Palestine 36 s’inscrit dans une ambition rare, celle de faire du cinéma un véritable espace de mémoire active. En revenant sur la grande révolte arabe de 1936 contre le mandat britannique, Annemarie Jacir propose une fresque historique qui assume pleinement son ancrage politique et son rôle de transmission. Le film se présente comme une fiction nourrie de faits réels, pensée moins comme un divertissement que comme un geste de cinéma engagé, presque pédagogique dans sa démarche.
Le récit adopte une structure chorale, refusant le schéma du héros unique pour embrasser une pluralité de trajectoires. Ce choix donne au film une ampleur indéniable et permet d’aborder les fractures sociales, idéologiques et intimes d’un peuple confronté à une domination coloniale omniprésente. La reconstitution est minutieuse, portée par un travail impressionnant sur les décors, les costumes et la photographie, qui ancre le spectateur dans une époque rarement traitée avec autant de sérieux à l’écran.
Cependant, cette rigueur historique devient aussi la principale limite du film. À force de vouloir tout dire, tout contextualiser, tout inscrire dans une logique de fidélité politique et mémorielle, la mise en scène semble parfois se faire dévorer par le poids de l’Histoire. Le récit avance à un rythme très lent, multipliant les scènes explicatives, les situations emblématiques et les points de vue, au risque de rigidifier la narration. L’Histoire, avec un grand H, prend souvent le pas sur l’histoire au sens dramatique.
Cette approche rend l’adhésion émotionnelle plus difficile. Les personnages, pourtant riches et symboliquement forts, peinent à exister pleinement en tant qu’individus, tant ils sont ramenés à leur fonction historique ou politique. Le film suscite l’intérêt intellectuel, impose le respect par sa cohérence et son courage, mais laisse souvent le spectateur à distance, plus observateur attentif que réellement impliqué.
En faisant le choix d’un point de vue strictement palestinien face à la puissance coloniale britannique, Annemarie Jacir affirme une position claire, cohérente avec l’ensemble de son œuvre. Ce parti pris donne au film une force certaine comme geste de cinéma militant, mais limite aussi sa complexité dramatique. On ne sort pas indifférent de Palestine 36, mais davantage convaincu sur le plan historique et politique qu’emporté sur le plan émotionnel. Une œuvre nécessaire, respectable, mais imparfaite, qui laisse le sentiment d’un film que l’on aurait voulu aimer plus intensément qu’on ne l’a vécu.