J’ai assisté à la projection de Shimla au Mégarama de Givors le 10 juin.
À la fin de la séance, les réalisateurs Johan et Victoria ont invité les spectateurs à exprimer, en un mot, l’émotion ressentie après le visionnage. Pour ma part, ce mot a été : dubitatif. Ce sentiment m’a traversé dès les quarante premières minutes… et ne m’a plus quitté.
On comprend assez vite que ce voyage en Inde est surtout motivé par un désir personnel de Victoria : celui de retourner dans un pays dont elle est tombée amoureuse. L’Inde nous est présentée de manière quasi idyllique sur le plan humain, une vision très idéalisée, qui survole – voire ignore – les réalités sociales et les difficultés auxquelles les femmes, notamment, sont confrontées dans ce pays. Ce traitement m’a surpris, d’autant plus venant d’un projet coporté par une femme.
L’intrigue reste floue : on ne sait pas vraiment où le film veut nous emmener – ce qui, en soi, pourrait ne pas être un défaut. Le problème, c’est qu’on ne comprend pas non plus le message une fois le générique de fin lancé. Le thème de l’écologie est évoqué à plusieurs reprises, mais n’est jamais réellement creusé. On découvre des initiatives locales, souvent similaires à celles déjà présentes en France, avec des solutions comparables. Ce choix interroge sur la pertinence d’un tel déplacement sous prétexte de traiter de l’écologie.
C’est d’ailleurs lors des questions-réponses que tombe le coup de massue : le voyage, à l’origine, n’avait pas de véritable intention documentaire. C’est une maison de production qui a proposé d’y greffer une dimension écologique. Une révélation décevante, voire déroutante. J’ai littéralement chuté de ma chaise intérieure en entendant cela.
Cela dit, Shimla n’est pas sans qualités. Johan, notamment, incarne un contrepoids intéressant. Plus pragmatique, plus ancré dans le réel, il semble aussi plus sensible aux implications du voyage. Son choix assumé de privilégier le train à l’avion est un geste fort, qui donne du sens à la démarche. Il montre ainsi qu’un mode de transport plus lent, plus respectueux de l’environnement, est non seulement possible, mais qu’il peut aussi transformer notre rapport au déplacement et au temps. C’est, à mon sens, l’un des rares messages vraiment pertinents du film.
Enfin, il faut souligner le travail remarquable sur la forme. La captation est soignée, le montage fluide, les images superbes. D’un point de vue technique, le film est abouti, maîtrisé, et plaisant à regarder. Ce professionnalisme renforce encore la frustration laissée par le fond, qui manque de cohérence et de profondeur.
En résumé, Shimla m’a laissé sur ma faim. Ce que je perçois, c’est surtout le récit d’une jeune femme en quête de spiritualité, qui cherche à justifier un besoin personnel de retour en Inde, sans réelle remise en question sur la légitimité ou l’impact de son voyage. Elle insiste beaucoup sur la spiritualité, trop, pour finalement conclure que "la vie est plus simple avec un sourire". Un message naïf, presque en contradiction avec la réalité vécue par nombre d’Indiens – en particulier les femmes.
Malgré quelques belles intentions et une forme visuelle réussie, le film m’a donné l’impression d’un caprice personnel camouflé en projet engagé. Et c’est précisément cette dissonance entre le fond et la forme qui, au final, m’a laissé dubitatif.