Palme d’Or au Festival de Cannes, on goute ou on ne goute pas à cette distinction et à ce festival dont le palmarès, pour prestigieux qu’il soit, interroge parfois le grand public. Mais ici il s’agit d’un nouveau film iranien, d’un auteur « dissident », tourné dans la clandestinité. Porteur bien évidemment d’une critique acerbe du régime théocratique et de ses serviteurs complices même si ce sont parfois des petites gens. Le spectateur d’ici serait donc mal venu de ne pas faire sienne cette récompense. Sans qu’on ne puisse faire le reproche de spoiler, le fil conducteur du scénario ayant été mille fois présenté et commenté, y compris la scène de fin et ses interrogations et interprétations libres, il s’agit donc d’un ex-détenu dans les geôles du régime qui croise « par accident » celui qu’il pense reconnaitre comme ayant été son bourreau, tortionnaire sadique et violent, parmi les gardiens. Un ancien militaire éclopé sur un champ de bataille en Syrie, reconverti dans l’appareil répressif du régime. « Il faut bien travailler ! » (sic). Ayant un doute sur l’identité de l'individu qui nie son sinistre rôle, cette victime se rapproche de contacts en contacts d’autres proies pour meilleure identification avant de lui faire subir un bien mauvais sort vengeur. Alors que lui, en moins de deux minutes, les auraient tous pendus ! (dans les dialogues). Le macabre projet : l'enterrer vivant dans le désert, rien que ça ! Au gré des vérifications de visu pour la reconnaissance, émergent les atrocités derrière les murs des prisons du régime. Coupable, le régime lui-même bien sûr. « Ceux qui devaient nous libérer et qui, tout en récitant des prières, envoient nos enfants se faire tuer» (c’est dans les dialogues). Acteurs et complices aussi les petites mains sans lesquelles rien ne serait possible. C’est le propre de toutes les dictatures. En filigrane, une société engluée dans la religion avec ses tortionnaires de premier niveau convaincus de l’existence de l’Enfer, versus le Paradis, et le faisant vivre cet enfer à leurs victimes. Les plus radicaux, et on le serait à moins, de ces victimes politiques ne veulent rien oublier et annoncent que le moment venu il faudra bien que certains se justifient et paient le prix de leurs exactions. Sombre destin pour le pays, lors de la chute du régime qui viendra bien un jour, s’il n’était pas tempéré par d’autres approches plus humanistes et réparatrices de la société. En raison du fil conducteur dénonciateur, on se doute bien que le réalisateur n’a pas obtenu les autorisations… qu’il n’a d’ailleurs pas demandées. On peut toutefois s’interroger sur le fait que ce film s’est quand même fait, tourné en Iran. A priori, ça s’est vu et su des autorités. Faut-il croire que plus d’un fonctionnaire ait fermé les yeux ou ait été moins zélé que d'ordinaire, ce qui pourrait être annonciateur d’un régime dont la superbe commence à s’effriter ? Dans "Chroniques de Téhéran" (2024), on avait déjà eu un aperçu des ruses avec l'appareil administratif du régime permettant à un cinéaste militant d'arriver somme toute à ses fins.