Le Gâteau du Président
Note moyenne
4,1
1663 notes En savoir plus sur les notes spectateurs d'AlloCiné

194 critiques spectateurs

5
34 critiques
4
95 critiques
3
53 critiques
2
9 critiques
1
3 critiques
0
0 critique
Trier par :
Les plus utiles Les plus récentes Membres avec le plus de critiques Membres avec le plus d'abonnés
Cadreum
Cadreum

60 abonnés 779 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 10 juin 2026
Premier long métrage de fiction du réalisateur irakien (Hasan Hadi) et premier film irakien à avoir été sélectionné au Festival de Cannes, l'œuvre porte déjà dans sa genèse quelque chose d'exceptionnel : elle a été tournée en Irak, avec des acteurs non-professionnels, dans les Marais mésopotamiens, avec une infrastructure cinématographique quasi inexistante, et avec le soutien de producteurs hollywoodiens (Chris Columbus, Marielle Heller, Eric Roth) qui ont eu l'intelligence de ne pas transformer cette aide en tutelle esthétique.

L'histoire, racontée simplement, tient en quelques lignes. Nous sommes en Irak, au début des années 1990. Les sanctions économiques imposées après l'invasion du Koweït par Saddam Hussein étranglent le pays. Lamia, neuf ans, vit avec sa grand-mère Bibi et son coq Hindi dans les Marais mésopotamiens. Là, son professeur lui impose, par le biais d'un tirage au sort, une mission : préparer un gâteau pour l'anniversaire du Président. La tâche paraît anodine - jusqu'au moment où trouver de la farine, des œufs et du sucre devient une odyssée à travers un pays en train d'être méthodiquement détruit. C'est là que réside la poésie brutale du film : comment filmer une violence qui ne se voit pas (économique, structurelle, bureaucratique) à travers le regard d'une enfant qui ne la comprend pas mais la traverse de tout son corps ?

Hadi répond d'abord par une image. La séquence d'ouverture ne dure que quelques secondes mais contient, compressée, toute la logique du film : deux enfants pagaient dans une pirogue, le ciel a cette teinte d'aquarelle indécise entre le jour et la nuit, la lumière est pictural, et puis la caméra recadre imperceptiblement (dans le fond du plan) un bâtiment brûlant. Ce recadrage est une déclaration sur la condition de l'enfance en temps de crise. La beauté n'est pas abolie par la catastrophe. Elle coexiste avec elle, parfois dans le même plan. L'enfant qui rame ne regarde pas le feu, il n'est pas encore dans cette disposition d'esprit qui fait de l'incendie un événement à interpréter. Il vit dans le présent du mouvement, du ciel et de l'eau. Cette incapacité à lire les signes de l'Histoire est la condition même depuis laquelle Hadi nous demande de voir.

Cette condition, il la prolonge tout au long du film par un travail sur la profondeur de champ et l'architecture du cadre. Hadi utilise des formats très larges, à bords légèrement arrondis, qui ancrent les personnages dans une géographie plus grande qu'eux. Lamia est souvent petite dans le plan - non pas pour la victimiser, mais pour mesurer l'écart entre sa volonté et les forces qui l'entourent. Ce choix produit une tension spatiale constante : l'enfant avance, le monde ne se réduit pas à son désir. Les plans larges sur les Marais et la ville ne servent pas à illustrer une beauté exotique pour regard occidental ; ils servent à inscrire le récit dans une temporalité qui déborde largement celle de la dictature. Le Tigre et l'Euphrate coulent depuis des millénaires. Les régimes passent. Hadi filme la géographie comme une contre-proposition à l'arrogance du pouvoir.

Cette contre-proposition prend d'autant plus de poids qu'elle est systématiquement mise en tension avec l'omniprésence du visage de Saddam Hussein. On le voit partout, dans les couloirs de l'école, sur les murs des bâtiments officiels, en portrait, en mural, en affiche. C'est la grammaire même du pouvoir autoritaire, qui s'incarne par la saturation de l'espace visuel. L'État n'a pas besoin d'être présent physiquement si son visage est partout. Hadi filme ces portraits sans ironie parce qu'il sait que l'ironie serait une distance - et que la distance serait une forme de confort que ce film refuse.

D'ailleurs, Baneen Ahmad Nayyef, qui joue Lamia, contient la peur en elle, viscéralement. Cette qualité documentaire crée un effet paradoxal : plus le jeu est brut, plus la fiction devient crédible, et plus la réalité qu'elle représente devient irréductible. On cesse de regarder un personnage de cinéma ; on assiste à l'existence d'une enfant. La même logique opère dans la scène de la grand-mère au commissariat — une femme âgée qui refuse simplement de partir tant qu'on ne lui rend pas sa petite-fille. Aucune réplique brillante, aucune montée dramatique conventionnelle. Juste une résistance corporelle têtue face à la bureaucratie d'un État autoritaire. On y reconnaît quelque chose de vrai sur la façon dont les personnes ordinaires résistent aux pouvoirs extraordinaires.

La lumière naturelle participe de la même logique d'authenticité. Hadi travaille à la lumière disponible, solaire ou domestique, ce qui produit des variations, des irrégularités, des moments où l'image hésite entre l'exposition parfaite et l'ombre légèrement trop dense. Ces imperfections attestent que le film a été fait là, avec ça, dans ces conditions. La lumière raconte l'économie de production, qui raconte le contexte géopolitique, qui raconte les sanctions. Tout est lié dans une cohérence formelle qui n'est jamais ostensiblement revendiquée.

Ce que Hadi construit avec tous ces outils, c'est une cartographie des violences vue depuis le bas. Le gâteau - sa mission initiale, presque comique dans sa banalité - fonctionne comme ce qu'Hitchcock appelait un MacGuffin. Chaque ingrédient absent est une strate du désastre : les sanctions ont vidé les marchés, la dictature exige quand même la célébration, et Lamia est prise en étau entre deux machineries de destruction qui se sont coordonnées, consciemment ou non, pour écraser les corps les plus vulnérables. L'humiliation est précisément là : un pays parmi les plus riches en ressources pétrolières du monde, et ses enfants ne peuvent pas trouver du sucre. Hadi ne formule cette équation dans le mouvement d'une enfant qui marche de marché en marché, de porte en porte, cherchant ce qui devrait être ordinaire.

Ce refus de la formulation explicite est peut-être la décision artistique la plus courageuse du film mais aussi la plus difficile à tenir. Le cinéma politique a souvent tendance à se méfier de lui-même, à doubler ses images d'un commentaire qui en assure la bonne réception. Hadi, lui, maintient dans le même cadre deux vérités simultanées - la monstruosité de la dictature de Saddam Hussein et la violence calculée des sanctions américaines - sans hiérarchiser, sans proposer de moindre mal, sans offrir de sortie de secours morale. Lorsque Madeleine Albright a déclaré que 500 000 enfants morts étaient un prix qui valait la peine, elle utilise un langage qui abstrait, qui quantifie, qui distance. Hadi répond à cette abstraction non pas avec une contre-rhétorique mais avec un visage. Celui de Lamia. Ce visage dit : voici ce que "cela en vaut la peine" signifie en chair et en os.

L'absence de résolution narrative à laquelle aboutit le film prolonge cette honnêteté jusqu'à son terme logique. La clôture dramatique dit que les choses finissent, que les arcs se referment, que le sens se stabilise. Hadi refuse ce confort parce qu'il serait mensonger. Pour des millions d'Irakiens, les sanctions ont duré treize ans, avant d'être suivies d'une guerre, d'une occupation, d'un démantèlement d'État, d'une instabilité chronique. Il n'y a pas eu de clôture. Hadi extrait donc une journée de ce continuum et la présente comme un fragment (sans avant ni après clairement définis) parce que c'est ainsi que la violence systémique fonctionne : comme une condition d'existence à laquelle on s'adapte jusqu'à la normaliser, et cette normalisation est peut-être la forme la plus sournoise de la violence, celle que le cinéma occidental sur le Moyen-Orient a le plus systématiquement manquée.
Cinéphiles 44

1 666 abonnés 4 646 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 28 mai 2026
"Le Gâteau du Président" est un film à hauteur d’enfant, qui observe l’Irak de Saddam Hussein à travers une mission en apparence anodine : préparer un gâteau d’anniversaire pour le président. Lamia, 9 ans, est chargée malgré elle de trouver les ingrédients nécessaires à cette pâtisserie imposée par le régime. Accompagnée de son ami Saeed, elle traverse un quotidien marqué par la pénurie. En refusant tout discours frontal, le réalisateur choisit de raconter l’oppression politique à travers les gestes simples. Baneen Ahmad Nayyef est absolument remarquable dans le rôle de Lamia. Son regard porte le film à lui seul : une combinaison de curiosité, de résilience et d’incompréhension face à un monde adulte qu’elle ne contrôle pas. C’est dans ces silences et ces regards perdus que le film trouve sa plus grande force émotionnelle.
Leon Granier
Leon Granier

6 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 19 mai 2026
La petite est tellement touchante, un très beau film qui nous ouvre les yeux sur le régime de Saddam Hussein.
Mais surtout sur le fait que rien ne peut aller tant qu’il y a la guerre.

Une tension constante, une parfaite alchimie entre les deux enfants, et surtout un plan qui me restera (ce drap qui s’envole tel l’âme de Bibi qui rejoint les cieux), c’est trop beau.

Ce qui est beau également, c’est l’image : pas de superflu, des plans simples qui marchent. Pourquoi se prendre la tête avec des plans inutiles quand un scénario est parfait ? (Certes, un sentiment de longueur peut être ressenti, mais la double histoire - de Bibi cherchant sa fille / et de Lamia qui cherche ses ingrédients, mais surtout les obstacles qu’elle rencontre - tient le film.)

Je me suis tellement mal sentie quand cet homme la ramène dans un cinéma pour faire des choses assez malsaines, une sensation d’angoisse assez spéciale.

Rien n’ira tant que la guerre et la haine seront de ce monde.
AZZZO

363 abonnés 998 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 17 mai 2026
Les films irakiens sont rares, celui-ci raconte le régime de Saddam Hussein par le biais d'une petite histoire, celle de ce gâteau qui évoque l'ère de l'embargo post-1e guerre du golfe. La réalité sociale et politique est montrée au travers des yeux d'une enfant. C'est bien fait, bien réalisé, plutôt réussi.
A voir.
Katia Fontbonne Alibrandi
Katia Fontbonne Alibrandi

1 abonné 127 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 11 mai 2026
L'humilité de cette enfant obligée de... La didacture, le patriarcat, la femme soumise, l'abus de pouvoir, l'injustice, la dureté de la vie dans ce pays, les conditions de vie... Je ressens à l'issue de la projection du film, un sentiment d'admiration pour cette enfant et un choc devant la vénération du Mâ faisant
Nuria530
Nuria530

1 abonné 4 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 3 mai 2026
Un film humain, discret et profondément émouvant, qui reste longtemps en mémoire comme un cadeau fragile et généreux
Benoit (BENZINEMAG / HOP BLOG)
Benoit (BENZINEMAG / HOP BLOG)

42 abonnés 145 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 30 avril 2026
Caméra d’or au Festival de Cannes en 2025, également prix du public à la Quinzaine des Cinéastes, le film nous replonge dans les années 1990, au moment de la dictature de Saddam Hussein et de la guerre du Golfe. Mais le propos n’est pas là. Même si la guerre affleure en arrière-plan, il s’agit surtout de suivre la petite fille et son compagnon dans une course contre la montre pour trouver des ingrédients dans un pays affamé, où la moindre denrée coûte un bras.

Le cinéaste pose un regard à hauteur d’enfant pour raconter cette histoire à la fois drôle et émouvante, sans misérabilisme, nous permettant de découvrir un pays à travers la ville de Bassora, dans une reconstitution très réaliste des années Saddam.

La mise en scène est à l’avenant, portée par une image belle, colorée et lumineuse. Un joli film, qui manque peut-être un peu de force... peut-être pas assez audacieux, peut-être trop sage par certains aspects, mais qui révèle en tout cas un réalisateur à suivre.
/
JulienC
JulienC

2 abonnés 4 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 22 avril 2026
Très beau film, tel un conte. Des paysages que l'on a pas vu au cinéma. Les jeunes acteurs sont formidables.
cdo
cdo

2 abonnés 70 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 16 avril 2026
Vu le 27/01/26 à Caen lors d'une projection-rencontre organisée par le Café des Images. À l’occasion de la 28e édition du Festival Télérama. Rencontre diffusée en direct avec le réalisateur irakien Hasan Hadi, diffusée depuis le cinéma le Balzac à Paris.
Dénonce la bêtise d'un système totalitaire basé sur le culte d'une personne avec des "détails" qui coûtent des vies....
Eriksen
Eriksen

15 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 14 avril 2026
Un pitch improbable, un scénario téléphoné, des personnages monolithiques et des situations manichéennes : tout est réuni pour susciter un ennui mortel. Reste l’empathie que l’on a pour ces deux enfants, par projection des siens ou identification à soi.
Claudie
Claudie

6 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 12 avril 2026
Très beau film, simple, non partisan. Un de mes films préférés de ces dernières années. Les acteurs, surtout les enfants et la grand-mère ont de très belles personnalités attachantes avec des valeurs familiales fortes.
FaRem

10 571 abonnés 11 456 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 3 avril 2026
Il y a des responsabilités qui ressemblent plus à un fardeau qu'à une bénédiction. Dans un contexte très précaire pour une population qui n'a même pas les moyens de s'acheter les produits de première nécessité, la petite Lamia est tirée au sort pour préparer un gâteau pour le président. Le dictateur Saddam Hussein se moque de la situation de son peuple et gare à ceux qui n'accomplissent pas leur tâche. Il y a donc une certaine pression, mais l'histoire d'Hasan Hadi est racontée à hauteur d'enfants, ce qui empêche d'avoir quelque chose de trop lourd. C'est davantage montré comme une fable avec les codes d'une chasse au trésor pour trouver des œufs, de la farine ou du sucre qui se font rares ou sont hors de prix. Une manière surtout de montrer l'Irak de l'époque avec des rencontres plus ou moins joyeuses. Ça m'a fait penser au cinéma d'Abhilash Shetty et à son film "Naale Rajaa Koli Majaa" qui utilisait un prétexte à savoir la quête d'un poulet en plein Gandhi Jayanti pour porter un regard sur la société. Le propos et le contexte sont intéressants, mais le contenu est quand même très basique et ne m'a pas touché. Proposition de l'Irak pour la 98e cérémonie des Oscars et récompensé à Cannes, "Mamlaket al-qasab" est finalement un film moyen et superficiel.
Contacteric
Contacteric

1 abonné 14 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 3 avril 2026
waou quel film! si les paysages des bords de l'Euphrates sont magnifiques, la vie des populations au bord de la misère transpire partout dans le film. La condition des enfants, endoctrinés et affamés par le régime de Sadam Hussein est patente mais le film n'est pas larmoyant. Nous suivons les peripéties d'une petite fille dans un patchwork de situations parfois droles, parfois inquiétantes. Les acteurs sont magnifiques, l'histoire est originale, ce film est une pépite.
Jonathan M.
Jonathan M.

21 abonnés 113 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 23 mars 2026
Le Gâteau du Président est un film bouleversant. Sa construction entre douce poésie et fatale réalité prend l’âme jusqu’à l’os. J’ai d’abord été emmené, happé, par le grain de caméra, la lumière et l’œil d’Hasan Hadi. L’entrée en matière navigue dans une pointe d’onirisme qui s’évanouit de séquence en séquence lorsqu’on est lentement, inévitablement, plongé dans le vrai par le récit, les péripéties, les petites, les grandes tragédies, les drames. Ce drame d’ailleurs se pare d’une nuance. Elle permet que l’œuvre ne tombe dans le pathos, finalement, que sous le poids de l’ignoble vérité dans laquelle Lamia, jouée avec une justesse folle par Baneen Ahmad Nayyef, pagaie et se bat : un régime Irakien tyrannique qui embrigade, arrête, tue, et des frappes américaines aveugles tout aussi mortelles. Une odeur d’absolu s’en dégage. L’absolu désastre d’une enfance sacrifiée. Un regard universel. À voir.
JLR PARIS
JLR PARIS

1 critique Suivre son activité

4,5
Publiée le 23 mars 2026
Quelle fresque de la vie de dénuement de ces populations d'Irak!
très belles photos et beau scénario.
Les meilleurs films de tous les temps
  • Meilleurs films
  • Meilleurs films selon la presse