Le film est né d’une réflexion très personnelle de Mesa Soto : et s'il échouait en art ? Après son premier long métrage, il a envisagé d’arrêter le cinéma. Il s’est alors projeté dans la peau d’un artiste vieillissant, survivant grâce au souvenir d’un passé créatif. C’est de cette angoisse qu’est née l’histoire du poète raté Óscar. Le réalisateur précise :
"D’ailleurs, le financement du film a été très difficile à cause de cela. Une comédie colombienne sur des poètes ne correspondait pas aux stéréotypes que le marché attend d’un film réalisé dans mon pays. On nous a dit que cela ressemblait à une comédie argentine ou à un film de Woody Allen, et bien sûr, quand ce genre de film vient d’Argentine,c’est logique et ça se vend. Mais quand il vient de Colombie, personne ne sait quoi en faire."
Le rôle principal de Un poète a été confié à un non-professionnel. Ubeimar Ríos, instituteur passionné de poésie et de musique, est l’oncle d’un ami du réalisateur. Mesa Soto avait d’abord refusé, préférant un acteur professionnel, mais Ríos l’a fasciné par sa façon unique de parler et de bouger. Finalement, son humanité a transformé le personnage, le rendant plus attachant que dans le scénario.
Simón Mesa Soto et son équipe ont mené de longues auditions dans des écoles publiques de Medellín pour trouver l'interprète de Yurlady. Le cinéaste se rappelle : "Nous avons organisé des auditions dans des écoles et des lycées de Medellín pendant de longues périodes. Nous avons rencontré de nombreuses filles, mais nous l'avons finalement trouvée dans une école publique."
"Ensuite, nous avons entamé une préparation intensive avec les deux acteurs, ainsi qu’avec un coach et une équipe qui ont travaillé avec eux pendant deux mois. Ce fut un processus très constructif : nous avons revu chaque scène, une par une. Ce fut une transformation profonde. C'est là que j'ai compris qu'au final, l'important n'est pas de trouver des acteurs ou des non-acteurs, mais de trouver la personne idéale pour le personnage."
Mesa Soto a choisi le 16 mm pour donner au film une texture imparfaite et nostalgique, évoquant les années 1980 et l’univers de John Cassavetes. Le metteur en scène ne voulait pas d’une image numérique trop lisse : le grain du 16 mm apportait une dimension esthétique et émotionnelle en phase avec le sujet – des poètes un peu hors du temps.
Un poète a été tourné en un mois seulement (14 janvier – 16 février 2025) et rapidement monté. Mesa Soto a voulu rompre avec la logique des « labos et résidences » et privilégier l’élan. Le montage s’est fait en urgence, et la copie a été envoyée à Cannes après la date limite, ce qui n’a pas empêché sa sélection en Un certain regard (où il a remporté le prix du jury).
Le film a été tourné à Medellín, ville natale de Simón Mesa Soto, où il situe tous ses films. Le réalisateur tenait à ce décor pour mettre en valeur les contrastes sociaux très marqués de la ville : Óscar vient d’un milieu bourgeois tandis que Yurlady est issue d’un quartier populaire.
"Cette tension est très courante à Medellín, une ville aux contrastes sociaux très marqués. Je voulais aborder ce conflit par la comédie. Il y a une réflexion sur l'art et ses dilemmes sociaux, sur la façon dont l'art affronte, ou non, ces tensions. En Amérique latine, l'art a tendance à être très politique, très social, et je voulais jouer avec cela : avec l'idée qu'un film colombien doit aborder certains thèmes, d'une certaine manière."
Le film a reçu les récompenses suivantes :
- Festival de Biarritz Amérique Latine – Prix de l’interpretation : Ubeimar Rios
- Panorama du cinéma colombien à Paris 2025 – Prix du jury et du public du meilleur long métrage
- Festival International de San Sebastian 2025 – Prix Horizontes Make & Mark Saria
- Festival du Nouveau Cinema de Montréal 2025 – Prix de l’interprétation : Ubeimar Rios