Fidèle au cinéma iranien: incisif, dense, chargé d'émotions. Mais c'est surtout une œuvre d'art d'un courage politique fou, s'attaquant à la corruption institutionnalisée aux fondements du regime, et allant s'immiscer jusque dans les âmes. Le tout, sublimé par au moins 2 plans séquences dignes d'une tragédie de Racine. Quand on sait les risques encourus, ça force le respect et ça décroche une Palme d'Or.
Encore un grand film de Pajar Pahani, dans la logique des films précédents, la palme d'or est grandement méritée. Le film pourrait se résumer à une question : comment agir vis à vis de ses tortionnaires sans devenir inhumain à son tour? Une question très ancrée dans le régime iranien et ses services secrets aux pratiques inhumaines, qui peut trouver des résonances dans des problématiques d'actualité sur des conflits où anciennes victimes deviennent à leur tour bourreaux. Les personnages sont filmés de près, dans l'intimité de leurs colères et de leur recherche de justesse dans un monde qui les a abimé, dans leur humanité qui doute des autres et d'elle-même. On se laisse prendre comme dans un road movie dans ce film qui m'a beaucoup ému.
Rarement vu un film aussi frontalement critique sur le pouvoir iranien, aussi direct au sujet des tortures physiques et psychiques infligées à ceux qui manifestent et résistent. Dans un mélange de burlesque, de désespoir et d'angoisse Jafar Panahi montre ses compatriotes dans toute leur complexité, sous la chape de leurs traumas. Cri politique fort.
Vu en Avp Ayant pour toile de fond les atrocités commises par le régime Iranien des Gardiens de la révolution, le film de Jafar Panahi pose la question de l'exercice de la vengeance, de la vie d'un traumatisé ayant perdu toute humanisation. La mise en scène se concentre sur ses personnages et leurs dialogues, passe par de nombreux plans séquences mais reste froide pour rappeler l'horreur des évènements. Fin de film absolument mémorable.
L’iranien Jafar Panahi est à coup sûr un des cinéastes les plus primés dans le monde. Avec ces 102 minutes, il marque encore une fois, son engagement indéfectible pour la liberté d'expression et la justice sociale. Iran, de nos jours. Un homme croise par hasard celui qu’il croit être son ancien tortionnaire. Mais face à ce père de famille qui nie farouchement avoir été son bourreau, le doute s’installe. Doit-on punir et tuer ses bourreaux ? Et si oui, ne devient-on pas comme eux ? Voilà la question centrale de cet immense film, dont le réalisateur réussit la performance unique de remporter les plus hautes distinctions dans les principaux festivals de cinéma au monde, de Berlin à Cannes en passant par Venise et Locarno. Et c’est totalement justifié. Encore une fois, en s’appuyant sur un scénario en béton, il nous passionne, nous fait trembler – et parvient même à nous faire rire -, avec un portrait au vitriol de la société iranienne. Courageux, lucide, vertigineux… du très grand cinéma. À peine sorti de prison le cinéaste iranien Jafar Panahi nous embarque clandestinement - tournage sans autorisation -, à bord de son habitacle cinématographique préféré : la voiture. Cette traversée de la société iranienne va confronter les différents protagonistes à des choix moraux cruciaux : loi du Talion ou résilience., vengeance ou pardon ? Oui, ce n'est sans doute pas le plus grand film sur le sujet, ni le plus ambitieux. Mais il est essentiel d’en parler en tant que tel et non en tant que Palme d’Or. Gardons à l’esprit la proposition telle qu’elle est, à savoir un mélange parfait entre film populaire et vraie proposition d'auteur, portée par une charge politique d'une ampleur, d'une résonance et d'un courage saisissant. Et en plus du pamphlet acerbe contre la haine et le manque de réflexion - les deux piliers d'une dictature -, il faut saluer, - que dis-je ovationner -, la forme et en particulier la maîtrise technique qui touche des sommets avec cette longue scène dans le désert devant un arbre mort - hommage assumé au Godot de Beckett -, un plan fixe d'une quinzaine de minutes, offrant une confrontation absolument irrespirable et un plan final tétanisant, laissant le spectateur tirer ses propres conclusions et sa propre interprétation quant au dénouement. La leçon d’un Maître. Je citerai pour mémoire les noms figurant au casting et mélangeant acteurs confirmés et non professionnels comme Vahid Mobasheri, Maryam Afshari, Ebrahim Azizi, Majid Panahi, Mohamad Ali Elyasmehr, tous impeccables et superbement dirigés. Ce chef d’œuvre du 7ème Art est directement né de la deuxième expérience carcérale de Jafar Panahi, entre juillet 2022 et février 2023. À la différence de sa première peine en 2010 au cours de laquelle il avait connu un quasi-isolement, il a cette fois-ci été amené à côtoyer de nombreux autres prisonniers. En sortant, après huit mois de détention, l’idée de faire un film pour ceux qu’il avait rencontrés en cellule est devenue une nécessité. Promesse tenue… et comment !
Généralement lorsqu'un film obtient la palme d'or, j'ai tendance à prendre la fuite en me disant qu'est-ce que c'est encore que ce film qui va ne plaire qu'à une très minoritaire élite intellectuelle ! Mais là indiscutablement ce film a quelque chose en plus qui m'a donné envie d'aller le voir en avant-première hier soir. et j'avoue que non seulement je n'ai pas été déçu mais mieux que ça j'ai trouvé ce film remarquable; pour bien des raisons : la première sans doute , c'est une manière originale sous forme d'une sorte de road trip et fond d'humour noir, montrant la croisée de deux destins que le passé avait déjà réuni mais n'auraient jamais dû se retrouver. Seul un curieux hasard (ou pas...) en a décidé autrement et va en découler un enchaînement de situations cocasses et émouvantes dans un contexte politique bien connu de l'Iran, tant décrié. A voir sans hésitation.
Vu en avant-première, Un simple accident est un film qui traite un sujet lourd et sensible dans l'Iran actuel, mais sans ennuyer le spectateur tout en l'invitant à s'attacher aux personnages, qui sont joués par des acteurs formidables.
Porté par une inspiration moins métaphorique, plus “frontale”, que dans ses précédentes réalisations, Jafar Panahi brode ici sur un canevas assez classique, dont le motif central rappelle ceux de La Jeune Fille et la Mort, de Roman Polanski, ou des Fantômes, de Jonathan Millet : un personnage, victime de tortures passées, pense avoir retrouvé son bourreau, entend se venger mais hésite faute de certitude sur l’identité de la personne. Le réalisateur, qui a tourné une nouvelle fois clandestinement, utilise ce motif et ses développements corolaires (traumas, justice personnelle, dilemme moral autour de l’inversion du rapport entre bourreau et victime) pour évoquer les horreurs du régime iranien et ses répercussions sur la population. Il donne à son sujet une tonalité étonnante – entre gravité douloureuse, rageuse, et traits d’humour ironiques ou absurdes – et conduit son récit comme il aime souvent le faire : à bord d’un véhicule (ici, un van). Il emprunte une voie qui mène au thriller, tout en prenant quelques chemins de traverse picaresques. Ce nouveau road-movie, circulaire dans son tracé, présente quelques redondances et séquences inégales, mais s’avère toujours intense et intelligent. Jusqu’à la scène finale, subtilement ouverte à interprétation. (Film vu au festival de Locarno)
Surprenant ! Jafar Panahi réalise là ce que l'on pourrait considérer comme un road trip drolatique mais aussi un véritable drame sur la torture ! Jafar Panahi parvient à construire un scénario en forme d’effet papillon puisque d’"un simple accident" de la route va découler une quête de vengeance urgente et nécessaire pour les différents protagonistes !
Film vu en avant première la semaine passée j'ai été épaté par cette palme d'or. Une vraie claque à la fois par le scenario, la mise en scène, les acteurs et les thèmes évoqués. Un grand film coup de poing sur la vie actuelle en Iran !!