résolus.

Emin Alper construit alors son récit comme une lente contamination. Une méfiance en entraîne une autre, les souvenirs deviennent des arguments, les rumeurs se transforment en certitudes et chaque événement est interprété comme la preuve des intentions hostiles du camp opposé. Le véritable danger de Salvation ne réside finalement pas dans un individu mais dans cette peur collective qui finit par modifier la perception de tous.

Le scénario refuse intelligemment une opposition simpliste entre victimes et responsables. Chacune des deux communautés possède sa mémoire, ses blessures et sa propre version de l’histoire. Cette absence de vérité immédiatement identifiable place le spectateur dans une position inconfortable : comprendre les raisons de chacun sans pouvoir totalement adhérer à aucune d’entre elles.

La question du territoire dépasse rapidement la simple possession de terres. La montagne et la plaine deviennent deux espaces symboliques, deux manières d’appartenir à un même pays tout en refusant parfois de partager une histoire commune. Le paysage, majestueux mais austère, participe pleinement à cette impression de séparation.

Caner Cindoruk apporte une remarquable intensité au récit, notamment lorsque les certitudes de son personnage commencent à se fissurer. Berkay Ateş et Feyyaz Duman contribuent à cette galerie de figures dont les intérêts personnels se mêlent constamment aux tensions collectives.

La mise en scène d’Emin Alper reste volontairement austère. Plans larges, silences prolongés et importance accordée aux regards permettent au cinéaste de faire progressivement monter la menace. La violence n’a pas besoin d’être constamment montrée : elle existe dans les conversations, les gestes et cette impression que la moindre étincelle pourrait provoquer l’irréparable.

Cette progression méthodique exige néanmoins de la patience. Salvation prend son temps et refuse les facilités du thriller traditionnel. Mais cette lenteur devient progressivement sa principale force : le spectateur assiste presque impuissant à la fabrication d’un conflit dont chacun contribue à rendre l’issue inévitable.

Dense, austère et profondément politique, Salvation dépasse la rivalité entre deux villages pour observer la manière dont la peur, les croyances et les blessures du passé peuvent fracturer une communauté. Emin Alper signe une œuvre exigeante sur la paranoïa collective et les mécanismes de domination, dont la tension s’installe insidieusement jusqu’à rendre la coexistence presque impossible.
Paris10
Paris10

96 abonnés 30 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 1 septembre 2026
Grand film de mise en scène sur la peur de l'autre, la paranoïa, mais la place des femmes est quasi inexistante.
Direct-actu.fr

402 abonnés 558 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 30 août 2026
Salvation installe une mécanique où la peur finit par fabriquer ce qu'elle prétend seulement anticiper. Dans cette communauté isolée, l'hypothèse d'une attaque modifie progressivement les comportements, la rumeur devient certitude et chaque événement est relu comme une preuve supplémentaire. C'est le principe même de la prophétie autoréalisatrice : les personnages agissent selon une menace supposée jusqu'à créer les conditions de l'affrontement. Le doute ne protège plus, il devient suspect.

Un film qui dévoile les dangers quand un groupe finit par être isolé et en confrontation directe avec un autre. Les personnages sont comme habités et en transe, ils ne vivent plus que pour le combat et une forme de religion. Salvation montre comment la peur et la paranoïa peuvent progressivement abolir le discernement individuel au profit d'une logique collective. L'autre n'est bientôt plus un voisin ou un semblable, et devient la cause supposée de tous les malheurs, celui qu'il faudrait combattre pour retrouver la paix et la prospérité. Le groupe se persuade alors que sa violence est légitime, nécessaire et morale. C'est ce reversement qui en fait un film glaçant : personne ne se pense mauvais. Ici, chacun trouve une raison supérieure pour justifier l'injustifiable, jusqu'à partager les mêmes peurs, les mêmes certitudes et presque les mêmes rêves. L'ennemi finit par donner au groupe sa cohésion, tandis que le combat devient sa seule manière d'exister.

Le phénomène devient plus inquiétant encore lorsque rêves, visions et croyances cessent d'appartenir à l'individu. Les villageois partagent progressivement les mêmes cauchemars et la même crainte d'une attaque, jusqu'à rendre poreuse la frontière entre expérience subjective et représentation collective. Le discernement n'est donc pas brutalement supprimé, il est absorbé par un système fermé où chaque signe confirme ce que le groupe croit déjà savoir. Salvation place ainsi le spectateur dans une position inconfortable : il voit la logique se refermer tout en comprenant comment elle peut sembler rationnelle à ceux qui en sont prisonniers.
Chris G
Chris G

42 abonnés 74 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 30 août 2026
Alper use de façon un peu trop fréquente du fantastique et du rêve pour tenter d’entrer dans la psyché de ses personnages, en dérive de radicalisation. Au-delà de sa forme excessivement léchée, on se passionne grâce au travail de fond d’historien qu’il a réalisé sur le sujet.
Sylvere
Sylvere

1 abonné 17 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 28 août 2026
Vu en avant-première
À travers une histoire de querelle entre deux tribus kurdes,  le réalisateur nous propose un  regard sur la manière dont la haine et la paranoïa s'enracinent. C'est pas du Don Camillo ! Cette histoire brodée et accomodée, est tirée d’un authentique fait divers survenu en Turquie en 2009 de 2 villages l’un à flanc de montagne, l’autre dans la plaine. Entre ces deux communautés enfermées dans des traditions, une terre fertile ! Ces champs étaient autrefois possédés par le clan des "Bezari" déplacé, contraint à l'exil lors d'un conflit armé et qui sont today cultivés par les "Hazeran", resté eux sur place pour garder ces terres soit disant. Quand les affrontements s'apaisent et que la première tribue rentre chez elle, elle réclame la restitution de ses champs que les Hazeran se sont carrément accaparés. Le chef des Hazeran le cheikh Ferit , du village du haut, prône pour une collaboration et la cohabitation, mais son frère Mesut lui, s’y oppose fermement, guidé par ses visions,  préférant l'appropriation.  Une lutte de pouvoir s'engage alors avec le village du bas.
Pour suivre le film il faut vraiment être en forme, attentionné et vigilant pour tout saisir.  
On est loin d'un conte c'est plutôt un western où les armes à feu et les femmes participent à l'affrontement inévitable.
UGO
UGO

64 abonnés 40 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 27 août 2026
Film très bien, il y a tous ce qui faut dans ce film : drame et suspense, mais je le déconseille au -12 ans
Jipéhel
Jipéhel

103 abonnés 654 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 24 août 2026
Kurtuluş

C’est le titre original, kurde, des nouvelles 120 minutes réalisées par Emin Alper auquel on doit déjà Derrière la colline et surtout le formidable Burning Days, de 2023. Cette fois, pour ce drame intense et impressionnant, il a reçu l’Ours d’Argent, soit le Grand Prix du Jury à la Berlinale. Deux villages turcs, l’un à flanc de montagne, l’autre dans la plaine. Quand les habitants du bas, exilés, décident de revenir sur leurs terres, des conflits ancestraux ressurgissent avec ceux du haut. Progressivement, croyances, paranoïa et luttes de pouvoir s’exacerbent, mettant en péril la fragile cohabitation des deux communautés. Un petit village plongé dans une obscurité métaphorique qui contient mal une rage souterraine prête à bondir. Le poids de la religion, des traditions et des haines ancestrales… et vous obtenez un drame ahurissant qui mène inexorablement jusqu’à une nuit en enfer. Très puissant.
Le scénario est inspiré d'un drame survenu en 2009 dans un village kurde du sud-est de la Turquie. Lors d'une cérémonie de mariage, un groupe de gardiens de village y avait massacré quarante-quatre personnes. Si le cinéaste a déniché un vieux village de pierre perché sur une colline, il manquait un élément fondamental au récit : un village voisin situé en contrebas dans la plaine. L'équipe de production a résolu le problème en filmant un second village, puis en le déplaçant numériquement à l'écran pour l'intégrer au paysage de la plaine. On ne peut pas dire que le déroulement de l’histoire soit d’une limpidité totale. On est perdu pendant un long moment entre les différents personnages et leurs problématiques. Mais, peu à peu, quand on parvient à « rentrer dedans », - comme on dit avec un total manque d’élégance -, les contours de cette espèce d’hystérie collective nous saisissent et nous figent d’ahurissement. Le cinéaste s'intéresse moins à la violence qu'à sa cause et donc du fanatisme qui lui sert de carburant, dans le sillage de la figure d'un chef illuminé. C'est dans l’aspect mystique et fantastique, jalonné de nombreux rêves mêlés à la réalité que l'on a parfois du mal à s’y retrouver. Mais si le contexte est évidemment turc, le propos, lui, a quelque chose d'universel, partout où certaines forces s'appuient sur des arguments spécieux : survie, signes mystiques, entre autres, pour se livrer à la barbarie. Un film qui évoque avant tout la folie des hommes, d'autant plus dangereuse quand elle se fait collective. Universel, je le redis.
L’ensemble du casting, selon les désirs du cinéaste se devait de parler kurde. Les noms à l’affiche ne nous parlent évidemment pas beaucoup. Cela n’enlève rien au fait que les Caner Cindoruk, Berkay Ateş, Feyyaz Duman, Naz Göktan, etc. sont parfaitement convaincus et convaincants. Laissez vous embarquer dans un monde, a priori, loin du nôtre. Et pourtant, Alper se ne contente pas de viser la Turquie. Il inclut dans son viseur les colons et les leaders fous du monde entier, des Etats-Unis à l’Iran et Israël. Sa critique du régime turc en place lui a valu un procès tout comme le cinéaste germano-turc İlker Çatak pour son excellent Yellow Letters. A voir malgré son exigence.
traversay1

4 526 abonnés 5 441 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 22 août 2026
Tout aussi intense et impressionnant que Burning Days, le précédent long métrage d'Emin Alper, Salvation paraît à la première vision moins clair dans son déroulement, quoique ses intentions le soient, indubitablement. Dans un coin isolé du sud-est de la Turquie, une communauté villageoise voit revenir des habitants de la bourgade voisine dont ils sont appropriés les terres fertiles. Dès lors, la confrontation est inévitable. Le cinéaste s'intéresse moins à la violence qu'à leur cause et, partant, du fanatisme qui lui sert de carburant, à la remorque de la figure d'un chef illuminé. C'est dans cet aspect mystique et fantastique, traversé de nombreux rêves enchâssés dans la réalité que l'on risque un peu de perdre le contact. spoiler: En tour cas, si le contexte est indéniablement turc, avec ses paramilitaires et sa lutte contre le terrorisme, le propos a quelque chose d'universel, partout où certaines forces s'appuient sur des arguments spécieux : survie, signes mystiques, entre autres, pour se livrer à la barbarie.
Salvation est à la fois un western, un thriller et un film d'horreur, mais il évoque avant tout la folie des hommes, d'autant plus dangereuse quand elle se fait collective, au service d'une cause qu'elle justifie sans s'apercevoir qu'elle n'est rien d'autre que l'expression d'une hystérie destructrice.
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