L’ombre et la lumière
La québécoise Anne Émond, déjà remarquée en 2019 avec son épatant Jeune Juliette, nous propose 100 minutes de comédie romantique réjouissantes, jamais mièvres et surtout surprenantes. Propriétaire d'un chenil, Adam, 45 ans, est éco-anxieux. Via la ligne de service après-vente de sa toute nouvelle lampe de luminothérapie, il fait la connaissance de Tina. Cette rencontre inattendue dérègle tout : la terre tremble, les cœurs explosent... c'est l'amour ! Il faut bien reconnaitre que nous ne voyons de la Belle Province, qu’une maigre partie de ce qui est considéré comme digne de traverser l’Atlantique par les distributeurs. Ce qui a tendance à biaiser un tantinet notre jugement. Mais, une fois de plus, force est de constater que l’originalité est toujours au rendez-vous chez nos cousins et cousines du Canada. Le Grand Prix au Festival de Cabourg bien mérité.
L’idée de faire de l’éco-anxiété un motif de comédie ne manque pas de panache, au risque de minimiser les enjeux, ou de déconsidérer les gens qui en sont victime. C’était l’écueil et il est brillamment évité. L’humour burlesque prend ainsi en charge sa singularité, sans pour autant exclure l’absurdité globale d’une catastrophe que tout le monde accueille, somme toute, avec une relative passivité. Une belle concentration de personnages paumés, allant de l’employée vaguement nymphomane au mari alcoolique, le tout observé par des chiens en cage qui semblent finalement les plus lucides face à cette décadence généralisée. Certes, l’écriture faiblit par instant, mais on se laisse aller au charme de cette odyssée qui conjugue l’intime, la maladresse et le chaos généralisé. Jouissif !
Patrick Hivon est un des comédiens les plus en vue au Québec. On n’a pas oublié ses compositions dans La femme de mon frère, Babysitter ou Vampire humaniste cherche suicidaire consentant. Ici, il campe avec subtilité le quadra rongé par des idées plus que noires. Il trouve en Piper Perabo, une actrice américaine spécialiste des séries TV, une excellente partenaire. Citons encore dans ce casting Gilles Renaud, Elizabeth Mageren, Gord Rand… On n’en sort pas pour autant rassuré, mais ce film nous épargne les illusions d’un conte de fées, mais on aura trouvé, chez ces êtres légèrement fêlés, des petits fragments d’humanité qui peuvent servir de lueurs fragiles dans la vaste obscurité qui nous envahit. Et déjà, ça fait du bien.