Caméra d'or et Prix du public de la Quinzaine des Cinéastes au dernier Festival de Cannes, "Le gâteau du président" nous vient d'un pays dont on a rarement l'occasion de voir des films, l'Irak. Nous sommes dans l’Irak des années 1990, dans un pays qui voue un culte insensé et obligatoire à Sadam Hussein, et qui pourrait se nommer l'Absurdistan…C'est ainsi que, chaque année, avait lieu dans chaque école du pays un tirage au sort permettant de désigner les élèves chargés de confectionner un gâteau pour son anniversaire du 28 avril, cela dans un pays où il était très difficile de s'approvisionner en nourriture et en médicaments…Dans une école dirigée par un instituteur militarisé, en plein bassin du Tigre et de l'Euphrate, c'est Lamia, une gamine de 9 ans, que le sort a choisi pour confectionner le gâteau, son copain Saeed étant lui chargé de trouver des fruits. Lamia, très bonne écolière, est élevée par Bibi, sa grand-mère adorée, une femme âgée et diabétique qui n’a pas d’argent et qui estime ne plus avoir la force d'élever correctement sa petite-fille et qui aspire à laisser cette tâche à une amie de la ville ne serait-ce que pour la cacher quelque temps. La fillette fugue avec dans les bras son coq Indi, et entreprend avec l’aide Saeed, de rassembler elle-même les ingrédients…la quête d’œufs, de farine, de sucre, la levure …devient la grande aventure d’une petite vie...Saeed cherche ses fruits, accessoirement en commettant de petits larçins…
Leurs aventures dans la ville permettent de faire un tour d'horizon de ce qu'était l'Irak au temps de Sadam Hussein : une profusion de portraits du raïs dans la ville, une police totalement corrompue, une population qui n'arrête pas de s'invectiver, de nombreuses voitures avec des cercueils sur le toit et un certain nombre de turpitudes…
S’inspirant de ses souvenirs d’enfance, Hasan Hadi qui a grandi dans le sud de l’Irak sous Hussein, a tenu à tourner sur place avec des non-professionnels, exceptionnels, pour reconstituer l’atmosphère de ce régime policier en territoire rural...
Hasan Hadi et son équipe ont ainsi passé des mois à chercher deux enfants capables de porter ce film sur leurs épaules, et il tenait absolument à confier ces rôles à des enfants qui ne s’étaient jamais retrouvés devant une caméra, et qui n’avaient pas suivi de formation… le résultat est stupéfiant… c’est un film à la vision à hauteur d’enfant, qui sait épouser avec une délicatesse désarmante et une simplicité touchante le point de vue de ses jeunes personnages…il a réussi un beau film d’enfance…à voir avec une certaine candeur qui m’a sans doute fait défaut !!!