Palestine 36 est une leçon d'Histoire et un acte militant réalisés par une Palestinienne, Annemarie Jacir, qui signe son film le plus ambitieux. Aidé par de nombreuses archives en couleurs, qui s'intègrent parfaitement au côté plus romanesque du long métrage, Palestine 36 raconte avec fièvre une année cruciale, et déborde un peu sur 1937, pour documenter la colonisation britannique de l'époque, qui facilite l'intensification des implantations juives en "terre promise." Tous les germes du conflit arabo-juif sont en place et ont déterminé la situation inextricable d'aujourd'hui. La puissance du film, qui a bénéficié de moyens importants, est incontestable, avec deux stars ayant accepté des rôles brefs, mais impactants : Hiam Abbass et Jeremy Irons. Avec une grande fluidité, Palestine 36 mêle destins individuels et mouvements collectifs (grève, rébellion, attentats, d'un côté ; répression féroce, de l'autre). Si le récit est incontestablement engagé, n'évoquant qu'indirectement le regard juif sur ce pan d'Histoire, il s'efforce de ne jamais céder à la caricature, insistant à juste titre sur le sentiment de dépossession des Palestiniens, de trahison même, quant à leur désir d'indépendance. L'action, qui se déplace alternativement entre Jérusalem et un petit village, montre une grande fluidité et ne cesse de captiver, pour finalement inciter à en savoir encore davantage sur cette grande révolte arabe.
Un film classique, voire didactique mais très intéressant sur cette partie de l'histoire de la Palestine assez méconnue. C'est bien sûr partial mais comment ne pas l'être ? J'ai apprécié la construction utilisant les images d'archive pour ouvrir chaque chapitre. Un peu haché au début, le film se recentre peu à peu et joue aussi sur l'émotion, avec des personnages forts et plutôt bien interprétés
Certains effets de mise en scène sont maladroits et le l'histoire est par instants confuse mais la photographie sublime et le récit passionnant, intelligent et si important nous convainc totalement. L'œuvre réhabilite un pan de l'histoire silenciée et résonne si fort et si pertinemment aujourd'hui. On en ressort bouleversé et révolté, l'ensemble est d'une nécessité absolue.
Palestine 36 est un film puissant et profondément politique qui parvient à transformer un moment charnière de l’histoire palestinienne en une expérience cinématographique à la fois intime et universelle. En s’ancrant dans le contexte de la révolte arabe de 1936 contre le mandat britannique et la colonisation sioniste, le film ne se contente pas de reconstituer un épisode historique : il interroge la naissance d’un traumatisme collectif dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui. La grande force du film réside dans son refus du spectaculaire. La violence, bien que présente, est souvent suggérée plutôt que montrée, laissant place à une tension sourde et constante. Ce choix renforce l’impact émotionnel du récit et permet au spectateur de se concentrer sur les personnages, leurs dilemmes moraux et leur sentiment d’impuissance face à une histoire qui les dépasse. Les protagonistes ne sont ni héroïsés ni idéalisés : ils sont complexes, traversés par la peur, la colère, le doute et parfois la trahison, ce qui les rend profondément humains. La mise en scène est sobre mais maîtrisée, portée par une photographie qui capture avec finesse la rudesse des paysages et l’enfermement psychologique des personnages. Le rythme volontairement lent peut déstabiliser, mais il sert le propos du film : faire ressentir l’attente, l’oppression et l’inéluctabilité de la tragédie. La bande sonore, discrète, accompagne cette atmosphère pesante sans jamais la surcharger. Palestine 36 se distingue également par sa capacité à établir un dialogue entre passé et présent. Sans discours appuyé ni didactisme, le film invite à réfléchir sur les origines d’un conflit toujours en cours, tout en laissant au spectateur la liberté de tirer ses propres conclusions. Il s’agit moins d’un film qui cherche à convaincre que d’une œuvre qui veut faire comprendre et ressentir. En définitive, Palestine 36 est un film exigeant, parfois inconfortable, mais essentiel. Il s’adresse à un public prêt à prendre le temps d’écouter une mémoire souvent marginalisée et à regarder l’Histoire non pas comme un récit figé, mais comme une blessure encore ouverte. Un cinéma engagé, sensible et nécessaire.
Retrace des évènements de colonisation et d'asservissement d'un peuple qui ne pouvait que résister, les faits décrits évoquent ce qui se passe actuellement avec autant de violence et d'inhumanité et aussi la quasi totale indifférence des colons et du monde qui ne veut pas voir L'histoire de la famille est poignante mais la relève est assurée par les deux à quoi bon toutes ces horreurs
Un excellent film sur un épisode tragique de l'histoire de la Palestine, dont les répliques se font encore sentir de nos jours. Très bon jeu d'acteur et de caméra, très bon rythme, très belle pellicule. Un film où les moyens sont là pour produire du grand cinéma.
Deux peuples pour une seule terre. Le conflit israélo-palestinien plonge, on le sait, ses racines dans l'histoire. La Palestine faisait partie de l'empire ottoman puis, après sa chute, fut placée sous protectorat britannique. Quelque Arabes y cohabitaient avec des Juifs de plus en plus nombreux qui, pour certains, venaient y réaliser la promesse millénariste de retour en Terre promise remise au goût du jour par le sionisme de Theodor Herzl. La cohabitation ne fut pas facile, les premiers reprochant aux seconds de s'arroger des terres qui ne leur appartenaient pas. Le colon britannique essaya maladroitement de tenir la part égale entre les deux parties.
C'est dans ce contexte qu'éclate en 1936 une rébellion. Elle réclame la fin de l'immigration sioniste et la création d'un Etat arabe indépendant. Elle se heurte à une violente réaction des Britanniques et plusieurs milliers de morts. Son issue politique sera la proposition de la Commission Peel de mettre un terme au mandat britannique et de créer deux Etats, juif et arabe.
C'est cette histoire en partie enfouie et pourtant déterminante qu'a choisi d'exhumer la réalisatrice palestinienne Annemarie Jacir. J'avais vu d'elle en 2018 "Wajib", qui se déroulait de nos jours à Nazareth. Pour raconter la révolte arabe de 1936, elle choisit la fresque et le film choral. Cette approche permet de rendre compte des différentes facettes de la révolte.
Elle nous montre les Palestiniens des villes et les Palestiniens des champs. Les premiers forment une élite éclairée qui hésite entre la collaboration et la résistance. C'est le couple formé par l'homme d'affaires Amir et son épouse féministe Khouloud. Les seconds se voient spoliés de leurs terres et sévèrement réprimés dès qu'ils expriment la moindre revendication. C'est Khalid (on reconnaît l'acteur palestinien Saleh Bakri qu'on reverra bientôt dans "Ce qu'il reste de nous") qui prend le maquis, le père Boulos, un pope, et Hanan (Hiam Abbas) la matriarche.
"Palestine 36" nous parle des Arabes, de leur oppression et de leur lutte, et des Britanniques, dont les différentes tendances sont personnifiées par les trois personnages du haut-commissaire (Jeremy Irons), du diplomate arabophile (Billy Howle) et de l'officier sadique et millénariste (Robert Aramayo). Les Juifs en sont absents, se réduisant à des silhouettes muettes observées de loin par les Arabes. Invisibilisation malsaine qui confine au négationnisme ? ou reflet du clivage qui existait à l'époque entre deux populations qui s'ignoraient absolument ?
Intéressant au plan thématique, mais desservi par un scénario choral trop en surface. Le montage qui repose trop souvent sur des plans courts mis trop vite bout à bout me paraît problématique au plan formel et me semble être l'aspect le moins réussi de " Palestine 36".
Film au sujet puissant, que je recommande malgré l'aspect formel ( la photo est par contre réussie ) et technique de cette réalisation qui me semble manquer de finition. Un peu dommage pour porter un tel sujet !
"Palestine 36" est une fiction historique qui réussit un pari particulier : raconter un épisode méconnu de l'histoire palestinienne avec une vraie maîtrise narrative et une résonance contemporaine frappante. Le film dépeint avec force la violence coloniale et la fragilité d'un destin national, même s'il prend des libertés historiques et privilégie parfois certains angles, notamment religieux, au détriment d'autres. Quelques scènes paraissent précipitées ou prévisibles, mais l'ensemble reste puissant, sensible et nécessaire, signé par une dernière image allégorique qui affirme que la vie continue malgré tout.
Très bon film qui raconte la révolte palestinienne en illustrant bien le début du conflit israélo-palestinien. Je vous recommande d'aller voir ce film.