J'ai beaucoup aimé ce documentaire. Ce documentaire, ou bien cette fiction ? Il s'agit bien d'un documentaire, tissé des traces et des captations de toute une vie familiale. Mais il s'agit aussi d'une fiction, la fiction que l'on est au final contraint de se forger lorsqu'on part à la recherche de la vérité d'un être et que seuls subsistent des éléments partiels, fragmentaires, souvent subjectifs et contradictoires. Ce beau film, sensible et délicat, drôle - on rit souvent - fait le constat que nous pouvons tous faire : que la vérité des êtres ne se laisse jamais totalement saisir... combien même on l'enregistrerait avec une caméra, combien même il serait encore en vie, présent à nos côtés. Le travail d’enquête du réalisateur, parti d’enregistrements et de souvenirs factuels, aboutit au final à une fiction, une de celles que nous sommes tous contraints de nous forger pour nous approcher des autres, même les plus proches, même ceux que nous aimons le plus. Et de cette fiction naît une part de vérité nouvelle, fragile, mais précieuse : non pas une vérité objective, dont on s’empare et qu’on possède, mais subjective et aimante, celle du cœur lucide et bienveillant.
Namir part d’abord à la recherche de sa mère, mais au final c’est tout autant la vie de son père vivant, celle de sa famille et sa vie propre qu’il éclairera. Parti enquêter sur une morte, il reconstruit des relations avec les vivants
. C’est ce qui fait de ce film une œuvre profondément joyeuse : la vie. C'est pour moi une des grandes et belles leçons de ce film, qui oscille entre la France et l'Egypte, entre deux mondes si éloignés, mais qui se rejoignent dans l'histoire personnelle, dans les sentiments et dans l'enquête du réalisateur. Ce film m’a rappelé un autre très bon documentaire qui est pareillement la recherche d’un parent défunt, My Architect, de Nathanael Kahn.