Le réalisateur Hasan Hadi nous ramène en 1990, en Irak, sous les bombes américaines et les sanctions internationales qui ne font pas ciller une seconde le dictateur Saddam Hussein, mais en revanche qui accablent son peuple. On peut légitimement trouver « le Gâteau du Président » un peu long (1h42, ressenti un peu plus) car le rythme du film est toujours le même, toujours un peu stressant et anxiogène, sans jamais réellement nous offrir des moments pour souffler. Le film consiste, après une longue introduction nécessaire pour bien comprendre la quête éperdue de Lamia (le poids des injonctions, la pauvreté et l’inflation délirante du moment), en une sorte d’errance désespérée de deux enfants dans une grande ville irakienne jamais nommée, pour dénicher de l’or, soit des œufs, de la farine, de la levure et du sucre. Mise en scène sobre, photographie légèrement surexposée et musique minimaliste, évidemment « Le Gâteau du Président » n’est pas un blockbuster en puissance. Mais c’est malgré tout l’occasion de reconstituer l’Irak du début des années 90, et de filmer également des habitations lacustres assez incroyables, posées sur le fleuve (sans doute l’un des deux grands fleuves du pays) où vivent très chichement Lamia et sa vieille mère (tellement vieille qu’on croirait sa grand-mère). Le film repose presque entièrement sur les petites épaules de Baneen Ahmad Nayyef, des grands yeux expressifs et son regard timide. Cette enfant toute frêle porte le film, littéralement, avec quelques rôles secondaires qu’elle éclipse presque totalement. Je ne sais pas si cet enfant persistera dans le cinéma mais, si c’est le cas, quel début de carrière impressionnant. L’Irak décrite ici est assez effrayante. La quête de la petite Lamia c’est avant tout l’exploration d’un pays à la dérive. Le dictateur de Saddam Hussein est encore là (et pour une bonne dizaine d’années encore), et le culte de la personnalité qu’il a institué dans les esprits est effarant. Les enfants, même très jeunes, hurlent des slogans à sa gloire de toute leur force, prêchent des idées anti-américaines dans leur cours d’école. Dans les commissariats, on torture, la police arrête, tabasse et encaisse les pots de vins. Les pots de vins, on en verse à tout le monde et sans cesse, c’est institutionnalisé. L’Etat Policier, notion qui apparemment fait de nouveau rêver quelques imbéciles dans nos démocraties de 2026, c’est exactement ce que l’on voit longuement à l’écran. Et puis il y a l’inflation, la pénurie de tout qui fait prospérer toutes sorte de vices : l’escroquerie (fausse monnaie), le vol, la prostitution. La misère sexuelle aussi fait de la petite Lamia (9 ans) une proie facile.
A cet égard, une scène aux abords d’un cinéma porno fait monter sacrément l’angoisse du spectateur, et surtout de la spectatrice.
Les hôpitaux manquent de médicaments, les boutiques manquent de denrées alimentaires,
les directeurs d’école volent les repas des enfants dont ils ont la charge,
dans ces conditions réaliser un petit gâteau semble illusoire, et dérisoire. Et pourtant, la force du pouvoir policier fait que la petite Lamia n’a que ça en tête, car sans gâteau gare à elle ! Dans un pays à cran, où plus personne ne croit en un avenir meilleur, il règne en permanence dans ce film une ambiance à la fois un peu surréaliste et douloureuse. La fin est d’ailleurs à l’avenant, brutale, cynique, à l’image d’un pays qui, en 1990, est loin d’en avoir fini avec le désespoir. Très joli film, sans prétention mais sans fioritures, « La Gâteau du Président » est un voyage dans le passé irakien qui rappelle surtout une petite chose : imposer des sanctions économiques et bombarder un pays ne fait pas grand mal à un dictateur, cela ne fait que tuer à petit feu sa population.