Porté par une inspiration moins métaphorique, plus “frontale”, que dans ses précédentes réalisations, Jafar Panahi brode ici sur un canevas assez classique, dont le motif central rappelle ceux de La Jeune Fille et la Mort, de Roman Polanski, ou des Fantômes, de Jonathan Millet : un personnage, victime de tortures passées, pense avoir retrouvé son bourreau, entend se venger mais hésite faute de certitude sur l’identité de la personne. Le réalisateur, qui a tourné une nouvelle fois clandestinement, utilise ce motif et ses développements corolaires (traumas, justice personnelle, dilemme moral autour de l’inversion du rapport entre bourreau et victime) pour évoquer les horreurs du régime iranien et ses répercussions sur la population. Il donne à son sujet une tonalité étonnante – entre gravité douloureuse, rageuse, et traits d’humour ironiques ou absurdes – et conduit son récit comme il aime souvent le faire : à bord d’un véhicule (ici, un van). Il emprunte une voie qui mène au thriller, tout en prenant quelques chemins de traverse picaresques. Ce nouveau road-movie, circulaire dans son tracé, présente quelques redondances et séquences inégales, mais s’avère toujours intense et intelligent. Jusqu’à la scène finale, subtilement ouverte à interprétation. (Film vu au festival de Locarno)
Grand film de Jafar Panahi, qui déboulonne la statue branlante du régime iranien avec une économie de moyens remarquables. Il est intéressant de comparer Un simple accident avec l'autre film iranien de la compétition cannoise : Woman and Child de Saeed Roustaee. Un excellent film au demeurant. Mais il passe par beaucoup d’esbroufe en termes de mise en scène, de scénario et de dialogues tortueux, quand le film de Panahi est un modèle de concision et d'efficacité.
Son humanisme à la fois lucide et bonhomme rappelle les grands maîtres du western classique, tels John Ford, le van du film ressemblant à la diligence de La Chevauchée Fantastique, où des personnages contraints de rester ensemble et de se supporter incarnent toutes les nuances de l'humanité.
Mais Un simple accident n'est pas qu'une simple tragicomédie. C'est une réflexion vertigineuse sur la violence, la justice et le mal. Comment combattre ce dernier sans tomber sous son emprise ? La réponse est loin d'être simple. On le sait depuis longtemps, l'art nous prenant d'ailleurs à témoin, la vengeance peut être amère.
Jafar Panahi livre donc un film simple en apparence, mais riche et complexe, porté par de talentueux interprètes, et une mise en scène limpide, mais qui ça et là démontre le savoir-faire indéniable du cinéaste iranien.
J'ai vu l'autre grand favori de Cannes 2025, Un agent secret de Kleber Mendonça Filho, et après l'erreur de l'an passé (La Graine et le Figuier de Mohammad Rasoulof aurait clairement dû être sacré au lieu d'Anora), le jury de Juliette Binoche semble ne pas s'être trompé : Un simple accident est une belle et évidente Palme d'Or.
En Iran, de nos jours, un homme fourbu croise par hasard, un père de famille en quête de garagiste, qui lui semble avoir été son bourreau quand il était emprisonné en tant qu’opposant politique, pour une broutille. Dans sa fureur, il enlève son bourreau mais veut s’assurer de ne pas s’être trompé de personne avant de le tuer. S’en suit une équipée souvent burlesque dans une camionnette avec un couple préparant son mariage, leur photographe et d’autres victimes torturées par les polices du régime. Le film m’a semblé inégal : son propos est très fort en ce qu’il montre à quel point la dictature du régime d’Iran est féroce, en ce qu’il rappelle que les comportements des victimes et des bourreaux peuvent être fluctuants, leurs rapports inversés ; la mise en scène est alerte, certains plans sont très beaux ; le son, qui est brut, réaliste, participe à l’immersion dans l’action. J’ai moins aimé les dialogues que j’ai trouvés parfois caricaturaux, parfois trop bavards et le côté un peu laborieux du scénario. J’ai nettement préféré « Aucun ours », le précédent film de Panahi. Selon moi, « Sirat », largement supérieur à « Un simple accident », aurait dû avoir la Palme d’or.
Clairement pas mon genre de film. C'était long, l'histoire n'avance pas, les scènes sont parfois ridicules, j'ai lutté pour finir ce film. Je ne vais pas plus développer mais globalement il y avait un manque de fond et c'était difficile de garder un intérêt pour le scénario et les personnages.
Bouleversant,un hymne à l'humanité plus forte que l''atmosphère est de plus en plus pesante avec une suite de personnages différents,plus une touche de !Par contre,la fin,libre à nous de l'écrire.
Film très intelligent, tour à tour, drôle, surréaliste et dramatique. Quelques scènes surréalistes, dérisoires, sont à la mesure de l'aberration dans laquelle le régime iranien a plongé le pays. Le spectateur gagne à avoir en tête que le film a été tourné clandestinement, ce qui rajoute un peu à la valeur de chaque scène tournée dans l'espace publique... Le film ouvre le choix, le dilemme, entre vengeance, oubli, pardon... Le magnifique plan séquence de l'interrogatoire, avec un hors-champs montrant la complicité et l'impatience des interlocuteurs... La condamnation qui y est faite du régime est sans nuance. Enfin, une scène tout aussi réussie, un plan fixe qui pourrait nous rendre optimistes sur la capacité des iraniens à se réconcilier... Jafar Panahi a choisi de retourner en Iran ; c'est éminemment courageux de sa part. Le courage des acteurs est aussi à saluer ! Tours 2/10/25
Un simple petit accident de la route peut faire basculer un destin. En Iran, c’est ce que va vivre un homme qui croise la route sans le savoir d’un ancien détenu traumatisé par la torture du régime iranien. Ce dernier est convaincu de reconnaître la voix de son tortionnaire et va réclamer l’aide de ses ex codétenus. À travers ce film puissant, Jafar Panahi réussi à transmettre l’extrême tension, les doutes, les peur, les souvenirs de ses personnages. Une grande réussite.
Un thriller iranien qui nous entraîne dans une poursuite dramatique pour identifier un ancien tortionnaire. Des situations cocasses alors que le sujet est sombre. Un tour de force de la part du réalisateur Jafar Panahi pour avoir réussi à filmer en Iran et les effets du régime dévastateur sur les individus. Une prise de risques qui rendent le film encore plus impactant car chacun peut s'identifier aux personnages dans la soif de vengeance, mais qui nous interroge aussi sur notre humanité. A voir !
Déception. On est loin de l’émotion et de la puissance de récents chefs d’œuvre Iraniens tels que Leïla et ses frères, le diable n’existe pas ou les graines du figuier sauvage Ici le mélange des genres ne fonctionne pas et, entre les très fortes scènes d’ouverture et de clôture, on s’ennuie souvent face à la répétition de scènes burlesques mal ficelées. Dommage, car la réflexion politique est puissante, l’éthique personnelle du réalisateur et ce recours au hors champ pour ne pas filmer l’horreur frontale sont à célébrer. Mais ça ne suffit hélas pas.
Sujet de la première importance, hélas le traitement cinématographique reste bien décevant. Un prix politiquement mérité, mais qui n’arrive pas à la cheville du film " La femme qui en savait trop " , et du film " Sept jours " , deux films immanquables !
Un simple accident impressionne par son courage plus que par sa mise en scène. On sent la colère, l’urgence, le besoin de dire quelque chose de frontal sur l’Iran d’aujourd’hui. Cette énergie brute porte le film, même lorsqu’il devient trop démonstratif ou appuyé. Certains personnages manquent de nuances, certaines scènes se répètent un peu, mais l’ensemble garde une force politique indéniable. Un film imparfait, mais habité, et impossible à ignorer.
Le film pourrait se résumer à l'adage "la vengeance est un plat qui se mange froid" sauf que là il ne s'est pas mangé du tout. Pardonner ou se venger c'est toute la question et ça mérite la palme d'or !!!
Le cinéma iranien est vraiment extraordinaire, plein de résilience. Un homme croise par hasard son ancien geôlier enfin croit le reconnaitre. S'ensuit un défilé d'émotions ou se mêle la rancœur à l'évocation des sévices endurés. Un doute s'installe quant à la reconnaissance de son ancien bourreau.. Jafar Panahi est magistral dans sa réalisation, une palme d'or amplement méritée
Devenir et utiliser les mêmes méthodes que tu as subit sur la personne qui te l'a fait subir.
Le début du film était long. Mais pour le reste du film on entre dans le fil du sujet. De la tension pendant le film. Où on voit que ça va prendre de l’ampleur.
Les acteurs étaient tous convaincants. Le réalisateur qui a fait le film clandestinement. Il a fait un bon film qui dénonce le régime Iranien.
c'est comme une fable, on sourit alors que le sujet est grave. c'est un peu les pieds nickelés en Iran... tragie-comedie, magnifique, réflexion sur le pardon.