J’ai vu Un simple accident de Jafar Panahi hier soir et je suis encore un peu secoué. Je lui ai mis 4/5 sans hésiter, même si une petite partie de moi hésitait à lui donner une meilleure note. Ce film est une claque discrète mais puissante, typique du cinéma iranien de résistance dont Panahi est devenu le maître incontesté.
L’histoire commence vraiment par un banal accident de la route : un chien écrasé, une voiture cabossée, un mécanicien qui tombe par hasard sur un visage qu’il n’oubliera jamais. À partir de là, tout s’enchaîne avec une logique implacable et pourtant pleine de doutes. On suit Vahid, ce garagiste ordinaire, qui reconnaît (ou croit reconnaître) son ancien tortionnaire de prison. Ce qui suit n’est pas un simple thriller de vengeance, c’est une plongée étouffante dans la mémoire traumatique, la question de la vérité et surtout le prix de la dignité. J’ai rarement vu un film qui pose aussi frontalement la question : est-ce que la vengeance nous rend libres ou est-ce qu’elle nous enchaîne un peu plus ?
Ce qui m’a le plus marqué, c’est la façon dont Panahi filme cette tension permanente entre l’intime et le politique. Les scènes de groupe, où d’anciens détenus se retrouvent pour confronter leur bourreau présumé, sont d’une justesse folle. On sent la rage contenue, la paranoïa, mais aussi une humanité fragile qui empêche le film de basculer dans le manichéen. Les acteurs sont excellents, particulièrement Vahid Mobasseri qui porte le film sur ses épaules avec une présence à la fois banale et magnétique. Techniquement, c’est sobre, presque documentaire par moments, et pourtant chaque plan respire une maîtrise incroyable.
Panahi continue de faire du cinéma un acte de résistance, même après tout ce qu’il a traversé. Ce film est plus direct que certains de ses précédents, plus "thriller" aussi, et ça lui donne une accessibilité nouvelle tout en gardant cette profondeur caractéristique. Il y a des moments d’humour noir salvateurs qui font respirer, avant que la tension ne reprenne le dessus. C’est intelligent, rageur et étrangement plein d’espoir malgré tout.
Bref, Un simple accident est pour moi l’un des grands films de l’année 2025. Il ne révolutionne pas le langage cinématographique, mais il dit des choses essentielles avec une justesse rare. Si vous aimez le cinéma qui réfléchit sur la société sans jamais oublier les êtres humains qui la composent, foncez. Moi, j’y retournerai sûrement.