J'étais parti pour voir ce film avec un ami, alors que cela faisait longtemps que je n'étais pas allé au cinéma, en me disant "un film qui parle de l'eau en Inde, pourquoi pas ?", et j'ai été très surpris par la direction du film, et malheureusement pas en bien.
Malgré ma note, il y a tout de même quelques points positifs : la musique est très sympa et bien agencée au film, j'ai trouvé le montage et la réalisation pas mal pour ce que ça choisit de nous montrer, et contrairement à ce que disent les deux personnes qui l'ont fait, ils savent très bien tenir la caméra dans un documentaire.
Il y a plusieurs gros problèmes selon moi qui ont fait que je n'ai pas passé un bon moment. Je conçois que je ne suis pas du tout le public ciblé, mais je pense que la description de celui-ci m'a induit en erreur. D'abord on s'attend à ce que le film nous parle d'écologie et de gestion de l'eau, mais mis à part le choix des deux créateurs de partir sans avion et deux rapides minutes pour évoquer le Nil, les 40 premières minutes du film (soit presque la moitié) ne parlent pratiquement pas de cette question. Ils montrent des images de voyage qui n'étaient sans doute pas faites pour moi, mais c'était d'une grande lenteur alors que cela n'était, je pense, pas nécessaire.
Une fois arrivé en Inde, ils évoquent plusieurs situations mais cela reste survolé, et les discussions avec les acteurs dans l'associatif dans la région sont très parcellaires. Et je dirai surtout que les questions qui sont posées, qui ne sont pas des moindres, ne trouvent pas de réponses (alors c'est pas grave, mais il faudrait expliquer pourquoi) ; mais plus encore le documentaire ne donne pas une once de réponse ni même ne nous montre que la question doit rester en suspens. Comment concilier une solidarité nécessaire avec une volonté individualiste dans les sociétés (l'hyperconnexion aux réseaux sociaux par exemple) ? Aucun élément de réponse. Faut-il se battre jusqu'au bout pour l'écologie ou faire avec la résilience ? Rien non plus. Pourtant ces deux questions semblent posées, ou plutôt lancées comme ça, mais le film choisit de s'attarder sur une forme de voyage introspectif et le concept d'"écologie intérieure", qui me paraît (peut-être que je le pense à tort) un énorme recul sur la question écologique.
Je ne suis pas un grand écolo, loin de là, mais une immense quantité de sujets aurait pu être abordée très facilement et ne l'ont pas été. Les seuls moments vraiment intéressants que j'ai vu dans le film, c'est quand ils donnent la parole aux acteurs sur place, ou aux habitants, là il y avait quelque chose qui était dit. Sinon c'est un récit de voyage trop long pour moi, et une introspection sur le bonheur qui tourne parfois bien malheureusement à une forme d'égocentrisme, un sentiment qui m'a semblé partagé par au moins quelques personnes dans la salle.
La discussion avec les deux protagonistes qui a suivi a d'ailleurs révélé par les questions posées une vraie scission entre des personnes qui ont adoré le film pour le récit qui est fait, et c'est très bien si des personnes s'intéressent à l'écologie grâce à ça, et d'autres qui pensent à peu près comme moi. Parler d'écologie en 2025, d'autant plus en Inde, en expliquant que c'est avant tout un choix personnel que de pouvoir se tourner vers cela comme l'a dit Victoria Guillomon, et non un privilège comme le sous-entendait la question posée juste avant, c'est oublier un énorme élément de réponse. Dire qu'avoir du temps pour se poser des questions, longuement, sur l'écologie et le bonheur, comme l'évoquait la question, est bien un privilège. Si on souhaite partir en Inde, il va en effet être difficile de s'y rendre avec un bas bilan carbone si l'on a que deux semaines de congé par exemple. Johan Reboul avait une réponse à la question du privilège un peu plus nuancé, mais le message du film, puisqu'il parle de ce voyage intérieur et de cette grande introspection, me paraît catastrophique, on ne peut pas résumer l'écologie à une question intérieure, encore plus cette année avec Trump ou la loi Duplomb par exemple, ni la question du bonheur d'ailleurs.
Au final, je pensais apprendre beaucoup de choses par le fait que ce soit un documentaire, mais je n'ai presque rien appris, ce qui est vraiment dommage. Les locaux avaient sans doute bien plus de choses à dire, mais tout le film se centre sur les deux protagonistes, ce que je trouve très étrange d'ailleurs pour un documentaire.
Désolé pour la longueur du message, et désolé d'avoir été si salé vis-à-vis du film. Malgré cela, j'espère quand même que les personnes qui ont aimé le film réussiront à voir l'écologie comme une question qui n'est pas que personnel mais aussi systémique, comme l'a évoqué la première question posée, et comme l'avait pourtant aussi déjà évoqué Johan Reboul sur ses réseaux.