Dix ans après l'excellent Masaan, le réalisateur indien Neeraj Ghaywan était de retour au festival de Cannes, en mai dernier, pour son second long métrage, coproduit par Martin Scorsese. Homebound est un beau film sur l'amitié de deux jeunes garçons, l'un et l'autre discriminés, pour leur religion ou leur caste, et en lutte pour accéder à l'ascenseur social, notamment en tentant d'entrer dans la police. Mais en Inde, l'ascenseur est constamment bloqué, l'escalier compte un nombre incalculable de marches et le sommet n'est nulle part en vue. Avec sa manière douce, mais résolue, le film s'élève bien au-dessus du récit d'apprentissage pour pointer du doigt une société dans laquelle l'égalité des chances n'est qu'une utopie et l'humiliation permanente. Inspiré d'une histoire racontée par un quotidien américain,spoiler: Homebound verse dans le mélodrame dans sa dernière partie, mais non sans dignité, avec un regard sans complaisance sur la façon dont la crise de la COVID-19 a été gérée par les autorités. Le film s'apprécie pour son écriture, fluide, et son interprétation impeccable, alors que la mise en scène, plutôt sobre, ne cherche pas à se distinguer. C'est son humanisme et sa puissance tranquille, subversive par son contenu politique sous-jacent, qui emportent l'adhésion, y compris lorsque des bouffées sentimentales viennent bouleverser son propos.
Vu en avant première à Un certain regard. Depuis les grands films de Ray sur la difficulté à trouver sa place dans une société aussi hiérarchisée et divisée de l'intérieur par les différences religieuses que celle de l'Inde, la composante mélodramatique d'une telle situation n'a jamais été aussi intelligemment exploitée. Un film qui, en montrant la situation aujourd’hui d'une jeunesse indienne au bord du désespoir mais qui ne renonce pas, vous apprend beaucoup et vous remue en profondeur.
Vu au festival de Cannes 2025. Homebound est un film sur l'amitié et la survie dans la campagne indienne. En prenant le parti de développer ses personnages et d'installer les problématiques de la jalousie, de la pauvreté, de la santé, de l'amour, le réalisateur prend le risque de perdre quelques spectateurs sur la longueur. J'aurais pu, personnellement, me passer de l'arc narratif de l'idylle amoureuse, si on voulait développer un personnage féminin, la sœur du personnage principal pouvait suffire. Mais une interprétation grandiose des deux comédiens principaux, et même de l'ensemble des seconds rôles, une écriture qui débouche sur la pandémie de covid et traite les conséquences désastreuses sur les ouvriers, un soin apporté à la technique de l'image dans sa globalité, tout ça m'a emporté vers l'émotion.