Le rire et le couteau de Pedro Pinho est un film fleuve pas tranquille.
Jeune ingénieur portugais engagé dans une ONG, Sergio (Sérgio Coragem) est venu d'Europe pour expertiser le tracé d'une route en Guinée-Bissau. Sur place, il fait des rencontres : des queers, des expatriés, une bourgeoisie heureuse, des paysans et Diara la débrouillarde (Cleo Diara). Cette nouvelle voie est peut-être une chance...
Ce film est entre fiction et documentaire dans un cinéma qui déroute, sort des sentiers battus. Il prend le temps de nous plonger dans cet univers et, comme Sergio, nous y cherchons nos repères. C'est bigarré, foisonnant et envoûtant. On se balade comme sur un chemin mal tracé dans ce film polyphonique passant d'une pièce d'un large puzzle à l'autre. Au fur et à mesure on les découvre et ça finit par s'emboiter.
Pedro Pinho prend le temps (et ça fait du bien) d'y aborder bien des questions. Le colonialisme, la décolonisation et le néocolonialisme, le travail des ONG. La richesse et la pauvreté, de bien et d'esprit. La question de l'identité, individuelle, ethnique, tribale, mondiale, la couleur de peau, l'orientation sexuelle, la quête personnelle, les envies, les désirs. La question de l'équilibre entre le progrès et la tradition. Cette route est-elle une menace ou un bienfait ? Faut-il rester chez soi ou aller ailleurs ? Etre ici, être à sa place.
Le titre du film est trompeur car si les personnages rient beaucoup, ils ne tranchent que peu, les questions restent suspendues au crochet philosophe.
Cette route en devenir est le symbole de la vie que l'on trace, que l'on explore au travers de Sergio dans un parcours initiatique. Une épopée extrêmement humaine.
Et ce projet ? Il avance ? simple question qui en rejoint une plus intense : et cette vie, elle avance ?
Ce film profondément humain, sensible, sensuel, d'un cinéma créatif est à voir absolument !