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Caro Cinéma
82 abonnés
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4,0
Publiée le 13 octobre 2025
Un drame très prenant, qui libère une violence psychologique saisissante et sa dimension sadique, tout en nous confrontant à la complexité et à la noirceur de la vengeance… Une scène vers la fin, de nuit le long de l'arbre, suscite une intensité émotionnelle très forte, entraîne une profonde confrontation morale et illustre la maîtrise narrative du film.
Ca faisait longtemps que je n'étais pas restée aussi scotchée à mon siège. Je n'ai pas regardé le film, je l'ai vécu. Du cinéma à l'état pur. Une histoire fascinante servie par des comédiens si habiles qu'ils ressemblent aux gens que l'on croise tous les jours. Ils ne se sont pas trompés à Cannes en attribuant la palme d'or à cet ovni venu d'Iran.
Beau film mais je lui ai préféré La femme qui en savait trop, autre film iranien sorti récemment à qui, à choisir, j'aurais volontiers attribué la Palme
Un film puissant, bâti sur un scénario racinien, qui traite de la tyrannie, de la torture, de la corruption, de la limite floue entre justice et barbarie, en confrontant dans une succession de situations parfois graves, parfois burlesques, un possible tortionnaire et quelques unes de ses victimes, hommes et femmes, encore traumatisés ou en cours de guérison. Film tourné sans gros moyens, dans la clandestinités où la force du propos tient souvent plus des dialogues que des images. Les femmes y sont souvent plus lucides et déterminées que les hommes La fin interpelle et laisse le spectateur à ses propres interprétations. On souhaite que ce film puisse être un jour pas trop lointain, projeté en Iran, pays dont l'actuel régime enturbanné est la cible
Une Palme d'Or à Cannes, c'est souvent une bonne surprise au cinéma et ce film ne fait pas exception. Alors le thème n'est pas nouveau mais il a été peu traité au cinéma, lorsque la / les victime(s) d'un criminel à la solde d'un régime totalitaire retrouve(nt) leur bourreau à leur merci, que faut-il - que vaut-il mieux - faire ? Une fois passée l'épreuve du doute, la question devient philosophique et donc profondément humaine, elle pose en tout cas un véritable et authentique cas de conscience. Précédemment au cinéma il y a eu "La jeune fille et la mort" de Roman Polanski (1994) et dans la même veine un film naturaliste et très grand public : "L'ours" de Jean-Jacques Annaud (1987), pour celles et eux qui ont vu ces films la conclusion de celui-ci ne fera aucun doute, mais la façon de traiter la question est ici posée à un groupe qui représente une micro-société, et la fin du film montre aussi que les convictions des plus forts sont parfois loin d'être inébranlables : ce n'est pas parce-que l'on sert l'opinion dominante que l'on ne se risque à en devenir esclave, aliénation alimentée par des faiblesses non compensées, voire des failles et des blessures toujours béantes, en cela le film est profondément humain et oppose au spectateur une réserve et des choix qui le rendent humain et humanisant. Le mal absolu est rare (existe-t-il d'ailleurs?), il résulte bien souvent d'un vide de pensée et donc de jugement personnel avec une obéissance aveugle à de fausses convictions censées couvrir des faiblesses et des failles, voire des traumas, traînés comme des boulets dans une vie (en cela l'image de la jambe blessées est forte et c'est le fil conducteur de tout le scénario qui ressurgit encore dans les toutes dernières minutes de sa conclusion). C'est un film à voir tout à la fois pour se distraire car l'humour et surtout la cocasserie des situations est parfois assez burlesque autour de ce thriller (dont l'issue peut sembler incertaine) mais aussi et surtout pour réfléchir et en ressortir grandi, il projette aussi une lumière incandescente sur la mécanique du fonctionnement de l'oppression, tous régimes confondus.
Un film formidable, un film majeur, un film que nous devons tous voir, même si le scénario branle un peu dans le manche; pas forcément crédible cette future mariée qui parcourt le désert -où Panahi a été contraint de filmer pour ne pas se faire piquer- toute enjuponnée. Mais tellement spectaculaire, avec ces images surréalistes! Le pitch tout le monde le connait et il est excellent. Vahid (Vahid Mobasseri) mécano dans un garage, le dos en miettes, entend depuis l'arrière boutique un client entrer et sortir et ce pas légèrement irrégulier, avec, surtout! cette prothèse qui couine, il l'a déjà entendu. C'était celui de son tortionnaire, dans les terribles geôles des mollahs. Est ce plausible? Pourquoi pas, lorsqu'on vit aveuglé, les yeux bandés, les autres sens, comme l'ouïe se développent... Vahid kidnappe Eghbal (Ebrahim Azizi); mais enfin, avant d'enterrer vivant quelqu'un, mieux vaut s'assurer que c'est bien le bon; de connaissance en connaissance, Vahid enrôle deux jeunes femmes (Maryam Afshari et Hadis Pakbaten, la fiancée très enjuponnée qui s'apprêtait à passer une joyeuse journée à faire des photos avec son futur en vue du mariage du lendemain) Toutes les deux sont passées par les geôles des mollahs.... Et nous voilà embarqués dans deux heures de tribulations, qu'on appellerait picaresques si l'arrière fond n'était si tragique... Avec tant et tant d'interrogations. La vengeance, bien sûr, et cette question que nous a laissé le procès de Nuremberg: comment ces monstres pouvaient ils être en même temps des bons maris, des pères attentionnés, des amis fidèles? La mémoire, et sa fidélité qui peut être interrogée; pour de petites choses, on s'y fie; pour des évènements violents, la mémoire n'a t-elle pas pu les biaiser d'un côté ou d'un autre? La difficulté aussi à témoigner. Le fiancé, il en découvre des choses, sur ce qu'a vécu sa joyeuse, jolie (mais qu'il ne vaut mieux pas contrarier...) Golrokh. Il y a des choses qu'on enferme dans sa tête, pour essayer d'oublier qu'elles ont existé. La scène d'ouverture est extrêmement angoissante (alors que la tonalité du film ne l'est pas) Eghbal et sa famille roulent de nuit sur une petite route assez cahotique; un choc: il a écrasé un chien. C'est un "simple évènement" de conduite. Plus tard, la mort des opposants sous la torture, est ce que cela sera aussi un "simple évènement"? Et la scène de clôture est hallucinante; c'est Panahi qui nous parle par la voix du personnage pour nous crier son horreur du régime. Après ça, il a eu le culot de retourner en Iran. C'est un héros. Et les deux jeunes femmes qui se sont montrées tête nue, vivent elles toujours en Iran aussi? La presse n'en a rien dit... A voir évidemment, mais tout le monde le sait!!
C’est une belle histoire poignante! Les personnages sont attachants, parfois très drôles alors que la situation est tendue et dramatique. Des dialogues /débats qui font réfléchir. La fin est ???
Théâtral ! Presqu’un huit clos entre des personnages qui devoilent peu à peu leurs atroces cicatrices et qui arrivent néanmoins à les sublimer par un sursaut d’humanité remarquable. Tout cela dans un scénario bien ficelé qui laisse une part au sourire. Cela fait penser à Costa Gavras qui s’éloignait de plus en plus de la victime et du système pour se rapprocher de la motivation du bourreau. Quand on pense aux conditions de tournages et aux risques pris par l’équipe, cela donne à ce film une dimension vraiment héroïque.
Dilemme entre vengeance et justice Les dialogues sont ciselés Les acteurs sont magnifiques Que cette vie est difficile dans ce pays. Les personnages sont touchants
« Un simple accident » est un film d’une intensité rare, à la fois sobre et bouleversant, où Jafar Panahi transforme un fait banal en une méditation poignante sur la culpabilité et la vérité.
Couronné de la palme d'or à Cannes en début d'année, "Un simple accident" débarque enfin dans nos salles. Forcément, au vu du prestige de cette distinction, il est compliqué de passer à côté d'une telle sortie. J'ai donc été un peu curieux, et je dois dire que cette curiosité m'a amené vers un long-métrage assez particulier. Tourné sous une forme d'illégalité en Iran, on comprend que ce film ait fait parler de lui à Cannes, par son propos ou son style. Dans le ton, le long-métrage se veut porté par une forme de minimalisme dans l'histoire, la mise en scène ou le montage, cela étant clairement imposé par le tournage. Pourtant, cette approche n'est pas franchement un défaut, car le film tire sa force de ce style. Privilégiant les grands-angles et les plans-séquences pour permettre aux acteurs de se servir au maximum de l'espace, ainsi que de faire parler leur talent, ce genre d'approche est une aubaine pour eux. Effectivement, beaucoup de scènes seront très longues, très verbales et cela ne parlera pas à tout le monde. Mais en vérité, c'est un plaisir de voir le naturel qui se lit dans la performance de ce casting, ils sont impressionnants. C'est clairement la force de ce projet, et je dois dire que j'ai adoré cela. Maintenant, même si beaucoup de libertés apparaissent de ce point de vue, l'objectif reste quand même d'amener un propos. Et forcément, Jafar Panahi plonge son histoire dans un contexte politique très fort. Comme souvent avec lui, on va aller titiller la société iranienne. Cela s'effectue par quelques petits détails, mais aussi, et surtout, par la thématique centrale du long-métrage. Ici, tout tourne autour d'une question d'éthique, de traumatisme et de vengeance. Le film pose des questions fortes sur la responsabilité des actes, que ce soit du côté du peuple ou du côté des représentants du régime. Et personnellement, j'ai adoré cette manière de procéder, avec une remise en question très forte des actions de chacun. Le film ne cherche pas à pointer un coupable, mais bien plus à mettre en avant un système défaillant de tous les côtés. Au sein d'une histoire qui a clairement des longueurs, je pense notamment à la partie centrale, la conclusion livre quand même une fin très dure et éprouvante, que ce soit pour les personnages ou pour le spectateur. C'est donc presque dommage de se dire que le rythme se perd parfois, car j'aurais aimé être un peu plus pris par l'ensemble. Toute cette étape de "recrutement", où nous vagabondons pour rencontrer de nouveaux personnages de manière répétée, m'a clairement semblé longue. À ce moment-là, je trouve que le scénario se perd un peu dans son concept, surtout que tous les personnages ne se valent pas. Certains sont vraiment marquants, d'autres sont beaucoup plus oubliables. Alors, je pense que c'est bien plus le dispositif et le message qui doit être retenu de ce projet. Grâce à son esthétique particulière et à sa façon d'assumer son propos, le film a une âme vraiment significative. Effectivement, il est parfois un peu embourbé dans son concept, mais cela n'en diminue pourtant pas sa force. On reste très marqué par ce qui nous a été raconté en sortant de la salle, ce qui est donc déjà une victoire. Pour conclure, une palme d'or qui peut se comprendre.
Un simple accident en forme de fable morale et politique, n'est pas un "grand film". Tourné clandestinement à Téhéran par Jafar Panahi, vieux routier du cinéma qui maîtrise son art et finalement sait réaliser ses films dans l'impossibilité de les faire (Ceci n'est pas un film, Aucun ours). Bien sûr c'est courageux. Mais... Un simple accident, comme une réparation, reçoit la palme d'or à Cannes que n'a pas eu l'an dernier Les graines du figuier sauvage de Mohammad Rasoulof , mille fois plus ambigü et plus fort dans sa réalisation et ses questionnements. Quelques jours après la séance où j'ai vu Un simple accident, il m'en reste peu d'impressions, des images déjà qui s'évanouissent. La mise en scène est simple, théâ des différents personnages (icônes en plans fixes moyens) pour disserter sur le grand dilemme du film: faut-il se venger ou pardonner à ses bourreaux? spoiler: Finalement politiquement correct, on les torture un peu, puis on les laisse filer...puisqu'on n'est pas des méchants comme eux
En revanche les situations et les dialogues burlesques du film sont réjouissants (une mariée qui pousse un van en panne sur une route à quatre voie en pleine ville), je me dis que Panahi dans un Iran libéré de son régime totalitaire, ferait sans doute de fines comédies, avec un humour sans pareil. On attendra encore.
En Iran, de nos jours, un homme fourbu croise par hasard, un père de famille en quête de garagiste, qui lui semble avoir été son bourreau quand il était emprisonné en tant qu’opposant politique, pour une broutille. Dans sa fureur, il enlève son bourreau mais veut s’assurer de ne pas s’être trompé de personne avant de le tuer. S’en suit une équipée souvent burlesque dans une camionnette avec un couple préparant son mariage, leur photographe et d’autres victimes torturées par les polices du régime. Le film m’a semblé inégal : son propos est très fort en ce qu’il montre à quel point la dictature du régime d’Iran est féroce, en ce qu’il rappelle que les comportements des victimes et des bourreaux peuvent être fluctuants, leurs rapports inversés ; la mise en scène est alerte, certains plans sont très beaux ; le son, qui est brut, réaliste, participe à l’immersion dans l’action. J’ai moins aimé les dialogues que j’ai trouvés parfois caricaturaux, parfois trop bavards et le côté un peu laborieux du scénario. J’ai nettement préféré « Aucun ours », le précédent film de Panahi. Selon moi, « Sirat », largement supérieur à « Un simple accident », aurait dû avoir la Palme d’or.
On ressort un peu mal a l'aise de ce film car on comprend que le cinéaste renvoie les adversaires dos à dos, les frontières entre victime et bourreau étant finalement assez floues. C'est là toute la subtilité et la force du film. Comme beaucoup de films iraniens aux moyens limités, de nombreuses scénes sont tournées dans un van. Une fin qui semble condamner le cycle sans fin de la vengeance.